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The Shadow of the Past. Reputation and Military Alliances before the First World War – Militarism in Global Age

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2014). Jérôme Marchand propose une analyse des ouvrages de Gregory D. Miller, The Shadow of the Past. Reputation and Military Alliances before the First World War, (Ithaca, NY, Cornell University Press, 2012, 248 pages) et de Dirk Bönker, Militarism in Global Age. Naval Ambitions in Germany and the United States before World War I (Ithaca, NY, Cornell University Press, 2012, 432 pages).

ShadowBien qu’ils couvrent la fin du xixe siècle et le début du xxe siècle, ces deux ouvrages ne sont en rien de simples chroniques du temps passé. Leurs auteurs ont exploité une masse considérable d’archives, de témoignages et d’analyses. Pour autant, ils ne se sont pas contentés de bricoler un récit restituant les interrogations des grandes puissances de la Belle Époque. Ils ont aussi su mobiliser un appareil conceptuel sophistiqué, faisant place aux questionnements récents des sciences sociales. The Shadow of the Past, de Gregory D. Miller, examine le rôle que tient la réputation dans la gestion des rapports interétatiques, avec un intérêt particulier pour l’impact de la fiabilité (« Vu ses agissements passés, tel État-nation paraît-il enclin à tenir ses engagements ou à les renier ? ») sur la formation et l’évolution des alliances militaires. Concrètement, l’auteur passe en revue l’abandon par la Grande-Bretagne de sa politique de splendide isolement (1901-1905), la crise de Tanger (1905-1906), la crise bosniaque (1908-1909) et la crise d’Agadir (1911). L’impression d’ensemble ? L’ouvrage brasse quantité de réflexions théoriques. Il esquisse des pistes stimulantes pour appréhender le capital réputationnel des entités étatiques – pas d’analyse pointue si on ne prend soin de différencier l’image du régime, celle des dirigeants gouvernementaux en place et celle du parti dominant – et conceptualiser les grilles d’évaluation déterminant leur pouvoir d’attraction et leur palette de partenaires potentiels. Cependant, Gregory Miller a éprouvé beaucoup de difficultés à se dégager de l’emprise de Jonathan Mercer et de son magistral Reputation and International Politics (Cornell University Press, 1996). D’où un sentiment d’inachevé.

Le Mexique. Un état nord-américain

Cette recension est issue de Politique étrangère (4/2013). Emmanuelle Le Texier propose une analyse de l’ouvrage d’Alain Rouquié – Le Mexique. Un état nord-américain (Paris, Fayard, 2013, 496 pages).

9782213661728-XAlain Rouquié aime à citer l’écrivain mexicain Carlos Fuentes : « L’Argentine a un commencement, le Mexique a des origines. » Le latino-américaniste, distingué en 1987 par la publication d’Introduction à l’Extrême-Occident (Paris, Seuil), a aussi embrassé une carrière de diplomate, au Salvador en 1984 puis dans d’autres pays d’Amérique latine. Il offre une nouvelle somme sur le Mexique. L’absence de point d’interrogation pour ponctuer le sous-titre affirme déjà que la relation avec le voisin du Nord, avec un passé toujours présent où la mémoire de l’annexion subsiste, est centrale pour la compréhension du Mexique contemporain.

Presidential Leadership and the Creation of the American Era – Foreign Policy Begins At Home. The Case For Putting America’s House In Order

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2013). Martin Michelot propose une analyse des ouvrages de Joseph S. Nye, Presidential Leadership and the Creation of the American Era (Princeton, NJ, Princeton University Press, 2013, 200 pages), et de Richard Haas, Foreign Policy Begins at Home. The Case for Putting America’s House in Order (New York, Basic Books, 2013, 208 pages).

