Europe’s Unfinished Currency. The Political Economics of the Euro

Cette recension est issue de Politique étrangère 2/2013. Emmanuel Mourlon-Druol propose une analyse de l’ouvrage de Thomas Mayer, Europe’s Unfinished Currency. The Political Economics of the Euro (Londres, Anthem Press, 2012, 272 pages).

00-Mayer-T-9780857285485_1Thomas Mayer s’intéresse ici aux origines et à l’évolution récente de la monnaie unique et propose une série de mesures pour restaurer la confiance dans l’euro. Le titre est explicite : l’auteur explique pourquoi l’euro est une monnaie « inachevée », du fait, selon lui, que les raisons de sa création sont fondamentalement politiques, et non économiques. Le livre est facile à lire, clair et bien structuré. Il aborde tous les sujets centraux de la crise de la zone euro. Les chapitres 8 (question du prêteur en dernier ressort) et 10 (suggestions de réforme de l’architecture de l’Union économique et monétaire), d’une nature plus prospective, esquissent quelques pistes de réflexion pour l’évolution future de la zone euro.
La lecture historique de la coopération monétaire européenne jusqu’à la création de l’euro, présentée dans le premier chapitre et qui sous-tend l’ouvrage, est l’élément le plus discutable du livre. T. Mayer critique une « négligence irréfléchie [reckless] de l’économie » lors la création de l’euro, motivée plutôt par un « projet politique extrêmement ambitieux ». L’existence d’un projet politique ambitieux n’est certes pas à démentir, mais l’idée d’une absence totale de logique économique derrière la création de l’euro est pour le moins simplificatrice. L’histoire de la coopération monétaire européenne, des années 1960 à aujourd’hui, montre bien à quel point l’évolution du régionalisme monétaire européen s’est faite en réponse à des évolutions internationales : mondialisation financière, évolution du dollar et politique économique et monétaire américaine, effondrement du système de Bretton Woods et question sans cesse renouvelée de la réforme du (non-)système monétaire international.
Si la monnaie unique européenne est certes inachevée, il n’en reste pas moins qu’une logique économique a bel et bien sous-tendu sa création : celle de chercher une stabilité monétaire régionale en l’absence d’une stabilité monétaire internationale. Cette interprétation exclusivement politique de la création de l’euro est d’ailleurs assez étonnante, puisque l’auteur présente bien, dans le chapitre 10, les questions monétaires mondiales et la liberté de circulation des capitaux comme des raisons valides pour développer et maintenir la zone euro.
Il convient également de préciser que les décideurs européens étaient eux-mêmes conscients de l’aspect « inachevé » de la monnaie unique, contrairement à ce que semble implicitement soutenir l’auteur : les problèmes actuels ont tous été, à des moments divers, sur la table des négociations. La création d’une forme d’union bancaire était par exemple déjà discutée dans la Communauté économique européenne (CEE) des années 1960 et 1970, et même lors des négociations du traité de Maastricht. La crise actuelle de la zone euro a essentiellement fait réapparaître un certain nombre de problématiques que les dix premières années, plutôt positives, de la monnaie unique avaient conduit à oublier. Il conviendra donc de se référer à cet ouvrage plutôt pour sa partie prospective que pour son analyse historique de l’émergence de l’Union économique et monétaire.

Emmanuel Mourlon-Druol

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