Revolt in Syria. Eye-Witness to the Uprising

Cette recension est issue de Politique étrangère 2/2013. Joseph Bahout propose une analyse de l’ouvrage de Stephen Starr, Revolt in Syria. Eye-Witness to the Uprising (Londres, Hurst, 2012, 224 pages).

00-StarrL’ouvrage de Stephen Starr oscille entre récit et analyse sur le vif. Son titre même semble hésiter entre « révolte » et « soulèvement », comme si le terme de « révolution » était par trop fort pour que l’auteur puisse définitivement classer ce qui, en Syrie, aura finalement tourné à une boucherie de plus en plus sanglante, de plus en plus insoutenable. Car c’est autour d’avril de cette même année 2012 que l’auteur clôt son manuscrit.
La « révolution syrienne » a alors un an, rien n’indique qu’elle est sur le point d’aboutir ou de finir, mais tout indique qu’elle bascule, dès ce moment, dans la guerre ouverte, en tout cas celle que livre, sans relâche et sans fatigue, un régime Assad de plus en plus isolé, encerclé, abandonné par ses plus proches piliers. Nous sommes alors déjà au lendemain du grand basculement vers la militarisation totale de ce que l’on appellera ensuite le « conflit syrien », du choix fait par la contestation de devenir rébellion armée, des grandes batailles fondatrices et terribles, celle de Homs puis celle d’Alep, et des défections les plus médiatiques de figures civiles et militaires qui abandonnent un pouvoir réduit au comportement d’un clan jusqu’au-boutiste.
C’est aussi la date à laquelle l’auteur, journaliste en poste en Syrie depuis 2007, doit quitter le pays. C’est donc en personne qu’il aura assisté à la gestation de la dynamique monstrueuse qui continue de se dérouler sous nos yeux ; les activistes du premier jour, ces hommes et femmes de l’ombre, à Damas et dans sa proche banlieue, à Deraa ou ailleurs dans le Nord, il les connaît, les a rencontrés, leur a parlé, et aura été témoin de leur transformation, parfois même à leur propre insu, en professionnels de l’action clandestine et parfois violente. D’où la richesse indéniable de ce travail, dont il faudra admettre qu’il ne sera qu’un récit parmi d’autres documents que cette geste syrienne est en train de produire, et plus particulièrement ces millions d’archives – son et images – que la société décrite par S. Starr collectionne, implacablement, sous le feu des chars d’Assad, comme pour documenter en temps réel son calvaire.
S. Starr rend bien les différents niveaux de ressenti de cette lame qui se soulève contre l’un des pouvoirs les plus brutaux du Proche-Orient, les inégales adhésions à la contestation aussi, tant l’avenir fait peur malgré un passé d’acier. Minorités apeurées face à un mouvement social fortement teinté d’islam sunnite, urbains hésitants face à un soulèvement parti des campagnes, marchands et classes moyennes redoutant pour leur stabilité, générations âgées secouées par le grondement d’une société où les moins de 20 ans sont plus de la moitié.
C’est justement cette série de restitutions, sur le mode de l’enquête, de la relation des faits et des portraits brossés, qui sera, une fois la poussière retombée et le sang séché, bien utile lorsqu’il s’agira pour la sociologie et la science politique de donner du sens à l’interminable chaos syrien.

Joseph Bahout

Pour vous abonner à Politique étrangère, cliquez ici.

Pour acheter Politique étrangère 2/2013, cliquez ici.

Ce contenu a été publié dans Revue des livres, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire