Économie de l’Asie du Sud-Est

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2019). Sophie Boisseau du Rocher, chercheur associé au Centre Asie de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Jean-Raphaël Chaponnière et Marc Lautier, Économie de l’Asie du Sud-Est. Au carrefour de la mondialisation (Bréal, 2018, 264 pages).

C’est à un véritable voyage que les deux auteurs de cet ouvrage, Marc Lautier et Jean-Raphaël Chaponnière, nous invitent en étudiant le rapport que l’Asie du Sud-Est entretient avec la mondialisation. Pas seulement la dernière vague de mondialisation économique, mais plus largement la relation de la région avec le monde, ses opportunités et ses risques. Car – et c’est l’hypothèse intéressante développée dans cet ouvrage – c’est probablement dans ce rapport que se trouve une des clés de l’essor économique régional, plus rapide que celui d’autres régions du monde ces dernières décennies.

Située entre deux océans, entre deux géants, sollicitée puis colonisée par les puissances européennes, l’Asie du Sud-Est a développé sa spécificité en valorisant les apports des uns et des autres dans un syncrétisme qui lui est propre. Les deux auteurs montrent de manière très pédagogique, à l’aide de chiffres précis et de nombreuses références, comment la région s’est densifiée au contact de l’extérieur avant de s’insérer dans les circuits mondiaux pour valoriser sa position de carrefour.

En dépit des difficultés rencontrées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et pendant les phases d’indépendance, l’Asie du Sud-Est a réussi à sortir de l’ornière de la pauvreté, et à lancer un processus d’industrialisation grâce à l’engagement des États-Unis et du Japon, qui restent encore aujourd’hui des partenaires de premier plan. Tout autant que la Chine, que les auteurs positionnent dès le début de leur ouvrage comme un acteur majeur dans la région, à présent partenaire incontournable. On peut regretter, à ce titre, que l’impact des Nouvelles routes de la soie (la fameuse initiative One Belt, One Road du président Xi Jinping) sur la région ne soit pas développé.

Plus fondamentalement, à un moment clé de l’histoire régionale, le lecteur averti aimerait une analyse prospective nourrie, dans un contexte où les défis sont nombreux, à commencer par le défi lancé par la Chine d’une part, ou la guerre commerciale sino-américaine d’autre part. Ces défis montreront probablement qu’à trop dépendre de la mondialisation, l’Asie du Sud-Est n’a pas mis en œuvre des politiques publiques suffisamment résistantes, à l’exception majeure de Singapour.

Sophie Boisseau du Rocher

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