Étiquette : OTAN

L’évolution de la doctrine stratégique aux États-Unis

Pour continuer à célébrer le 80e anniversaire de Politique étrangère, nous restons cette semaine à l’heure américaine et vous proposons de découvrir un autre texte marquant de la revue : l’article de Henry Kissinger, « L’évolution de la doctrine stratégique aux États-Unis », publié dans le numéro de printemps 1962 (n°2/1962).

Henry Kissinger a été conseiller pour la sécurité nationale des États-Unis et Secrétaire d’État dans les administrations Nixon et Ford. Il a obtenu le prix Nobel de la paix en 1973 pour son rôle dans la négociation d’un armistice dans la guerre du Vietnam. En 1962, date de parution de son article dans Politique étrangère, Kissinger dirige les études de Défense à l’université Harvard.

article-pe-twitter-henry-kissinger-2

« Depuis que je suis à Paris, après cinq semaines passées en Orient, j’ai eu de nombreuses conversations avec des amis français et je dois avouer que je suis frappé par l’étendue du désaccord et de l’incompréhension qui se sont développés entre nos deux pays. Je ne prétends pas fixer les responsabilités de cet état de choses. Je crois cependant qu’étant donné le temps que nous vivons, on ne peut concevoir d’avenir pour l’Occident sans la plus étroite collaboration entre les États-Unis et la France. Je ne puis concevoir que l’un ou l’autre de nos deux pays puisse se développer sans l’autre.

NATO in Afghanistan. Fighting Together, Fighting Alone

NATOCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Alice Pannier propose une analyse de l’ouvrage de David P. Auerswald et Stephen M. Saideman, NATO In Afghanistan. Fighting Together, Fighting Alone (Princeton, NJ, Princeton University Press, 2014, 280 pages).

L’objectif de l’ouvrage de David Auerswald et Stephen Saideman est de nous expliquer les variations dans les participations des États aux opérations en Afghanistan sur la période 2006-2010. Cet ouvrage est une contribution à la littérature à la fois sur les alliances, sur les relations civilo-militaires et sur le lien entre politique intérieure et politique étrangère. Il est d’une grande richesse empirique et vient compléter de manière originale et utile le corpus existant sur le conflit afghan et l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).

Les auteurs nous éclairent d’abord sur la manière dont s’exerce le contrôle national sur les forces militaires, démontrant que les interventions alliées se jouent dans les capitales des États participants, « plus qu’à Bruxelles ou à Kaboul ». Les auteurs utilisent l’approche du principal-agent, c’est-à-dire qu’ils étudient la relation entre le détenteur de l’autorité et le ou les acteurs(s) à qui celle-ci est déléguée, en l’occurrence le commandant des opérations et/ou le ministre de la Défense. Selon cette approche, l’Alliance et les États constituent autant de « principaux », le premier collectif, les autres individuels, ce qui donne lieu à des relations principal-agent « hybrides ». La simplicité de la relation à l’État lui assure la prééminence sur le principal collectif, la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) : les décisions nationales importent donc plus que celles de l’OTAN.

Armement et désarmement nucléaires

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2012). Vivien Pertusot, responsable de l’Ifri Bruxelles, propose une analyse de l’ouvrage de Sébastien Boussois et Christophe Wasinski (dir.), Armement et désarmement nucléaires : perspectives euro-atlantiques (Bruxelles, Peter Lang, 2011, 200 pages).

