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Les articles rédigés par de grands noms au cours des 75 ans d’existence de PE

L’Europe 1972-1980. Données et perspectives politiques

Le document publié ci-dessous, signé par Jacques Vernant et publié pour la première fois dans Politique étrangère n° 4/1972, a été rédigé à l’occasion de la réunion des directeurs d’instituts européens des relations internationales qui s’est tenue à Varna (Bulgarie) les 4 et 5 octobre 1972. Conformément aux directives qui avaient été arrêtées au cours des réunions préliminaires, chaque institut devait y présenter une analyse de la situation actuelle en Europe et les perspectives d’évolution dans les huit années à venir, aux points de vue politique, économique et militaire[1].

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Analyse de la situation actuelle

Sur le plan global, la situation actuelle nous paraît présenter les traits caractéristiques suivants :
En matière stratégique, l’équilibre qui s’était progressivement instauré entre l’Union soviétique et les États-Unis s’est stabilisé. Le fait nouveau est qu’au cours des dernières années (1969-1972), cette stabilisation est désormais acceptée de part et d’autre comme un fait inéluctable et que l’équilibre stratégique est en quelque sorte « contractualisé ». Les premiers résultats des SALT et les perspectives qu’ils ouvrent, la mise en place en particulier d’une Commission permanente bilatérale compétente pour tout ce qui a trait à l’équilibre stratégique, constitue une nouvelle donnée du système international.
Sur le plan de la politique mondiale, la situation actuelle se caractérise par la réintroduction de la Chine dans le jeu diplomatique. Cette rentrée, consécutive à la fin de la Révolution culturelle qui avait accaparé toutes ses activités et l’avait amenée à abandonner les actions extérieures déjà engagées, est l’effet d’une reprise en considération par Pékin des problèmes internationaux et d’une évolution de ses partenaires, au premier rang desquels les États-Unis, dans un jeu renouvelé. La participation directe chinoise (notamment du fait de son entrée aux Nations unies) à la vie politique internationale a pour conséquence qu’à cet égard on peut parler d’un système triangulaire. La nature des relations de ces trois puissances exclut à moyen terme :
a) un véritable conflit militaire mettant directement aux prises l’une d’entre elles contre une autre[2] ;
b) une convergence politique permettant un véritable front diplomatique de deux d’entre elles contre la troisième.
Une troisième caractéristique de la situation actuelle consiste en l’émergence de conflits d’ordre économique et monétaire d’importance comparable à celle des conflits politiques et idéologiques et susceptibles, dans un avenir non lointain, d’apparaître en première place. La situation actuelle fait en effet apparaître au premier plan des problèmes économiques et monétaires entre les États-Unis et l’Europe ; entre les États-Unis et le Japon ; entre les pays d’Europe occidentale ; entre l’Union soviétique et ses alliés européens ; enfin entre l’Europe occidentale et l’Europe orientale.
Alors que l’Europe ne connaît plus de problèmes politiques sérieux, des conflits persistent en Extrême et au Moyen-Orient, ce dernier ayant une incidence directe sur l’Europe occidentale. En Europe, les problèmes qui paraissaient insolubles et qui provoquaient des tensions dans les années de l’après-guerre ne se posent provisoirement plus à la suite d’initiatives diplomatiques auxquelles ont participé les États européens intéressés et les Quatre qui demeurent responsables des questions ayant trait à l’ensemble de l’Allemagne. Du point de vue politico-diplomatique, l’Europe est devenue une zone de « basse tension », sinon de paix. Les problèmes qui s’y posent sont à la fois d’ordre international (dans le domaine monétaire par exemple) et d’ordre interne : amélioration des conditions de vie (rémunération en termes quantitatifs et qualité de la vie), précarité de certains régimes (Espagne, Portugal, Grèce) ou problèmes de « succession » (Yougoslavie après Tito). Ces problèmes paraissent se poser à l’Est comme à l’Ouest.
Dans ce contexte, les conflits du Vietnam et du Moyen-Orient paraissent à certains égards comme des anachronismes. Ils témoignent en tout cas de la persistance des réalités et des volontés nationales et de l’impuissance des Grands à contrôler des sous-systèmes régionaux.
Sur le plan global, l’évolution actuelle pose la question de savoir quel rôle peut jouer le Conseil de Sécurité de l’ONU et plus précisément quel rôle peuvent jouer ses cinq membres permanents, qui ont en principe égale compétence pour le maintien et le rétablissement de la paix. L’expérience de la concertation à quatre sur le Moyen-Orient tend à prouver que les États-Unis préfèrent la recherche de solutions par le moyen de consultations bilatérales avec l’Union soviétique.

