Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2026 de Politique étrangère (n° 1/2026). Denis Bauchard propose ici une analyse de l’ouvrage de Gérard Araud, Leçons de diplomatie. La France face au monde qui vient (Tallandier, 2025, 304 pages).

Le double titre du dernier ouvrage de Gérard Araud reflète bien son objet. Il devrait être remis à tout jeune agent arrivant au Quai d’Orsay, comme un manuel du parfait diplomate, conseillant son ministre sur la meilleure façon dont la France doit défendre ses intérêts et faire respecter le droit international dans un monde où « la tragédie est de retour […] après 77 ans de paix ».
Les premiers chapitres font l’éloge du diplomate à qui revient « le rôle ingrat […] de définir le champ du possible en politique étrangère ». Dans un monde de plus en plus brutal, où prévalent les rapports de force, que peut faire le diplomate ? L’auteur l’appelle tout d’abord à pratiquer des qualités de caractère, telles la lucidité, la prudence, l’empathie, la recherche du compromis, la maîtrise de ses émotions. Il souligne à juste titre que « le diplomate analyse et conseille ; le président et le ministre décident » : en d’autres termes, le diplomate propose, le président dispose. La décision revient au politique. Ces pages plaident en faveur d’une Realpolitik dans laquelle on peut retrouver la pensée toujours présente de Talleyrand.
L’auteur ne manque pas de faire l’éloge du métier d’ambassadeur qui, malgré « les moyens dérisoires » dont il dispose, « n’en reste pas moins le plus beau du monde. Il allie la recherche de la paix à l’ouverture au monde et à l’honneur du service de la patrie ». Gérard Araud regrette cependant la dilution du rôle du ministère des Affaires étrangères dans le développement des services internationaux des ministères dits techniques. Il souligne le rôle central du ministère de la Défense tout en omettant curieusement celui de l’Économie et des Finances qui, notamment dans le domaine européen et en matière de diplomatie économique, joue un rôle essentiel.
Dans le contexte actuel, que peut faire la France ? Passant en revue les grands dossiers de politique étrangère – nos relations avec l’Allemagne, la Chine, les États-Unis, notre politique au Moyen-Orient et le rôle joué par nos partenaires –, l’auteur ne cache pas que la marge de manœuvre, inégale selon les dossiers, est faible. Dans le monde multipolaire et brutal qui prévaut, la France, qui n’est qu’une puissance moyenne, a toujours de grandes ambitions. Il s’interroge sur l’influence réelle du « verbe gaullien » et de la « flexibilité mitterrandienne », prônant « un pragmatisme fondé sur une prise en compte lucide des rapports de force et des intentions avouées ou tues des acteurs principaux ». Les ambitions de la France d’aujourd’hui ne peuvent qu’être modestes. Mais peut-elle s’en contenter ?
Dans les pages très pertinentes consacrées à l’Amérique de Donald Trump, l’auteur note à juste titre que l’on méconnaît ce pays, dont on ignore le fonctionnement et les règles du jeu. Si la personnalité de Trump déroute et inquiète, sa volonté de contrer la montée en puissance de la Chine et de s’éloigner de l’Europe est une orientation majeure qui perdurera avec ses successeurs, quels qu’ils soient.
Avec les perspectives pessimistes qu’offre le monde qui vient, ce livre stimulant démonte nombre d’idées reçues et mérite une lecture attentive.
Denis Bauchard
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