Le discours de Barack Obama à Prague en avril 2009 a propulsé sur le devant de la scène un phénomène jusqu’alors resté largement du domaine de la communauté d’experts : le désarmement nucléaire global. Certes, des personnalités influentes, dont le « Gang of Four » – Henry Kissinger, William Perry, George Schulz et Sam Nunn –, avaient déjà commencé à promouvoir cette idée. Mais Barack Obama l’a globalisée. L’idée n’a pas fait l’unanimité : irréaliste pour les uns, prématurée pour les autres. Sans mentionner ceux qui sont en train de développer des capacités nucléaires. Le discours du président Obama a été reçu avec intérêt et bienveillance mais surtout avec prudence. Dans ce contexte, l’ouvrage tente de dresser un portrait des attitudes euroatlantiques sur le nucléaire. Le choix géographique se justifie : les États-Unis et l’Europe font partie d’une communauté de destin et se retrouvent au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).
Les différentes contributions de cet ouvrage permettent d’appréhender de manière lisible et concise l’attitude de nombreux États clés, dont les États-Unis, la Russie et la France, des institutions actives dans le domaine nucléaire et du désarmement, dont l’OTAN, l’Union européenne (UE) et même, de manière assez inattendue, le Parlement européen. Sont également mis en avant des processus importants, dont le nouveau traité START (Strategic Arms Reduction Treaty), et les zones exemptes d’armes nucléaires. Cet ouvrage est donc davantage un état des lieux qu’un traité théorique. On appréciera néanmoins le chapitre de Christophe Wasinski sur la construction des discours stratégiques dans l’espace euroatlantique et la manière dont l’arme nucléaire y est intégrée. Il donne matière à réfléchir, montrant comment l’arme nucléaire s’est imposée dans la doxa stratégique au point d’en devenir une composante essentielle.
Toutefois, l’ouvrage pèche à deux niveaux : il est déjà dépassé et n’anticipe pas suffisamment le débat sur la défense antimissile balistique (DAMB). Fruit d’un colloque qui s’est tenu au printemps 2010, il ne reflète pas les évolutions politiques récentes. En novembre 2010, les chefs d’État et de gouvernement de l’Alliance ont approuvé un nouveau concept stratégique. Beaucoup de contributions spéculent sur la partie « nucléaire » du nouveau concept qui, lors de la sortie de l’ouvrage, était déjà publié. En outre, Français et Britanniques ont signé les traités de Lancaster House en décembre 2010, avec une dimension nucléaire sans précédent – et nulle mention n’en est faite dans l’ouvrage.
Plus problématique : l’ouvrage ne se penche que trop marginalement sur la DAMB. C’est pourtant un élément crucial du débat et de nombreux indicateurs le laissaient déjà présager au premier semestre 2010. Souvenons-nous que le sujet fait débat au sein de l’OTAN depuis le début des années 2000 avec un regain depuis le sommet de Bucarest en 2008. En Europe, certains États, dont l’Allemagne et la Belgique (qui bénéficie d’un chapitre spécifique), se font les porte-drapeaux de la DAMB, en remplacement de la présence d’armes nucléaires sur leur sol. Cette dimension est ici absente et c’est regrettable dans un débat sur le désarmement nucléaire. Armement et désarmement nucléaires permet donc d’avoir un bon panorama de 2010 mais ce livre est trop ancré dans son temps pour s’installer comme un ouvrage de référence.

Vivien Pertusot

Pour vous abonner à Politique étrangère via la Documentation française, cliquez ici.

[Edito] Guerre contre le terrorisme et avenir de la PAC au menu du dernier Politique étrangère

Le n°2/2011 de Politique étrangère est disponible. Les deux thématiques à l’honneur pour ce numéro sont « Al-Qaida et la guerre contre le terrorisme » et « L’Avenir de la PAC« .

(pour consulter le sommaire, cliquer sur l’image)

EDITO
Ces derniers mois ont déclaré Oussama Ben Laden mort deux fois : noyé dans les aspirations démocratiques arabes, puis abattu au Pakistan. Sa gloire aurait-elle duré dix ans seulement qu’elle laisserait pourtant le monde différent. Certes, le 11 septembre 2001, qui impose l’image d’un « hyperterrorisme » et celle d’une « islamisation » de la violence, n’est pas l’événement singulièrement fondateur que d’aucuns décrivirent alors : l’ascension des économies émergentes ou la crise économique marquent déjà le siècle de tendances longues autrement plus déterminantes. D’une certaine manière, le 11 septembre accouche pourtant d’un monde nouveau, en ce qu’il ouvre une vision neuve des rapports de force dans le monde, des rapports entre unités politiques contemporaines.

 

Dans les années qui suivent le coup de tonnerre de septembre 2001, certains commentateurs installent le phénomène terroriste au cœur des scénarios de violence du siècle qui s’ouvre : l’asymétrie terroriste, appuyée sur le développement et la diffusion des technologies, sera la référence des conflits du siècle, y occupera une place centrale, de plus en plus large. Dix ans plus tard, la prédiction ne s’est pas réalisée. Et les mesures mises en œuvre par les États – dont le 11 septembre signe d’une certaine manière le « retour » – s’avèrent plutôt efficaces pour maintenir les actions terroristes dans une relative marge, aussi sanglante soit-elle.

Il reste que cette période a profondément modifié notre vision du monde. Du côté des puissances, les succès de la lutte antiterroriste, mais aussi les terribles errances de la puissance américaine dessinent une scène internationale différente. Les États-Unis sont toujours là, dominants, centraux, mais changés. Ailleurs, l’idée même d’asymétrie et l’échec américain en Irak – avant même qu’on ne puisse tirer un bilan de la guerre afghane – dessinent aussi un monde plus divers. Un monde où les hypothèses de conflits et les formes d’usage de la force sont beaucoup plus nombreuses, déclinées, que ce que nous imaginions dans la dernière décennie du XXe siècle.

