Forces armées africaines

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n°3/2017). Rémy Hémez propose une analyse de l’ouvrage de Laurent Touchard, Forces armées africaines, 2016-2017 (auto-édition, 2017, 600 pages).

Laurent Touchard, chercheur indépendant sur les questions militaires, a notamment été consultant défense pour Jeune Afrique. Son ouvrage sur les forces armées africaines vient combler un vide. En effet, en 600 pages, il décrit de façon complète les principaux enjeux géopolitiques et sécuritaires de 55 pays. Il analyse le fonctionnement opérationnel des armées, détaille certaines opérations et va même jusqu’à parler du comportement au feu de certaines unités.

Pour chaque pays on trouve d’abord un tableau de synthèse où les atouts principaux et les faiblesses majeures des différentes forces armées africaines sont présentés. Puis sont précisés budgets et effectifs. Ensuite, des ordres de bataille et des tableaux d’équipements détaillés sont exposés par armée (terre, mer, air, mais aussi forces paramilitaires). Enfin, et c’est là que l’auteur fait véritablement la différence avec le Military Balance, on trouve une analyse, plus ou moins longue selon les pays (quatre pages pour le Tchad, huit pour le Maroc, une pour le Somaliland).

L’analyse des forces armées du Burkina Faso met par exemple en exergue les difficultés financières auxquelles elles font face, mais aussi la coopération au sein du G5 Sahel, ou encore les difficultés de coordination entre les différentes forces de sécurité et de défense. L’auteur rappelle qu’il ne faut pas regarder les armées africaines avec condescendance. Les pays occidentaux ne sont pas exempts de lacunes et de dysfonctionnements, notamment dans la lutte contre le terrorisme. L’objectivité et la rigueur sont présentes tout au long du livre et permettent de remettre en question bien des idées reçues. Laurent Touchard estime par exemple que les forces terrestres gabonaises sont efficaces et bien équipées, mais que les forces aériennes, qui alignent des Mirage F1AZ sont surdimensionnées. On apprend aussi que le Gabon n’a pas honoré ses dettes à Piriou, un chantier naval français, suite à la commande d’un patrouilleur et la demande de rénovation d’un autre.

Dernière illustration, l’auteur réussit à donner une certaine clarté au chaos qui caractérise la Libye. Les principaux combats sont présentés, ainsi que les acteurs qui y participent. Laurent Touchard explique les déconvenues rencontrées, en particulier par les Européens, dans la formation d’une armée nationale libyenne. Se pose encore aujourd’hui une question cruciale : qui entraîner ?

Les analyses proposées sont pertinentes et l’équilibre entre précision et clarté, revendiqué par l’auteur, est atteint. À la fin de l’ouvrage on trouve aussi une série de tableaux synoptiques fort utiles, qui classent les différentes armées selon leurs principaux matériels terrestres, aériens ou maritimes.

Ce livre présente aussi quelques défauts, comme une analyse un peu courte pour certains pays, à l’instar du Bénin. Toutefois, le travail de recherche, réalisé par un seul homme, est dans son ensemble considérable, et l’intérêt de cette somme indubitable. Cet ouvrage, auto-édité via CreateSpace, mériterait d’être actualisé à intervalles réguliers et publié par un éditeur qui lui assurerait une plus large diffusion.

Rémy Hémez

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