  • Si l’on passe du plan global au plan européen, on y constate l’existence de deux sous-systèmes :
    Du côté occidental, les relations entre les pays européens sont affectées de la contradiction qui était perceptible dès la naissance de l’« Europe » avec la CECA — mais qui s’est révélée plus nettement lorsque le général de Gaulle a dirigé la politique française — entre l’orientation vers une communauté atlantique et l’orientation vers une Europe indépendante. Plus théorique — encore qu’ayant des effets politiques — est une seconde contradiction entre la tendance à l’intégration et la tendance à la coopération ou l’harmonisation. Ces deux contradictions alimentent un débat politique entre les gouvernements et les partis politiques de l’Europe de l’Ouest ; et l’élargissement de la Communauté, bien loin de terminer ce débat l’a ranimé.
    Du côté oriental, il semble que le même débat qu’à l’Ouest oppose les tenants de l’intégration et ceux de la coordination. Le débat correspondant à celui qui existe à l’Ouest entre « atlantisme et indépendantisme » européen n’existe pas à l’Est : l’intégration implique en effet l’intégration avec l’Union soviétique. L’alternative d’une politique indépendante des pays de l’Europe de l’Est n’est envisagée et mise en pratique que par la Yougoslavie, la Roumanie, et à certains égards l’Albanie. Ce contexte crée une disparité entre Européens de l’Ouest et Européens de l’Est et explique les hésitations de certains Européens de l’Ouest devant les prolongements institutionnels de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe.
    Ces difficultés d’aménagement des deux sous-systèmes occidental et oriental européens et les problèmes qui persistent dans leurs relations cœxistent avec des pressions qui se font sentir de part et d’autre dans le sens d’un élargissement et d’un approfondissement des relations économiques, techniques et culturelles intersystèmes. Ces pressions sont plus ou moins marquées selon les pays mais elles ont abouti en ce qui concerne la France et les pays de l’Est, et en particulier l’Union soviétique, à l’institutionnalisation des efforts de coopération et à des réalisations importantes, en même temps que sur le plan politique on constatait un rapprochement significatif des positions françaises et soviétiques sur les problèmes en suspens (Vietnam et Moyen-Orient).
  • Quant aux structures sociales, elles paraissent en voie d’évolution tant à l’Est qu’à l’Ouest. L’Ouest, c’est-à-dire l’Europe de l’Ouest, ne paraît pas être tout à fait sortie d’une crise qui affecte la société de consommation. Elle se caractérise par :
    a) L’accélération des concentrations financières et industrielles dans tous les secteurs importants de la production. Ces concentrations prenant la forme d’entreprises multinationales posent dans certains secteurs des problèmes aux gouvernements nationaux. À ces problèmes, les divers gouvernements ont jusqu’à présent apporté des réponses différentes, le gouvernement français s’en préoccupant plus que ses partenaires européens.
    b) Les opinions occidentales s’interrogent d’autre part sur le rôle que les technocrates jouent en effet et peuvent jouer légitimement dans la société actuelle.
    c) Enfin, l’universalisation du système d’enseignement à un niveau toujours plus élevé, crée des problèmes de débouchés et d’orientation.

À l’Est, il ne semble pas que le problème posé à l’Ouest par les sociétés transnationales ait son équivalent. Par contre, on peut penser que les deux autres questions s’y posent comme en Europe occidentale, à savoir, la place des scientifiques et des technocrates dans la société par rapport aux politiques, et la conciliation de la généralisation et de la prolongation de l’enseignement avec l’orientation des jeunes en fonction des débouchés. Sans doute la planification de l’économie permet-elle en principe de résoudre ces problèmes mais il ne paraît pas sûr qu’en fait, on y parvienne de manière pleinement satisfaisante.