Le dossier que publie ici Politique étrangère témoigne de cette diversité du monde conflictuel, sans doute plus visible depuis dix ans, et de la difficulté qu’ont les puissances classiques à s’y orienter. Le terrorisme apocalyptique ne s’est pas concrétisé. Al-Qaida survit, mais sous des formes localement plus que globalement dangereuses, et des formes d’organisation que nous n’avions guère imaginées. Les engagements en Irak puis en Afghanistan renvoient à des formes de guerre où les rapports asymétriques prédominent, contraignant les armées occidentales à revenir à des formes de raisonnement oubliées – contre-insurrection, pacification, etc. Le tout sous cette interrogation plus globale : nos esprits, nos modes de raisonnement doivent certes évoluer, mais aussi nos structures de forces ; dans quel sens, et avec quels moyens ?

* * *

Cette dernière question – l’adéquation des instruments politiques et militaires aux décisions d’engagement, d’intervention dans un conflit – est clairement posée par l’aventure libyenne. À l’heure où ces lignes sont écrites, son issue n’est pas connue ; elle a pourtant déjà, très près de nous, fait plusieurs blessés.

Au premier chef, c’est la notion même d’intervention humanitaire qui est sans doute touchée. Décidée selon d’honorables critères de protection des populations, l’intervention aérienne contre le régime Kadhafi paraît vite quelque peu brouillonne (sans objectif militaire ni politique clairement identifié), voire assez arbitraire : les populations libyennes ont droit à la protection internationale, mais pas les syriennes. On comprend bien pourquoi ; il reste que c’est la légitimité même de l’intervention internationale dans ces opérations humanitaires qui s’en trouve questionnée – sans parler des divergences d’interprétation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies entre ceux-là mêmes qui les votent. Autre victime : l’Union européenne (UE), aux abonnés absents de la diplomatie, et qui se divise sur Schengen, l’un de ses acquis les plus symboliques aux yeux du monde extérieur. Aucune puissance européenne n’a apparemment songé à inscrire ses débats et décisions dans le cadre de la fameuse Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) que le traité de Lisbonne devait réorganiser.

Victime collatérale peut être encore plus significative pour le court terme : l’entente franco-allemande. L’abstention de la République fédérale d’Allemagne (RFA) dans l’affaire libyenne est étonnante pour un pays qui aspire à un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Mais elle est plus préoccupante par ce qu’elle suggère, à terme, de désir de désengagement de la part d’une puissance européenne dominante : Berlin en est-il vraiment à se vouloir une puissance exclusivement commerciale, économique, civile ? Dernière victime – en perspective –, enfin : l’Alliance atlantique. La division des alliés, la valse-hésitation des principaux d’entre eux autour de son rôle dans la manœuvre militaire viennent s’ajouter à la confusion qui se profile face à l’enlisement des opérations afghanes… Décidément, 2011 risque, bien au-delà de la Méditerranée, de marquer la décennie.

* * *

Ce numéro de Politique étrangère interroge encore l’avenir de l’UE autour d’une de ses politiques les plus emblématiques : la Politique agricole commune (PAC). Succès incontestable pour l’agriculture européenne dans son ensemble depuis plusieurs décennies, instrument décisif d’intégration, en particulier pour les derniers élargissements en Europe centrale, la PAC se retrouve au centre des discussions sur les budgets futurs, c’est-à-dire la politique à venir de l’UE, en un temps de doute général sur les voies et les finalités mêmes de la construction européenne. Le paradoxe étant que l’évolution internationale rend cette politique commune sans doute plus nécessaire que jamais. Certes, la PAC doit évoluer, s’adapter à des temps nouveaux, mais seule une politique européenne intégrée peut contribuer à répondre aux gigantesques défis qui s’annoncent : sécurité alimentaire de la planète, nécessité d’amortir l’effet des fluctuations des prix des matières premières, danger environnemental, etc.

Interventions internationales – Afghanistan, Liban, Côte d’Ivoire, Libye – ; institutions internationales – Organisation des Nations unies (ONU), UE – ; évolutions et dynamiques des conflits dix ans après le 11 septembre : avec ce numéro, Politique étrangère choisit de camper au cœur de débats qui ont toutes chances d’organiser la décennie qui s’ouvre.

 

Page 14 of 14

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén