Étiquette : Israël Page 16 of 17

Crise de la dette et printemps arabe au sommaire du nouveau PE (1/2012)

La crise, certes, mais quelle crise ? Ce numéro de Politique étrangère tente de la cerner, au moins sur un champ de bataille emblématique : l’Europe. Crise monétaire, financière, économique et sans doute systémique pour les économies du vieux continent. On s’efforce ici d’en décrire les divers niveaux, les enchaînements, ainsi que d’analyser les dysfonctionnements d’une décision politique qui semble toujours « en réponse », en arrière ou sur les bas-côtés de l’événement. Comment, depuis 2010, ont pu s’enchaîner les difficultés, les mises en garde, les catastrophes, les parades plus ou moins provisoires, et à quel terme est-il possible d’organiser les réponses : bref, pour combien de temps sommes-nous condamnés aux bihebdomadaires sommets de la dernière chance ?
On suivra donc ici le développement des crises européennes, des crises dans les crises, des crises surdéterminant la crise la plus visible, celle de l’euro. Et on s’interrogera aussi sur cette dette qui campe désormais au cœur du débat sur les politiques publiques. Qu’est-ce qu’une dette d’État ? Comment advient-elle ? Un État peut-il vivre et se développer sans dette ? Et pourquoi les États d’Europe, les plus riches de la planète, affichent-ils une dette qui, sans doute pour la première fois de leur histoire, n’a pas de relation avec le fait guerrier ? Interrogation fondamentale, car si la dette publique est aujourd’hui produite simplement par notre mode de vie, il faut alors mettre en cause sa viabilité, en un temps où les rapports de force économiques sont définis par la mondialisation et non plus par les échanges inégaux nés de centaines d’années de domination politique et économique de l’Occident.
On s’interroge ici aussi sur les grands acteurs de ces crises. Les États, les gouvernements, les classiques puissances économiques et financières, sans oublier la désormais fameuse entité des « marchés financiers » qui semble, dans le débat public, s’être substituée aux opinions ; ni, symbole de ces marchés, de leur cynisme ou de leur simple capacité à prévoir les chaos économiques, les agences de notation – thermomètres simples ou facteurs accélérateurs du mal ? Approfondir l’action de ces dernières, c’est passer au crible un système qui a besoin d’elles, éclairer la nature des logiques d’investissement transnationales qui ont elles-mêmes défini leur place et leur crédibilité.

***

Les révolutions arabes, mais quelles révolutions ? Hors la tentation, concrétisée ou non, du soulèvement – ce dernier revêtant des formes spécifiques à chaque pays –, quel point commun entre la Tunisie, l’Égypte, la Libye, le Yémen, les pays où les régimes autoritaires verrouillent encore le destin de leur peuple, ceux où des réformes progressives tentent d’assurer une transition plus ou moins douce ? La difficulté que nous avons, Européens, Occidentaux en général, à penser ces révoltes, au-delà d’une peur rampante ou d’un discret soutien, témoigne d’une incapacité plus large à penser l’espace sudméditerranéen, en dépit de sa proximité, en raison peut-être de sa proximité et de son poids dans notre histoire. Notre surprise devant l’élection régulière de partis islamiques renvoie à notre incompréhension de sociétés toutes – même si à des degrés divers – structurées par le fait religieux, culturellement et socialement. Notre difficulté à nous faire entendre des États en révolution est l’héritage des contradictions de nos stratégies de ces dernières décennies, de ces dernières années, voire de ces derniers mois – y compris après les révolutions : de quelle explication unique couvrir l’intervention libyenne et l’abstention syrienne ? Et notre distance vis-à-vis des développements arabes – voir le silence gêné qui règne en Europe – s’explique aussi par le fait que ces révolutions ne nous voient pas : elles se regardent, elles ne nous considèrent nullement comme des modèles politiques, institutionnels ou moraux, nous qui pensions notre soft power comme une dernière carte au service de notre puissance.
Le dossier que nous consacrons au premier anniversaire des soulèvements arabes est riche de la diversité de leurs expériences : il ne décrit nul modèle… Les révolutions sont en elles-mêmes imprévisibles et ne sont porteuses d’aucun régime. À terme, c’est la nature même – certes évolutive – de la sociologie, de la culture des divers pays qui prévaut. Les dictatures savent parfois se défendre. Des acteurs neufs – ici la « génération Internet » et ses réseaux sociaux – peuvent s’affirmer, mais leur poids réel ne sera clarifié que par le temps, avec leur intégration dans le mouvement général des sociétés. Quant à la leçon la plus immédiate – mais est-elle étonnante ? –, elle est bien que les changements de régime internes entraînent d’abord de profonds bouleversements des rapports de forces internationaux.

