Il est midi à Pékin. Le monde à l’heure chinoise

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère
(n° 4/2019)
. John Seaman propose une analyse de l’ouvrage d’Éric Chol et Gilles Fontaine, Il est midi à Pékin. Le monde à l’heure chinoise (Fayard, 2019, 256 pages).

Si le xxe siècle fut le siècle américain, le xxie sera chinois : telle est l’hypothèse d’Éric Chol et Gilles Fontaine dans leur tour d’horizon de la présence chinoise dans le monde aujourd’hui.

À travers l’image de l’horaire, les auteurs transmettent l’idée d’une Chine qui devient, de fait et par sa propre volonté, le centre du monde. En dépit d’un territoire qui s’étend sur cinq fuseaux horaires, le régime impose depuis 1949 une heure unique à tout le pays – celle de Pékin. C’est l’image d’une Chine centralisée, planifiée et dirigée, où l’État-Parti fixe l’agenda et la loi du pays. Mais il s’agit aussi d’un pays dont l’influence s’étend progressivement hors de ses frontières et à travers le monde. Fort d’un mélange d’ambitions et de moyens, la Chine arrive petit à petit à s’imposer, et ainsi, selon les auteurs, à rythmer le monde à l’heure de Pékin. D’ici 2049, centième anniversaire de la fondation de la « Chine moderne » et date élue par le président chinois Xi Jinping lui-même, la Chine espère reprendre sa place historique de première puissance mondiale. À en croire les auteurs, la Chine pourrait y arriver en 2029.

Afin d’illustrer cette transformation – « mesurer » ne serait pas le terme adéquat pour décrire l’exercice –, les auteurs assemblent des exemples en 38 tuiles faisant le tour de la planète d’est en ouest, fuseau horaire par fuseau horaire, afin de construire une mosaïque de la place de la Chine dans le monde à l’heure actuelle. En émerge l’image d’une Chine irrespectueuse du droit international, qui transforme et coopte des institutions internationales, qui du fond des océans aux hauteurs de l’espace et jusqu’au monde virtuel et numérique, est forte d’ambitions stratégiques, et menace la sécurité d’autrui.

C’est une Chine riche, mais une Chine-voyou qui rachète les biens immobiliers les plus symboliques, arrive à museler toute expression artistique contestataire, ravage la terre pour puiser ses ressources, vole la propriété intellectuelle des autres, reconstitue les tissus économiques et sociaux, et transforme des systèmes de gouvernance aussi bien localement que mondialement.

Enfin, comme la fin d’une série Netflix (qu’ils évoquent d’eux-mêmes), les auteurs imaginent comment, forte de ses politiques industrielles et de ses projets géopolitiques comme les Nouvelles routes de la soie, et en l’absence de toute opposition crédible semble-t-il, la Chine pourrait arriver d’ici 10 ans à mettre le monde entier (et même la galaxie) « à l’heure de Pékin ».

Aussi imagée qu’elle soit, la mosaïque est incomplète et manque quelque peu de nuances, de profondeur et de relativisme. Sont ici absentes l’analyse du système chinois, de ses éventuelles faiblesses et fragilités internes, et la contextualisation des politiques et des objectifs – les projets chinois annoncés et la trajectoire du pays sont considérés simplement comme acquis. Il manque aussi une analyse des implications géopolitiques, et de la capacité, de fait très limitée, de la Chine à s’imposer sur le plan international.

L’ouvrage nous propose un scénario parmi d’autres, à destination du grand public, et basé sur des éléments un peu trop partiels.

John Seaman

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