  • Dans le contexte actuel, les intérêts nationaux, chez les grandes puissances, prennent le pas sur les considérations idéologiques. C’est aussi le cas, ce qui ne saurait surprendre, pour les puissances de moindre rang. À l’Ouest, les efforts d’unification butent, nous l’avons dit, sur des intérêts divergents qui, s’ils ne sont pas pris en considération dans un système démocratique, risquent d’avoir des conséquences électorales et politiques qu’aucun gouvernement n’est disposé à affronter. À l’Est, encore que contenus dans le cadre beaucoup plus rigide de la solidarité socialiste autour de l’Union soviétique, les intérêts nationaux ne peuvent cependant être négligés ; mais ils s’affirment plutôt sur le plan économique et culturel que sur le plan politique. À cet égard, les résultats de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe pourraient être un instrument permettant à ces intérêts nationaux de s’exprimer sans pour autant provoquer de crise.

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1. Cet article est le premier d’une série de trois publiés dans ce numéro sous le titre « l’Europe 1972-1980 » ; les deux suivants étaient intitulés : « Données et perspectives économiques », par Mario Levi ; « Données et perspectives militaires », par Jean Klein.
2. Cela n’excluant évidemment pas des incidents de frontières.

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La paix de demain

Ce texte a été publié pour la première fois dans Politique étrangère, no 4/1939.
Richard Coudenhove-Kalergi (1894-1972), docteur en philosophie, publie, dès 1923, un ouvrage où il expose son projet d’unité européenne, Paneuropa, et fonde le mouvement paneuropéen : le premier congrès se réunit à Vienne en 1926 et rassemble près de 2000 participants. Il influence le projet d’Union européenne présenté par Aristide Briand devant la Société des Nations en 1929, puis crée en 1948, à Gstaad, l’Union parlementaire européenne. La même année, lors du Congrès de l’Europe à La Haye, est créé le Mouvement européen, dont Coudenhove-Kalergi sera président d’honneur.Lors de la publication de cet article, le Pacte d’acier vient d’être signé entre l’Allemagne et l’Italie (mai 1939).

Les facteurs de résistance à la guerre
Le fait dominant de notre temps, c’est que nous assistons à la seconde guerre européenne. La première phase de cette guerre s’est ouverte le jour où les troupes allemandes ont franchi les frontières autrichiennes pour annexer l’Autriche. Depuis, progressivement, l’Allemagne a occupé d’autres territoires, faisant pour chaque opération emploi de méthodes différentes, mais où se retrouvait toujours le même chantage à la guerre.
Je crois que cette première phase est terminée par le fait très simple que la France et la Grande-Bretagne ont dit « non » aux nouvelles prétentions de l’Allemagne ainsi formulées. Mais d’autres phases sont là qui se développent : la guerre des armements, la guerre économique, la guerre de propagande et, la dernière, la guerre des nerfs. Car le Troisième Reich garde l’espoir que la résistance morale des pays démocratiques se lassera un jour et qu’il sera alors possible de provoquer une grande conférence européenne où seront posées les bases de l’hégémonie allemande en Europe centrale d’abord, puis dans l’Europe entière.
Contre ces méthodes se dressent actuellement la France et l’Angleterre.Les discours prononcés par le président du Conseil français et le Premier ministre britannique[1] marquent une étape décisive dans le développement de cette guerre nouvelle. Car, soyons-en sûrs, les réserves matérielles et morales des puissances occidentales sont de beaucoup supérieures à celles de l’Axe et, si la France et l’Angleterre sont décidées à mener cette deuxième guerre mondiale, elles la gagneront.
Mais il ne suffit pas seulement de savoir qui sera le gagnant de cette guerre ; il faut aussi considérer si elle peut ou non dégénérer en une guerre sanglante. Ce sont là deux problèmes auxquels il faut faire face : le problème de la paix et le problème de la liberté. Il s’agit d’une part d’empêcher l’hégémonie allemande en Europe, et d’autre part de le faire, si possible, sans risquer le sang des peuples.
Cette guerre non sanglante peut se gagner à la seule condition que l’idéal de paix, qui a toujours guidé les deux grandes puissances occidentales, soit complété par une volonté plus forte encore de liberté. En d’autres termes, si la paix est un grand idéal pour lequel on lutte et on a lutté, elles doivent se rendre compte qu’il y en a un plus grand encore, celui de la liberté, et que mises en demeure de choisir entre le sacrifice de la paix et celui de la liberté, elles doivent savoir sacrifier la paix pour sauver la liberté. C’est dans toute l’histoire l’impératif qui s’est posé à toutes les nations. Seules ont survécu celles qui ont posé la liberté au-dessus de la paix. Or, les événements des derniers six mois ont en effet prouvé que l’idéalisme de la France et de l’Angleterre les portait bien à maintenir et à sauver la paix, mais pas au prix de la liberté. On peut donc résumer ainsi la situation : cette guerre européenne va-t-elle pouvoir se terminer sans que commence la grande lutte sanglante ? Je crois que seul le chancelier Adolf Hitler peut répondre à cette question, parce qu’il est sûr qu’aucun autre État ne la commencera et que la France et l’Angleterre feront l’impossible pour la repousser. Si l’Allemagne attaque, si elle est prête à risquer la guerre, alors nous aurons une guerre sanglante.

