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[Articles récents] La diplomatie d’Obama à l’épreuve du Web 2.0 (J. Nocetti)

Article issu de Politique Etrangère volume 76, n°1, paru le 21 mars 2011, rédigé par Julien Nocetti, chercheur associé à l’Ifri depuis septembre 2009, où il travaille sur la politique de la Russie au Moyen-Orient et la gouvernance de l’Internet. Il a publié en avril 2011 « e-Kremlin » : pouvoir et Internet en Russie.

 

 

L’Administration Obama entend restaurer l’image internationale des États-Unis. Elle utilise pour ce faire, au service de ses démonstrations diplomatiques, toutes les potentialités des nouveaux médias, tout en développant un discours liant le Web à la promotion de la démocratie. Le bilan de ces choix peut paraître mitigé : Internet joue sans nul doute un rôle politique croissant mais les régimes autoritaires peuvent eux aussi s’adapter à la nouvelle réalité numérique.

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L’Administration Obama est arrivée au pouvoir avec un sens aigu du potentiel des « nouveaux médias » et des outils du Web 2.0. Pour cette dernière, l’ère du numérique transforme la pratique de la diplomatie. Le Web, et les réseaux sociaux tout particulièrement, sont perçus comme des outils diplomatiques à part entière. Ils sont utilisés dans le double objectif de soutenir la politique d’engagement conduite par l’exécutif américain et d’accompagner la démocratisation de pays avec lesquels Washington entretient des relations complexes.

En effet, dans un contexte de montée en puissance de la société civile, de mondialisation de l’opinion et d’essor sans précédent des nouvelles technologies liées à Internet, l’Administration Obama entend redonner à la « marque États-Unis » le pouvoir d’attraction perdu avec l’aventurisme de l’Administration Bush. Dans le même temps, les décideurs américains ont développé une approche qui fait du Web une technologie s’accordant avec les normes et valeurs que cherchent à promouvoir les États-Unis dans le monde. La liberté d’Internet est ainsi l’un des axes majeurs de la politique extérieure de l’Administration Obama.

 

COMMUNIQUER : VERS UNE DIPLOMATIE PUBLIQUE 2.0

Créer les réseaux appropriés pour exercer une influence sur les débats et décisions de politique étrangère est désormais vital. Les nouvelles technologies de l’Internet constituent, à cet effet, une opportunité nouvelle et démultiplicatrice.

Réactualiser la diplomatie publique des États-Unis

Les initiatives de l’Administration Obama se fondent sur plusieurs constats : l’image désastreuse des États-Unis, en particulier dans le monde arabo-musulman, la montée en puissance de la société civile, la mondialisation de l’opinion et l’essor sans précédent des nouvelles technologies liées à Internet. S’ajoute à ces facteurs le fait que le modèle de diplomatie publique classique est dépassé face à l’explosion des moyens de communication.

Impact sur les opinions publiques étrangères

L’arrivée de B. Obama à la Maison-Blanche s’est accompagnée d’une volonté d’accroître la crédibilité et l’autorité morale des États-Unis aux yeux des populations étrangères. Reconquérir les populations ne signifie pas seulement être populaire, même si cela peut aider à atteindre des objectifs de politique étrangère ou à enrayer une opposition active. Le but consiste bien à être plus influent, et donc plus efficace, à moindre coût. L’expansion des technologies de l’information et de la communication a renforcé la visibilité des opinions publiques. Les nouveaux médias et technologies informatiques, comme les réseaux sociaux et les téléphones portables avec accès à Internet, ont transformé les dynamiques de communication et d’interaction à travers le globe et ont ouvert de nouvelles opportunités d’influence et d’action à l’échelle mondiale (H.C. Dale, Public Diplomacy 2.0: Where the US Government Meets “New Media”, Washington DC, The Heritage Foundation, 2009).

Les technologies numériques ont ainsi des répercussions sur la manière dont les populations peuvent être impliquées dans les débats : Internet est un outil de diffusion de l’information d’une portée nouvelle, en même temps qu’il permet à un nombre croissant d’individus de se faire une opinion sur des événements et des problématiques indépendants de la politique des États. Internet facilite donc le débat politique (i.e. communiquer des idées en vue d’influencer une politique) à un degré lui aussi inédit, d’autant que les acteurs non étatiques se veulent plus influents en matière de politique étrangère.

