Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n°3/2016). Frédéric Pesme propose une analyse de l’ouvrage de Alexander Sergunin et de Valéry Konyshev, Russia in the Arctic: Hard or Soft Power? (Stuttgart, Ibidem Press, 2015, 160 pages).

La posture et la stratégie de la Russie dans l’Arctique restent des sujets d’interrogation, voire d’inquiétude, dans la mesure où celle-ci ne cesse d’envoyer des signaux contrastés : drapeau en titane planté en 2007 sous le pôle, au fond de l’océan Arctique ; reprise des patrouilles navales ou de bombardiers stratégiques ; décision de réhabiliter certaines bases de l’époque soviétique et de développer des unités spécialisées dans le combat en zone arctique. Tout ceci dans un contexte marqué, depuis le déclenchement de la crise ukrainienne, par l’augmentation des tensions avec l’OTAN.
Faut-il craindre un conflit dans l’Arctique ? La question se fait récurrente depuis que l’on a la certitude que le réchauffement climatique – lequel affecte particulièrement les régions polaires – rendra de plus en plus accessible, dans un avenir relativement proche, cet Arctique qui se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Le processus de réchauffement paraît irréversible et devrait encore s’accélérer dans les dix prochaines années, certaines prévisions envisageant que l’océan Arctique connaisse un été entièrement libre de glaces dès l’horizon 2030. La voie du Grand Nord serait alors dégagée une partie de l’année, ouvrant l’accès aux immenses ressources minérales et d’hydrocarbures que l’on suppose contenues dans ses sous-sols, aux nouveaux chenaux maritimes libérés par ses glaces et à l’exploitation de ses ressources halieutiques. Cet accroissement d’activité humaine dans un espace protégé jusqu’ici par son caractère inhospitalier aura inévitablement un impact sur l’environnement, l’écosystème et les populations aborigènes dont les modes de vie seront durablement affectés.
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