Lire la suite de l’éditorial ici.

Pour vous abonner à la revue Politique étrangère, rendez-vous sur le site de La Documentation Française.

Le nouveau numéro de PE est en librairie !

Le numéro 1/2012 de Politique étrangère vient de sortir. Il comporte deux dossiers intitulés « Comprendre la crise de la dette » et « Les soulèvements arabes : premier bilan », avec deux articles gratuits ici et .

Vous pouvez télécharger le dossier de presse en cliquant ici et retrouver le sommaire en ligne ici.

Vous pouvez également regarder ci-dessous la vidéo de présentation de ce numéro, avec Dominique David, rédacteur en chef de PE :


Crise de la dette, soulèvements arabes… par Ifri-podcast

Pour vous abonner à la revue Politique étrangère, rendez-vous sur le site de La Documentation française.

 

Dix ans de politique américaine au Moyen-Orient

Dix ans après le 11 septembre et le début de l’intervention en Afghanistan, huit ans après la deuxième entrée américaine en Irak, alors que les aspirations démocratiques s’affirment au sud de la Méditerranée, et que les Palestiniens tentent de contourner le blocage des négociations avec Israël, la région moyen-orientale est plus que jamais un champ ouvert aux rivalités locales et aux compétitions internationales.

A l’occasion de la sortie du numéro exceptionnel de Politique étrangère (3/2011) sur les Etats-Unis et le Grand Moyen-Orient, l’Ifri a organisé une conférence réunissant plusieurs auteurs de ce dossier, autour des enjeux les plus pressants du Moyen-Orient, en particulier le « Printemps arabe » et le conflit israélo-palestinien. Antoine Coppolani, (professeur à l’Université de Montpellier), Frédéric Encel (enseignant à Sciences-Po Paris), Yves Aubin de la Messuziere (ancien directeur Afrique du Nord Moyen Orient au ministère des Affaires étrangères) et Mansouria Mokhefi (responsable du programme Maghreb/Moyen-Orient à l’Ifri) sont intervenus lors de cette conférence présidée par Laurence Nardon, responsable du programme Etats-Unis de l’Ifri.

Voici les vidéos des interventions de ces auteurs, suivies de plusieurs extraits de leurs réponses aux questions de la salle :

– De Bush à Obama : Les Etats-Unis et le conflit israélo-palestinien (Antoine Coppolani)

 

– Les relations entre Israël et les Etats-Unis (Frédéric Encel)

 

– Les relations entre les Etats-Unis et la Palestine (Yves Aubin de la Messuziere)

 

– Printemps arabe et mouvements islamistes

 

– Wikileaks, la Tunisie et la France


 

 

[Revue des livres] Il n’y aura pas d’Etat palestinien (Z. Clot, 2010)

Article issu de Politique etrangère, volume 76, n° 1, paru le 21 mars 2011, portant sur l’ouvrage Il n’y aura pas d’État palestinien. Journal d’un négociateur en Palestine, de Ziyad Clot (Paris, Max Milo, 2010, 288 pages). L’article qui suit a été rédigé par Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’Ifri.