Priorité au monde arabo-musulman

L’un des premiers défis de l’Administration Obama a été de restructurer les relations avec le monde arabo-musulman, grandement détériorées depuis les échecs stratégiques de Washington en Irak et en Afghanistan, et du fait de son incapacité à résoudre le conflit israélo-palestinien et à satisfaire la « rue arabe » (K. Lord, M. Lynch, America’s Extended Hand: Assessing the Obama Administration’s Global Engagement Strategy, Washington DC, Center for a New American Security, 2010). Le nouvel effort s’appuie sur le constat que les relations des États-Unis avec 1,4 milliard de musulmans de la planète ne peuvent plus être définies sous le seul prisme de la lutte antiterroriste. Le nouveau président souhaitait ainsi signaler une véritable rupture par rapport à l’ère Bush et redéfinir ses relations avec une nouvelle génération de jeunes musulmans. À cet égard, son discours du Caire en juin 2009, qui a suscité l’attention de la communauté internationale, annonçait symboliquement une nouvelle diplomatie publique américaine. L’ensemble des grandes agences gouvernementales ont contribué à son élaboration puis à sa diffusion : Conseil de sécurité national, et surtout département de Planification politique du Département d’État. Des consultants ont livré leur point de vue ; et l’effet sur les attitudes et les opinions dans les pays ciblés a soigneusement été évalué à l’avance. Le discours a été diffusé en 13 langues par les sites de réseaux sociaux (Facebook, Twitter, MySpace, YouTube), ainsi que les podcasts (en raison des restrictions du Smith-Mundt Act de 1948 qui interdit la propagande vers les citoyens américains et à l’instar de tous les produits de la diplomatie publique américaine, cette initiative du Département d’Etat s’est exclusivement adressée aux audiences étrangères). La Maison-Blanche a également lancé une discussion internationale sur Facebook qui a rassemblé plus de 20 millions d’internautes du monde arabe et reçu en réponse des textos postés sur le portail officiel America.gov en arabe, persan, ourdou et anglais.

Smart power et « connectivité »

Les initiatives de l’Administration Obama en matière de diplomatie publique s’appuient sur un corpus élaboré au cours du second mandat de G. W. Bush. À cet égard, les think tanks réputés proches du Parti républicain ont massivement contribué au débat sur l’interaction entre Web et diplomatie publique (en 2010, la New America Foundation a organisé plusieurs manifestations sur le sujet. Citons « Does the Internet Favor Dictators or Dissenters? », Washington, 21 mai 2010 ; « Decoding Digital Activism », Washington, 15 juillet 2010. Les centres de recherche des grandes universités sont eux-aussi très présents dans le débat, citons le Berkman Center for Internet & Society (Harvard), l’Institute for Public Affairs and Global Communication (George Washington University), ou le Miller Center of Public Affairs (University of Virginia).

Très clairement, le « tournant » technologique adopté par la diplomatie américaine trouve une partie de ses racines dans le concept de smart power médiatisé par Hillary Clinton lors de son discours d’investiture devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, en janvier 2009. Il s’agit pour les États-Unis de combiner un hard power lié à leur prédominance économique et militaire au soft power que leur confèrent une image améliorée, la séduction de leur prospérité et de leur mode de vie, le succès de leurs produits culturels, leurs valeurs universelles et une approche plus multilatérale des relations internationales, le tout étant véhiculé par les nouveaux outils technologiques. H. Clinton ne faisait là pourtant que reprendre un concept analysé et promu par les auteurs du rapport de la commission du Center for Strategic and International Studies (CSIS) sur le smart power. Après sa nomination au poste de sous-secrétaire d’État à la Diplomatie et aux Affaires publiques, Judith A. McHale, ancienne présidente-directrice générale de Discovery Communications, mettait clairement l’accent, devant le Sénat en mai 2009, sur l’effet potentiel des avancées en matière de communication sur la diplomatie publique américaine (J. McHale, « Senate Foreign Relations Committee Confirmation Hearing », 13 mai 2009).