1. Édouard Daladier (1938-1940) et Arthur Neville Chamberlain (1937-1940) (NDLR).

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Le développement du tiers-monde

Ce texte a été publié pour la première fois dans Politique étrangère, n° 2/1977.
Bernard Chadenet a été ingénieur à la division énergie de la Banque mondiale, puis directeur des projets, avant de prendre la vice-présidence de l’institution auprès de Robert McNamara et de s’occuper du redressement de projets en difficulté. Il se retire de ses fonctions en 1980.
La Banque mondiale, initialement créée pour aider aux tâches de reconstruction rendues nécessaires par la Seconde Guerre mondiale, réoriente progressivement dans les années 1970 son action en direction des pays les plus pauvres, par le financement de projets de développement. Elle élargit ainsi considérablement son rôle au service de l’ordre économique mondial.

Notre globe condensé par l’intensification des communications, des transports et des échanges peut-il évoluer sans conflits alors que s’y affrontent un groupe de pays prospères et une majorité de pays pauvres dont la population explose ? C’est la question politique la plus grave à laquelle le monde devra répondre en cette fin de XXe siècle.
Après avoir souligné les contrastes économiques de trois classes de pays – industriels, moyennement pauvres et très pauvres – nous examinerons les aspirations du Tiers-Monde pour un Nouvel ordre économique international, suggérerons quelques voies de développement pour les pays pauvres et soulignerons les actions de solidarité que justice et intérêt dictent aux pays industriels.
À l’époque romaine, la population du globe atteignait 200 millions d’habitants. Il faut attendre le Moyen-Âge pour que cette population double, mais au XVIIIe siècle l’expansion démographique se précipite et 4 milliards d’habitants vivent aujourd’hui sur notre planète. Chaque année une population équivalente à une fois et demie celle de la France s’y ajoute : nous serons 6 à 7 milliards à la fin de ce siècle et plus de dix milliards cohabiteront sur cette terre avec nos petits-enfants.
Les niveaux de vie de nos contemporains divergent gravement et, pour en saisir les oppositions, il est tentant de diviser leurs pays en trois groupes : au sommet de l’échelle des revenus, une classe prospère d’une cinquantaine de « pays industrialisés[1] » représente le quart privilégié de la population du globe, un milliard d’habitants, aux revenus supérieurs à 2 000 dollars par an. Puis vient une très vaste classe intermédiaire qui rassemble une centaine de « pays moyennement pauvres[2] ». Elle groupe la moitié de la population du globe, deux milliards d’habitants, aux revenus moyens s’étendant de 2 000 dollars à 200 dollars par an. Au bas de l’échelle, se trouvent une trentaine de « pays très pauvres[3] », où le quart de la population du globe, un milliard d’habitants, aux revenus inférieurs à 200 dollars par an, s’efforce de survivre.
Ce classement est évidemment entaché de simplisme : la comparaison comptable exagère les différences de pouvoirs d’achat, chacune des trois catégories rapproche artificiellement des éventails trop larges de revenus, les pays riches ont des habitants pauvres et vice-versa, mais cette répartition montre clairement que la prospérité d’un milliard s’oppose à la pauvreté de trois milliards, dont près d’un milliard est dénué de tout. C’est ce déséquilibre économique entre pays riches et pays pauvres, aggravé par l’explosion démographique de ces derniers, qui anime le puissant mouvement tendu vers un Nouvel ordre économique international.