La question du leadership présidentiel aux États-Unis ne cesse d’être posée, que ce soit en matière de politique intérieure ou d’affaires étrangères, et revient toujours sur le devant de la scène, que le pays soit en période d’expansion ou de repli sur soi-même. Cette question de leadership, qui est au centre de Presidential Leadership and the Creation of the American Era de Joseph S. Nye Jr et de Foreign Policy Begins at Home de Richard Haass, porte en soi une autre dimension, qui est celle de l’influence, et plus particulièrement de la mesure de l’influence. Quelle est l’influence d’un président sur le déroulement des événements qui structurent sa présidence, et comment peut-on la mesurer ? Cette question est au centre de ces deux ouvrages, qui posent chacun les jalons d’une réflexion sur l’impact du leadership, une réflexion qui trouve un écho particulier en ces temps où le système politique américain semble être fortement remis en cause, de par son incapacité chronique à légiférer et les luttes partisanes intraitables entre républicains et démocrates au Congrès, avec en toile de fond un président Obama au leadership absent, qui semble incapable d’influer sur les débats et de participer au nécessaire travail de compromis.

Avant de juj9933ger le travail du président Obama, Joseph Nye essaye de quantifier le rôle des présidents dans les différences phases d’expansion de la puissance américaine. En étudiant huit présidences différentes, de Theodore Roosevelt à Ronald Reagan, Nye nous offre une grille de lecture novatrice des types de présidence qui apporte une vraie valeur ajoutée aux études précédentes. Nye catégorise les présidents par leur style de leadership et pose par là même la question de l’efficacité de certains modes de direction, tout en ne perdant pas de vue l’importance de la variable de l’« attribution erronée au leader » (de succès ou de torts). Derrière cette notion d’efficacité se cache le désir d’aller au fond du problème : dans quelle mesure le président a-t-il influé sur le déroulement de certaines situations ?

Ici, Nye prend à rebours les grands sondages menés auprès de spécialistes de la présidence sur les « meilleurs présidents américains de l’histoire », en mettant en avant l’impact du leadership de présidents aux méthodes transactionnelles comme Dwight Eisenhower et George H. Bush, par rapport aux présidents « transformationnels » qu’ont été Franklin Roosevelt ou Ronald Reagan, qui ont cherché à être à la base de changements majeurs, sans toutefois y parvenir – Nye considérant notamment que Reagan n’a fait qu’accélérer le processus de chute de l’URSS. À l’appui de sa démonstration, Nye fait intervenir deux véritables nouveautés – à l’apport contrasté – dans les études sur la présidence : l’auteur cite l’« intelligence contextuelle » comme facteur différenciant les présidents qu’il juge comme ayant été influents, mettant ainsi en avant la capacité des présidents à prendre des décisions en fonction de situations données et à les mettre en œuvre ; de manière plus controversée, Nye essaie de renforcer l’importance de cette intelligence contextuelle en imaginant des scénarios d’histoire contrefactuelle. Sur le mode de Niall Ferguson, Nye réécrit et réinterprète l’histoire, en imaginant par exemple ce qui se serait passé si Harry Truman n’avait pas été élu. Cet exercice, mené avec brio même s’il reste méthodologiquement contestable, contribue à mettre au centre du livre l’importance du processus décisionnel, renforçant par là même la centralité du leadership et de la présidence au sein du système politique américain. Surprenante d’un point de vue historique et méthodologique, la démonstration de Nye est complétée par un travail argumenté de notation de la dimension éthique des présidences étudiées.

Web et politique: Paris 2014 et la science électorale américaine

Clémence Pène a écrit un article intitulé La nouvelle science électorale américaine, paru dans le n°2/2013 de Politique étrangère. Depuis l’écriture de cet article, cette chercheuse spécialisée dans le lien entre Internet et politique est devenue responsable de la campagne web d’Anne Hidalgo pour les élections municipales de 2014. Elle répond à trois questions, en exclusivité pour politique-etrangere.com.

PE_2_2013_couvQuelles méthodes de la campagne web de Barack Obama utilisez-vous dans la campagne web d’Anne Hidalgo?