Au-delà de cette attention au smart power dans la doctrine de politique étrangère, le concept de connectivité structure également le rapport de l’Administration Obama à sa diplomatie publique. Ce concept est l’œuvre d’Anne-Marie Slaughter, directeur de la Planification politique (et co-responsable de la Quadrennial Diplomacy and Development Review, sensiblement équivalente au Livre blanc sur la politique étrangère française) au Département d’État. Selon elle, la connectivité, autrement dit la faculté d’agir en réseaux, constituera la mesure de la puissance au XXIe siècle (A.-M. Slaughter, « America’s Edge: Power in the Networked Century », Foreign Affairs, vol. 88, n° 1, 2009). L’État disposant du plus grand nombre de connexions sera l’acteur central, à même d’imposer l’agenda international et de susciter une innovation et une croissance durables. En se positionnant comme la nation la plus connectée, comme un hub informationnel et idéologique, les États-Unis tentent donc de concevoir une diplomatie adaptée à l’ère de la mondialisation des réseaux et du Web.

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[Articles récents] Comment sortir de l’ornière les pays « faillis » ? (S. Michailof)

Article issu de Politique Etrangère volume 76, n°1, paru le 21 mars 2011, rédigé par Serge Michailof, ancien directeur opérationnel à la Banque mondiale, ancien directeur exécutif chargé des opérations de l’Agence française de développement (AFD) et ancien vice-président de Proparco. Il est également professeur à Sciences Po.

 

 

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L’effet d’entraînement des graves crises que connaissent certains États a conduit la communauté internationale à multiplier les tentatives d’aide au redressement. On peut pourtant s’interroger sur l’inadaptation de ces tentatives : dans leurs méthodes de travail, leur cadre conceptuel, dans leur philosophie même. Il faut sans doute pour l’avenir privilégier la reconstruction des institutions régaliennes, seules susceptibles de garantir la réorganisation sociale et le développement économique.

 

Si certains pays du Sud émergents nous disputent désormais la prééminence économique, financière, mais aussi intellectuelle et militaire, à l’autre extrémité du spectre, une cinquantaine de pays représentant environ un milliard d’habitants sont à la traîne : ils ont décroché du processus de mondialisation, ou ne s’y sont jamais intégrés. Les pays dont l’économie est simplement restée stagnante risquent de basculer dans des spirales d’échec qui peuvent les conduire au minimum à des crises sociales et politiques très graves, au pire à la guerre civile. Ce risque de basculement est d’autant plus élevé que ceux-ci cumulent des facteurs de risque spécifiques. Or l’expérience montre qu’il existe un effet d’entraînement sur les pays voisins. Ces pays menacent en conséquence la stabilité régionale à laquelle la communauté internationale ne peut rester indifférente. Celle-ci, qui assume à juste titre un rôle de plus en plus actif pour tenter de sortir ces pays de l’ornière, montre une maladresse et une inefficacité dans ses interventions qui culminent aujourd’hui avec le désastre de l’Afghanistan. Il est de ce fait permis de se demander si les méthodes de travail, le cadre conceptuel et la philosophie générale qui la guident pour traiter ces questions ne sont pas profondément inadaptés. Et même si son action ne finit pas par faire partie du problème. Si tel était le cas, ces modes d’action, tout comme leur cadre conceptuel, exigeraient une radicale remise en cause.

Échec économique et démographie galopante : un mélange instable

Les pays qui ont ainsi trébuché sur le chemin du développement présentent une grande diversité géographique et culturelle, mais aussi des caractéristiques communes. Ils ont manqué leur insertion dans la mondialisation. Au-delà de la stagnation économique, leur autre caractéristique habituelle est une forte démographie. Presque partout, la transition démographique est certes amorcée mais l’inertie de ces phénomènes étant considérable, la période de transition peut s’étaler sur une trentaine d’années. Or si l’économie stagne, c’est la période de tous les dangers. Dans les villes, les jeunes ne trouvent pas d’emploi ; les périphéries se couvrent de bidonvilles et d’habitats spontanés où les conditions de vie sont dégradées. Dans les campagnes, les surfaces cultivées ne suivent pas l’accroissement de la population ; si l’agriculture ne se modernise pas, ce qui est fréquent, la détérioration des écosystèmes mène à des crises malthusiennes comme on le constate au nord du Sahel ou dans certaines vallées afghanes. Enfin, ces pays ont les plus grandes difficultés à assumer leurs responsabilités régaliennes. Sécurité, justice, éducation, soins de santé de base ne sont ainsi plus assurés. Finalement, ces États se trouvent dans une situation de grande instabilité : on les qualifie de « fragiles ».