1. Les plus peuplés sont les États-Unis, l’Union soviétique, le Japon et les principaux pays d’Europe.
2. Les plus peuplés sont la Chine, le Brésil, le Nigeria, le Mexique, les Philippines et l’Égypte.
3. Les pays les plus peuplés sont l’Inde, l’Indonésie, le Bangladesh et le Pakistan.

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Les armes nouvelles

Ce texte a été publié pour la première fois dans Politique étrangère n° 1/1957.
Résistant et déporté, Charles Ailleret (1907-1968) prend en 1951 le commandement des armes spéciales de l’armée de Terre. En 1958, le général Ailleret est nommé commandant interarmées des armes spéciales. Dans ces deux fonctions, il est directement en charge du développement des armes nucléaires françaises jusqu’à leur première expérimentation en 1960. Il est le dernier commandant des forces françaises en Algérie, puis devient en 1962 chef d’État-major des armées.
À ce titre, il organisera le retrait français des instances militaires intégrées de l’OTAN, et se fera l’avocat, dans un texte célèbre, d’une défense nucléaire française « tous azimuts ». Le général Ailleret, qui meurt en 1968 dans un accident d’avion, est un des tout premiers responsables de la formalisation de la théorie nucléaire française.

Il est facile de sentir que les armes nouvelles ont profondément bouleversé la tactique, de là la stratégie et de là l’équilibre politique des nations et des groupes de nations. Mais il est moins facile de se rendre compte avec netteté de la mesure de ce bouleversement et du sens dans lequel il se produit.
Et, d’abord, quelles sont ces armes nouvelles ? L’opinion y classe généralement les armes atomiques, les armes biologiques, les armes chimiques et les engins autopropulsés. Mais, si la réunion de ces diverses armes dans une même catégorie se trouve justifiée par le fait qu’elles sont toutes récentes et d’apparence épouvantable, elles sont loin d’exercer sur les équilibres stratégiques des influences de même importance.
L’arme chimique a pu apparaître à certains comme périmée parce qu’elle n’a pas été utilisée au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il n’en est rien. Il est exact qu’à cette époque, dans les conditions de déroulement des opérations et compte tenu des excellents matériels de protection dont disposaient les différentes armées, les toxiques n’avaient qu’un rendement inférieur aux explosifs classiques. Mais, depuis cette époque, les toxiques ont fait de gros progrès – il en existe qui sont des dizaines de fois plus toxiques que les gaz de 1940 – et les moyens de les mettre en place sous forme de concentrations très brutales se sont, eux aussi, très améliorés. Les toxiques pourraient donc, dans des circonstances favorables, prendre l’avantage sur les explosifs classiques. Cependant, ils n’auraient jamais – sauf pour certains problèmes très particuliers – qu’une efficacité du même ordre de grandeur que ces explosifs classiques. S’il est donc absolument indispensable de se préparer à se protéger contre les toxiques qu’un adversaire éventuel pourrait être tenté d’utiliser – et qu’il serait d’autant plus tenté d’utiliser  qu’on serait moins bien protégé – il faudrait attendre,d’un déclenchement de la guerre chimique entre pays qui n’auraient pas négligé leur protection antigaz, une modification des formes de la vie sur le champ de bataille, ainsi que des changements dans les procédés tactiques, mais non une modification radicale des équilibres stratégiques. L’arme chimique n’est qu’un facteur perturbateur stratégique relativement secondaire.

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