Santé mondiale. Enjeu stratégique, jeux diplomatiques

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps de Politique étrangère (n°1/2017). Auriane Guilbaud propose une analyse de l’ouvrage dirigé par Dominique Kerouedan et Joseph Brunet-Jailly, Santé mondiale. Enjeu stratégique, jeux diplomatiques (Presses de Sciences Po, 2016, 448 pages).

Santé mondiale

Cet ouvrage collectif rassemble 18 contributions issues d’un colloque de la chaire « Savoirs contre pauvreté » du Collège de France, de praticiens de la santé et d’enseignants-chercheurs.

La perspective choisie se veut résolument critique, ce qui se marque par l’emploi du terme de santé mondiale à la place de celui de santé globale, dont les connotations sont dénoncées dès l’introduction. L’objectif général de l’ouvrage est de « lever le voile sur la santé globale et découvrir les réalités de la santé mondiale et toutes les problématiques à l’œuvre : les enjeux, les stratégies, les jeux diplomatiques ». L’introduction propose donc une grille d’analyse ambitieuse, mais qui reste discutable avec des hypothèses parfois infalsifiables.

La première partie s’intéresse au contexte des (en)jeux de la santé mondiale, caractérisé par les conflits et les rapports de domination (avec des contributions abordant la place de l’Afrique dans la mondialisation, les conflits entre États et ONG, la pression des institutions internationales, la violence génocidaire et les guerres civiles). La deuxième partie présente la santé comme objet de politique étrangère, s’intéressant principalement aux stratégies d’acteurs (dans les diplomaties française, ivoirienne, brésilienne, et à la santé comme enjeu d’ingérence humanitaire). La troisième partie étudie les interventions de certains acteurs internationaux (comme le Groupe diplomatie et santé, le projet « Soins de santé en danger » du CICR, la coopération ACP-UE…). Enfin, la quatrième partie explore le rôle des représentations, avec deux contributions analysant la construction sociale des épidémies et la place de la justice dans l’éthique médicale.

Ces contributions éclectiques et souvent bien informées fournissent des éclairages bienvenus sur des thèmes d’ordinaire peu évoqués. Une des questions les plus intéressantes soulevées porte sur les arbitrages qui sont réalisés dans le domaine de la santé mondiale dans un contexte de ressources limitées. Comment arbitrer entre droits individuels et droits collectifs ? Sur quels critères devraient être fondés ces choix politiques ? La réponse à ces questions dépasse l’ambition de l’ouvrage car, comme le notent les co-directeurs en conclusion, il ne permet d’arriver « qu’à la moitié du chemin ».

En revanche, l’ouvrage s’intéresse aux arbitrages effectués et aux mécanismes qui les produisent. C’est en particulier la tâche de l’introduction, des propos d’étapes et de la conclusion, qui tirent ainsi un fil rouge donnant de l’unité à l’ouvrage. Mais cette recherche des « raisons plus profondes » et ce souci de montrer ce qui se passe « sous le manteau de protection de la santé » n’échappent pas à une tentation réductionniste. Celle-ci conduit par exemple à nier la pluralité des intérêts des acteurs, voire leur autonomie. Elle conduit également à méconnaître le fait que la recherche de l’efficacité n’est pas seulement « promue par les financiers ». Par ailleurs, la définition de l’efficacité ne se réduit pas à l’efficacité financière : il apparaît abusif de dire que « chez tous ces nouveaux acteurs […] le souci de la gestion des fonds prime absolument sur le résultat en termes de santé humaine, de morbidité ou de mortalité ».

Le débat démocratique sur les enjeux de santé mondiale que les directeurs de l’ouvrage appellent de leurs vœux est nécessaire, mais il requiert l’élaboration d’un cadre théorique approprié.

Auriane Guilbaud

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