Un cas caractéristique de cet état d’instabilité provoqué par une démographie galopante dans une économie en berne est celui de la Côte d’Ivoire, dont la population est passée de 3 millions d’individus à l’indépendance, à près de 21 millions aujourd’hui, soit une multiplication par 7 en 50 ans. La crise politique qui y sévit1 depuis 1999 est largement liée à la combinaison de ce choc démographique et de l’échec économique qui affecte le pays depuis 1980. Nombre de pays d’Afrique subsaharienne sont dans une situation analogue; mais aussi certains pays andins d’Amérique latine et d’Asie centrale. Que penser finalement du cas très particulier du Pakistan, qui n’a que récemment débridé sa croissance pour replonger dans une double crise politique et économique ?

La mécanique des spirales d’échec

Les mécanismes qui plongent ces pays fragiles dans des spirales d’échec sont désormais bien identifiés. L’élément déclencheur sur lequel se focalisent les médias relève le plus souvent de l’incident qui tourne mal : un cas très classique est la contestation d’une élection truquée. Cette étincelle serait sans effet majeur en l’absence de facteurs de risque : on a souligné le rôle de la démographie, de la stagnation économique et du déséquilibre démographie/ressources naturelles. Mais d’autres facteurs jouent un rôle tout aussi important.

La géographie peut constituer une source de fragilité lorsqu’une topographie particulièrement difficile fait que le « pays » n’a finalement jamais pu être totalement contrôlé par un pouvoir central, comme l’Afghanistan. D’autres éléments, de nature culturelle ou historique, ne doivent pas être oubliés. Certaines tensions peuvent remonter à un passé lointain, à de très anciennes lignes de fracture, telle la zone de contact entre Afrique blanche et Afrique noire où les affrontements sont toujours d’actualité, de la Mauritanie au Sud-Soudan. Si ces facteurs de risque correspondent à des tendances de long terme à forte inertie, des éléments aggravants sont aussi souvent à l’oeuvre, sur lesquels il peut être possible d’agir, comme l’accès aux armes modernes ou l’accaparement des rentes par une minorité.

La facilité d’accès aux armes modernes est un défi pour le premier des pouvoirs régaliens : le monopole de l’usage de la force. Les querelles tribales se réglaient hier avec arcs, flèches et machettes et si de monstrueux massacres étaient possibles (par exemple au Rwanda), l’autorité de l’État pouvait être vite restaurée, la force publique détenant seule les fusils. Ce n’est plus le cas quand la Kalachnikov peut être acquise pour quelques centaines de dollars, et que cet « outil » est pour son possesseur un investissement rentable.

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L’économie japonaise : miroir de notre futur ? (C. Meyer, 2011)

Article issu de Politique Etrangère volume 76, n°1, paru le 21 mars 2011. Son auteur, Claude Meyer, est chercheur au Groupe d’économie mondiale de Sciences Po et ancien directeur général-adjoint d’une banque japonaise à Paris. Il enseigne l’économie internationale à Sciences Po. Parmi ses ouvrages, on pourra lire Chine ou Japon : quel leader pour l’Asie ? (Paris, Presses de Sciences Po, 2010).

 

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Malgré un apparent déclin, le Japon produit aujourd’hui presqu’autant que la Chine. Si son économie fait face à de lourds défis (absence de leadership politique, endettement public, vieillissement de la population), ses atouts sont aussi réels : excellence technologique, dynamisme commercial, puissance financière, leadership économique et commercial en Asie. Une forte volonté politique et un regain de confiance pourraient permettre le retour d’une croissance modérée mais durable.


Un Japon anémié et vieillissant face à une Chine dynamique et conquérante. Pour beaucoup, la cause est entendue : deux décennies de quasistagnation ont largement amorcé le déclin du Japon. Son produit intérieur brut (PIB) ne représente plus que 8,5% du total mondial contre 14,3 % en 1990 ; son PIB par habitant a chuté de la 3e à la 23e place dans la même période ; en termes de compétitivité internationale, le Japon est passé de la 1re place en 1990 à la 27e aujourd’hui. Et les Cassandre de poursuivre : voilà le destin que connaîtrait la vieille Europe sans un vigoureux sursaut. Mais le sort du Japon est-il si funeste qu’il faille l’agiter comme un repoussoir ? Malgré l’absence quasi totale de matières premières, et avec seulement2 % de la population active du monde contre 27% pour la Chine, le Japon produit presqu’autant que son immense voisin, soit l’équivalent de 8,5 % du PIB mondial. Ce simple rappel donne la mesure d’un géant qui dispose toujours d’atouts considérables, même s’il doit faire face à de lourds défis structurels. Le Japon a prouvé dans le passé ses capacités de rebond lors de multiples crises : saura-t-il sortir enfin de la léthargie qui semble le condamner à l’effacement ?