Depuis 2008, la confrontation des campagnes françaises et américaines est un marronnier des médias. Si la comparaison n’est pas toujours appropriée, dans le cas de la campagne web d’Anne Hidalgo, deux importations des techniques de la campagne Obama sont complètement assumées : l’utilisation des outils de gestion de bases de données de l’agence américaine Blue State Digital d’une part, et le développement de l’outil 50+1 pour le porte-à-porte d’autre part. Cela se manifeste en ligne par le recueil actif d’adresses électroniques, la qualification des bases de données par type d’engagement et par quartier sur Blue State Digital qui permet à la campagne une gestion ciblée des mailings. Le porte-à-porte, souvent assimilé aux campagnes américaines, est en réalité une pratique historique du parti socialiste. Dans son utilisation contemporaine, il a été testé en 2010 pendant les régionales en Île-de-France et largement adopté en 2012 avec 5 millions de portes frappées. Le logiciel de ciblage des portes à frapper “50+1” est développé par une agence française. Il ne s’agit donc plus à proprement parler en 2014 d’une “technique Obama”. Pourtant, la “scientifisation” des méthodes de mobilisation web participe d’une dynamique de rationalisation des campagnes électorales qui doit aux précédents américains en matière d’analytics : la campagne Hidalgo porte une grande attention au reporting des opérations terrain et aux rapports de performances web.

Y a-t-il des pratiques américaines qui ne pourraient pas être importées en France, soit pour des raisons culturelles, soit pour des raisons juridiques?

Malgré de nombreuses similarités dans les objectifs et les techniques, les deux campagnes web se déroulent à des échelles et avec des moyens incomparables. Pour des raisons financières, les campagnes françaises, et en particulier municipales, emploient peu de permanents de campagne : la mise en œuvre des techniques de campagne repose ainsi davantage sur l’organisation partisane que sur les professionnels du community organizing. Le plafond limité de la campagne municipale justifie par exemple moins la mise en place de techniques d’online fundraising. Peut-être pour des raisons culturelles, des pratiques telles que les réunions d’appartement et le phoning gardent une visibilité limitée. Par ailleurs, certaines pratiques n’ont pas vocation à être importées parce qu’elles répondent à des objectifs purement américains. On peut citer comme exemple le travail effectué autour de la localisation des bureaux de vote, parfois difficiles à trouver aux États-Unis, y compris le jour du vote. Autre type de pratiques américaines dont la France est heureusement épargnée : l’achat de publicités télévisées hors de prix et le développement de spots vidéo de publicité négatives. Le cadre juridique français est également beaucoup plus tourné vers la protection des données. Hors de question pour la campagne Hidalgo d’acheter des listes d’adresses électroniques : l’épisode de l’achat de bases de données par Nicolas Sarkozy, connu sous le nom du “sarko spam” a marqué négativement la mémoire collective.

Après la campagne des municipales, que deviendront les données récoltées par les équipes web des différents candidats?

Difficile de répondre pour toutes les équipes web. Là encore, le précédent de l’après-campagne d’Obama a montré que la manne des millions d’adresses électroniques contenues dans les bases de données des campagnes pouvait avoir une vie après l’élection. Mais la création de “Organizing for Action” à partir de “Organizing for America” ne semble pas avoir inspiré l’équipe du Président Hollande. La base des primaires socialistes n’a pas, elle non plus, été exploitée de manière optimale. Toutefois, les solides bases numériques d’Anne Hidalgo et de sa principale adversaire ne datent pas d’hier : chacune d’entre elles entretient des centaines de milliers de followers sur Twitter et s’appuie sur une structure autonome de leur parti politique – “Oser Paris” pour Anne Hidalgo, “La France droite” pour la candidate de l’UMP. Ces communautés pourraient donc continuer à vivre en dehors de la campagne parisienne. En ce qui concerne la campagne socialiste, on peut penser que certaines données militantes seront transférées aux sections, dans la plus stricte légalité, dans le respect des règles en vigueur et avec toujours les possibilités d’opt out. Quant aux données statistiques anonymisées (fréquentation, clics, etc.), elles serviront à affiner les modèles et les pratiques pour les campagnes suivantes dans le but de gagner en efficacité.

 

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