***************

Au-delà d’un titre en apparence provocateur, cet ouvrage a un double mérite : celui d’être un témoignage et aussi une réflexion originale sur les perspectives de paix entre Israël et les Palestiniens. Français d’ascendance palestinienne par sa mère, Ziyad Clot vient pour la première fois, à l’âge de 30 ans, à la recherche de ses racines en Israël et dans les territoires palestiniens. À Ramallah, il devient, à sa demande, conseiller juridique chargé du dossier des réfugiés, dans l’équipe de négociation – la Negociations Support Unit (NSU) – placée auprès de Saeb Erekat, négociateur en chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

C’est là le témoignage de quelqu’un qui découvre une réalité qu’il ne connaissait que de l’extérieur : Haïfa et les traces de son passé familial, les contrôles renforcés à l’aéroport lorsqu’on a un prénom à consonance arabe, les check points qui quadrillent la Cisjordanie, mais aussi la chaleur des contacts humains, y compris entre Arabes et juifs. C’est aussi un témoignage de l’intérieur sur le fonctionnement de l’équipe de négociation, avec parfois des jugements sévères sur le manque de préparation des positions avant les rencontres avec la délégation israélienne, le complexe d’infériorité des négociateurs palestiniens, leur désarroi, le manque de coordination entre responsables, leur tropisme américain, accentué depuis la disparition de Yasser Arafat. À cet égard, quelques pages révélatrices méritent d’être lues sur la façon dont S. Erekat, de peur de déplaire à ses interlocuteurs américains, évite de s’engager dans la tentative de l’Union européenne (UE), sous présidence française, de relance du processus de paix. Z. Clot porte un jugement désabusé sur la façon dont les négociations sont menées, notamment sur la question des réfugiés qu’il suit plus spécialement. Plus généralement, il est très critique à l’égard d’un processus de paix qualifié de « spectacle », de « farce » ou d’« écran de fumée ». Il est vrai que le constat sur le suivi de la conférence d’Annapolis est accablant : sur aucun sujet – réfugiés, Jérusalem, colonies, tracé des frontières – n’apparaît le moindre rapprochement. L’arrivée de l’Administration Obama ne modifie pas la donne, même si le nouveau président, dans son discours du Caire de juin 2009, exprime une empathie réelle à l’égard de la situation des Palestiniens. Pour l’auteur, « l’approche de l’Administration Obama n’est pas fondamentalement différente de celle de George W. Bush. Ses limites sont strictement identiques : incapacité à stopper la colonisation israélienne et refus de considérer le Hamas comme un partenaire de négociation. »

Devant cette situation de blocage et la diminution progressive du territoire d’un éventuel État palestinien, l’auteur estime que la solution des deux États n’est plus possible, constat de plus en plus partagé – même si la communauté internationale, y compris officiellement Israël et l’Autorité palestinienne, estime qu’il s’agit de la seule solution possible. On peut craindre que Z. Clot n’ait raison. Dans ces conditions, quels sont les scénarios possibles ? L’auteur en voit trois : le prolongement de la situation actuelle, celle de la « gestion d’un conflit de basse intensité » accompagnée de la poursuite de la colonisation ; la perspective de l‘expulsion des Arabes, israéliens comme palestiniens, des Territoires, demandée ouvertement par certains partis ; la création d’un État binational avec reconnaissance de droits égaux entre juifs et musulmans. L’auteur estime que « la solution de l’État unique s’impose en raison, et en fait ». Il est clair qu’une telle option ne peut être que récusée par Israël qui entend s’affirmer comme État juif ; la deuxième solution est naturellement inacceptable par la communauté internationale ; quant à la première, celle du fait accompli, apparemment favorable à l’extension du contrôle israélien sur la Cisjordanie, ne risque-t-elle pas à terme de conduire Israël dans le mur ? L’État hébreu peut-il assurer sa pérennité sans résoudre la question palestinienne ? Ehoud Olmert en était conscient lorsqu’en 2007, il déclarait, en ayant à l’esprit l’évolution démographique respective des Arabes et des juifs sur l’ensemble de ce que Z. Clot nomme « Israeltine » : « Si un jour la solution des deux États doit s’effondrer, et que nous devons faire face à une lutte pour l’égalité des droits de vote comme en Afrique du Sud, alors dès que cela se produira l’État d’Israël sera terminé ». L’avenir reste incertain et tout peut arriver. L’expérience prouve, comme conclut l’auteur, que « l’Histoire […] est souvent l’objet de coups d’accélérateur renversants. Les murs tombent parfois sans prévenir. Autant s’y préparer. »

Page 16 of 17

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén