To the Mountains: My Life in Jihad, From Algeria to Afghanistan

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère
(n° 4/2019)
. Laurence Bindner propose une analyse de l’ouvrage d’Abdullah Anas, To the Mountains: My Life in Jihad, From Algeria to Afghanistan (Hurst, 2019, 344 pages).

L’autobiographie d’Abdullah Anas vise à définir et décrire ce que fut le djihad afghan et les hommes qui l’ont mené, ainsi qu’à expliquer comment le djihadisme contemporain, issu de la matrice afghane, s’en est éloigné idéologiquement et politiquement.Abdullah Anas naît en 1958 dans une famille traditionnaliste, dans une Algérie où le ressentiment envers la colonisation française est vif. Il effectue sa scolarité dans une école religieuse et devient ce qu’il nomme lui-même un « animal politique ». Attiré par le fait religieux et souhaitant allier spiritualité et action sociétale, il s’investit auprès des Frères musulmans. Au gré des rencontres, dont celle d’Abdallah Azzam, théologien de référence du djihad moderne, il s’engage en Afghanistan pour contribuer au combat des moudjahidines contre les Soviétiques. Il s’implique dans le bureau arabe sous la direction d’Azzam, dont l’objectif est de sensibiliser le monde arabe à la cause du djihad afghan, par le recrutement, le financement et la médiatisation. Il rejoint le commandant Massoud, à qui il voue un profond respect, dans le nord de l’Afghanistan. Dans les années 1990, il devient membre du FIS en Algérie, et vit depuis en exil au Royaume-Uni.

Il s’agit du témoignage militant d’un djihadiste engagé, ayant côtoyé les figures tutélaires du djihad contemporain et souhaitant éclairer sa conception d’un djihad authentique, qui a, selon lui, été noyauté, souillé et dévoyé par des groupes extrémistes tels Al-Qaïda ou l’État islamique. La partialité de l’ouvrage est claire, et l’auteur, parfois tiraillé entre affect et divergences politiques, ne cache pas sa proximité avec Azzam, dont il deviendra le gendre, ni une forme d’indulgence pour Omar Abdel Rahman, condamné pour terrorisme dans le cadre de l’attentat du World Trade Center de 1993.

Le livre agrège des éléments factuels, précis, documentés, issus d’une expérience personnelle. Le parcours d’Anas s’insère dans l’histoire afghane entre 1983 et 1992. Il met en lumière l’évolution de l’engagement des Arabes dans le djihad afghan, point essentiel pour comprendre le djihadisme actuel et son étendue dans le monde arabe. Si les combattants arabes se limitaient à quelques dizaines d’hommes lors des combats contre les Soviétiques, leur afflux s’est accentué à la fin des années 1980. Leur neutralité des premiers temps face aux querelles intestines afghanes s’est peu à peu émoussée au profit de la radicalité et de la pratique de l’excommunication. Prônant un djihad local et défensif, Anas établit au long du livre des parallèles avec la situation syrienne actuelle, notamment les luttes factionnelles qui sapent la cause commune et sont instrumentalisées par les tiers, le manque de maturité politique des combattants étrangers – cause du dévoiement du djihad –, et leur usurpation de l’appellation de moudjahidines.

Dense et détaillé, l’ouvrage est davantage destiné aux chercheurs, universitaires, spécialistes du djihad ou journalistes, qui s’intéresseront aux mentions et descriptions de noms du djihad connus ou plus confidentiels, et à l’écosystème des combattants arabes de Peshawar. Le parcours d’Anas éclaire la fracture croissante entre les Frères musulmans et les salafistes djihadistes. Il offre également une perspective sur les nuances de djihad, dont l’appréhension contribue à envisager finement les différents types d’engagements, entre radicalité politique et violence aveugle.

Laurence Bindner

 

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