International Financial Centres after the Global Financial Crisis and Brexit

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2019). Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage de Youssef Cassis et Dariusz Wojcik (dir.), International Financial Centres after the Global Financial Crisis and Brexit (Oxford University Press, 2018, 272 pages).

Cet ouvrage collectif étudie l’évolution des grands centres financiers internationaux (CFI) depuis la crise de 2007. Une dizaine d’entre eux est passée en revue : New York, Londres, Paris, Francfort, Zurich, Genève, Hong Kong, Shanghai, Pékin, Singapour et Tokyo. De multiples critères sont utilisés pour mesurer leur rayonnement : environnement des affaires, solidité du système bancaire, profondeur des marchés de capitaux, qualification de la main-d’œuvre, régime fiscal du secteur financier, qualité des infrastructures, etc.

Plusieurs leçons d’ordre général sont tirées. La capacité d’un pays à faire émerger une grande place financière sur son territoire est conditionnée par sa puissance politique et économique. Cela explique grandement le poids croissant des places chinoises. Ensuite, les CFI – à l’exception notable de Zurich et Genève – ont relativement bien résisté à la crise et ont su s’adapter aux nouvelles réglementations. Enfin, les rapports de force au sein de l’industrie de la finance ont évolué : l’industrie de la gestion d’actifs a gagné en influence au détriment des banques d’investissement.

L’analyse spécifique de chaque CFI est instructive. New York fait au moins figure de primus inter pares. À ses atouts historiques (statut du dollar, primauté de la politique monétaire de la Federal Reserve, puissance des banques d’affaires, taille des marchés d’obligations et actions), s’ajoute un savoir-faire hors pair pour lancer des innovations technologiques qui trouvent des applications dans la finance (blockchain, crowdfunding, système de paiement via téléphone mobile). La position de la City s’est maintenue au regard des critères listés précédemment, mais les incertitudes liées au Brexit sont problématiques. Paris est le premier marché obligataire corporate européen, et le troisième marché mondial pour les dérivés de taux d’intérêt, mais souffre de la taxation élevée des hauts revenus. Francfort bénéficie du succès de Deutsche Börse et de ses liens privilégiés avec la Chine grâce au développement de la « finance commerciale ». Affectées par les déboires d’UBS et la fin du secret bancaire pour les clients étrangers, Genève et Zurich semblent durablement affaiblies.

Les CFI asiatiques font figure de rivaux de plus en plus sérieux. Hong Kong et les places continentales chinoises ont profité de la croissance économique de l’Empire du Milieu et de la dynamique financière créée par les Nouvelles routes de la soie. Cependant, la finance chinoise est fragilisée par le niveau élevé des créances douteuses. La stratégie gagnante de Singapour repose sur sa remarquable capacité d’adaptation et de diversification. Après être devenue incontournable en matière de finance islamique, la cité-État est désormais le marché offshore de référence pour les transactions en yuan. La force de Tokyo tient à l’abondance de l’épargne domestique mais aussi au poids de son industrie et au regain de forme de son secteur bancaire.

Ce livre est enrichissant et surprenant. On découvre au fil de la lecture que, paradoxalement, l’essor et la consolidation des CFI résultent de politiques publiques interventionnistes bien éloignées des principes prétendument libéraux défendus par l’industrie de la finance.

Norbert Gaillard

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