Leadership and the Rise of Great Powers

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère
(n° 4/2019)
. Antoine Bondaz propose une analyse de l’ouvrage de Yan Xuetong, Leadership and the Rise of Great Powers (Princeton University Press, 2019, 280 pages).

L’ouvrage de Yan Xuetong, doyen de l’Institut des relations internationales modernes de l’Université Tsinghua et secrétaire général du Forum mondial de la paix de Pékin, vise à expliquer comment une puissance émergente – la Chine… – pourrait devenir la puissance dominante et remplacer les États-Unis.

L’auteur considère que les universitaires occidentaux se focalisent trop sur la raison du déclin des grandes puissances et pas assez sur les raisons de leur émergence. La théorie développée ici est que lorsque le leadership politique de la puissance émergente dépasse celui de la puissance dominante, le rapport de puissance s’inverse et permet à l’émergente de devenir dominante. On déplorera cependant l’absence d’une série d’études de cas historiques poussée, et encore plus celle d’une analyse détaillée sur le cas de la Chine contemporaine.

L’ouvrage, assez théorique et fastidieux, présente de nombreuses typologies, notamment en matière de leadership. Quatre catégories de leadership – inactif, conservateur, proactif et agressif – sont établies en fonction de l’attitude des dirigeants d’un pays à l’égard du statu quo international, et de la responsabilité de ces dirigeants à reconnaître le succès ou l’échec de leurs politiques. À ces catégories sont associés plusieurs comportements : éviter les conflits, imposer des coûts économiques importants, chercher à accroître le soutien international et enfin conduire une expansion militaire.

Cette question du soutien international est indissociable d’un contexte clé de l’ouvrage, à savoir la crédibilité stratégique d’un État qui se traduit notamment par le respect de ses engagements envers les autres pays, en particulier ses alliés. Le concept serait un code moral universellement accepté par les États, transcendant les cultures et les systèmes politiques, et marquant une évolution par rapport au concept phare de réalisme moral – développé dans les précédents écrits de l’auteur.

Selon cet universitaire réputé proche de Xi Jinping, la grande puissance qui recueillera le plus grand nombre de soutiens internationaux remportera la compétition internationale et dominera. Sans vraiment mentionner le réseau d’alliances américain ou la présence de troupes américaines dans le monde entier, l’auteur insiste sur des arguments conjoncturels – liés à la personnalité de Donald Trump et à ce qu’il présente comme une incapacité à réformer – qui conduiraient au déclin du soutien international apporté aux États-Unis et, in fine, au déclin de ces derniers.

Allant à l’encontre de la majorité des experts en Chine qui considèrent que leur pays ne doit pas établir un système d’alliance, l’auteur appelle expressément à ce que la Chine se dote d’alliés, au-delà de la seule alliance avec la Corée du Nord datant de 1961, pour renforcer le soutien international à la Chine.

Enfin, l’auteur insiste sur l’impératif pour la Chine, comme première étape, d’atteindre une position dominante en Asie de l’Est afin de remettre en cause le statut de leader mondial des États-Unis. Dans un contexte de bipolarité croissante, l’Asie de l’Est deviendrait en effet le cœur du monde. Il serait alors difficile pour les petites puissances, tant que Pékin et Washington privilégieront une diplomatie bilatérale à une diplomatie multilatérale, de choisir leur camp au détriment de la Chine – rendant toute stratégie de containment inopérante. L’avenir de l’Europe n’est par ailleurs mentionné que pour évoquer son déclin.

Antoine Bondaz

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