De lourds défis structurels

En 2009, la crise mondiale a plongé le Japon dans la pire récession de son histoire qui s’est ajoutée, dans une sorte de « double peine », à sa propre crise des années 1990. La contagion de la crise par le canal du commerce extérieur a été rapide et brutale : avec une contraction du PIB de 1,2 % en 2008 et de 5,2 % en 2009, la récession japonaise a été plus sévère que pour les autres pays industrialisés. La croissance soutenue des années 2002-2007 reposait à 60 % sur les exportations nettes, alors que la consommation intérieure restait atone dans un contexte déflationniste. Les effets conjugués de la récession mondiale et de la forte appréciation du yen ont entraîné un effondrement des exportations vers les États-Unis et l’Europe, premier et troisième marchés d’exportation. L’investissement des entreprises s’est donc fortement contracté, tandis que la montée du chômage et le recul des salaires étouffaient la consommation des ménages. La crise a ainsi révélé les limites du cycle d’expansion 2002-2007 fondé sur la demande extérieure. Pour maintenir une croissance durable moins tributaire de la conjoncture internationale, le Japon devait rééquilibrer son modèle en faveur de la consommation intérieure. Cela a été le cas en 2010 avec une hausse soutenue de la dépense des ménages et une croissance supérieure à 3,9 % ; mais ce rebond s’explique essentiellement par des facteurs temporaires, liés aux plans de relance. Les prochaines années devraient connaître une progression de la production d’environ 1,5 % par an, nettement inférieure au niveau de croissance potentiel, qui devrait lui-même diminuer durant les décennies à venir.

En effet, au-delà de la violence du choc conjoncturel de la crise, l’économie japonaise présente des faiblesses structurelles qui pèsent sur ses performances. Les gains de productivité s’amenuisent dans une économie arrivée à ce niveau de maturité et la taille du marché intérieur reste modeste, comparée à celles de grands ensembles régionaux ou d’économies-continents comme l’Inde ou la Chine. Outre ces contraintes, trois facteurs se conjuguent pour assombrir l’horizon économique de l’archipel : l’absence chronique de leadership politique, l’endettement du secteur public et le défi démographique.

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[Articles récents] Le Japon, d’un modèle à l’autre (C. Pajon, 2011)

Politique étrangère publie dans son numéro du printemps 2011 (voir le sommaire) un dossier sur le Japon, son modèle politique, économique, social, et ses choix internationaux. Conçu avant l’actuel enchaînement de catastrophes, ce dossier fournit d’utiles clés pour penser les difficultés du futur rebond de la puissance japonaise.

 

Alors que les grands émergents monopolisent le devant des scènes internationale et médiatique et que la Chine s’installe en position de deuxième puissance économique mondiale, le Japon semble condamné à un inexorable déclin. Depuis 1990, l’éclatement de la bulle et la crise systémique ont mis à mal le modèle japonais d’après-guerre, et le pays navigue en eaux troubles. Son supposé triste état ne manque donc pas de susciter la compassion des analystes européens.

Plutôt qu’un déclin, le Japon semble connaître une longue période de transition et de réinvention de son modèle national. Mais les paradoxes bien réels du contexte japonais, et un pragmatisme dominant dans les choix politiques nippons, rendent les analyses ou prévisions délicates.

Si l’archipel est confronté à d’importantes difficultés (dette publique de plus de 200 % du produit intérieur brut, déflation persistante, aggravation des inégalités sociales, crise démographique, etc.), il n’en conserve pas moins d’importants atouts (forte capacité d’innovation industrielle, maîtrise des technologies vertes, soft power important, etc.) On doit pourtant se rendre à l’évidence, et constater non sans frustration que le manque chronique de leadership politique, et les interminables tergiversations qui précèdent la moindre prise de décision, continuent d’entraver la mise en place d’indispensables réformes socio-économiques.

Mettant fin à un demi-siècle de domination du Parti libéral-démocrate sur l’archipel, la victoire du Parti démocrate du Japon (PDJ) aux élections de septembre 2009 a été perçue comme un tournant historique. La mise en place d’une « troisième voie » plus sociale, ainsi que les nouvelles orientations de politique étrangère du PDJ semblaient en effet constituer des facteurs favorables à un renouveau national.

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