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Conférence SMC/Ifri : vidéo !

La vidéo de la conférence du 18 septembre 2012, intitulée « Politique du web et web politique : les médias sociaux font-ils la loi ? » et organisée à La Cantine est en ligne ! Cet événement a eu lieu à l’occasion de la sortie de Politique étrangère 2/2012 et de son dossier « Internet, outil de puissance ».

Les Etats face au Web : entretien croisé

Julien Nocetti et Séverine Arsène répondent à trois questions en exclusivité pour politique-etrangere.com. Vous pourrez les rencontrer à l’occasion de la conférence « Politique du Web et Web politique : les médias sociaux font-ils la loi ? » le 18 septembre à la Cantine.
Julien Nocetti est chercheur associé au centre Russie/NEI de l’Ifri.

Séverine Arsène est docteur en science politique de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et est l’auteur d’Internet et politique en Chine (Karthala, 2011).

De quelle manière le Web a-t-il modifié le rapport entre les autorités russes et chinoises et leurs sociétés respectives ?

Séverine Arsène : Depuis une dizaine d’années, Internet a permis à de nombreux citoyens de contourner la censure pour défendre leurs droits. Désormais, étouffer complètement un scandale n’est plus une option pour les autorités. Elles doivent donc se montrer réactives et rendre des comptes beaucoup plus sérieusement qu’auparavant.
Cela a conduit le pouvoir à établir de nouvelles stratégies de communication. Internet n’est pas seulement censuré en Chine. Il est aussi utilisé comme outil de surveillance des problèmes sociaux, afin de détecter au plus tôt les crises et de les désamorcer en désignant quelques coupables. En complément, la propagande s’est aussi adaptée à Internet, prenant des formes beaucoup plus subtiles comme les célèbres contributeurs payés 50 centimes pour publier des commentaires favorables au régime (le « 50 cents party« ).
Au travers de ces transformations, on voit émerger une nouvelle doctrine sur le pouvoir chinois. Il s’agit de justifier l’autorité du parti communiste par sa capacité à prendre en compte l’opinion publique qui s’exprime en ligne, à détecter les conflits sociaux et à les régler efficacement. Au travers de sa gestion d’Internet, le parti revendique ainsi une légitimité technocratique, qui remplace la souveraineté populaire par l’efficacité technique et la modernité technologique.

Julien Nocetti : De nombreux citoyens russes se sont engouffrés dans la brèche créée par le Web pour à la fois y trouver des informations alternatives aux médias traditionnels, contrôlés par l’État, et dénoncer les abus des autorités, des scandales environnementaux aux affaires de corruption.
La différence majeure avec la Chine est que les autorités russes n’exercent pas de censure du Web « à la chinoise », où les autorités pratiquent un filtrage très sophistiqué des moteurs de recherche et réseaux sociaux avec la contribution du secteur privé. Le pouvoir privilégie des formes indirectes de contrôle — le trolling de blogs d’opposants — alliées à des moyens plus classiques d’intimidation physique.
Dans la Russie de 2012, le Web joue un rôle de « chaînon » entre une société qui réclame davantage de transparence et de dignité et une classe dirigeante qui n’hésite plus à afficher son cynisme, comme l’a révélé le « passage de témoin » entre Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine en septembre 2011. En quelque sorte, le Web révèle l’érosion du contrat social poutinien. Il permet donc aux citoyens de « suivre à la trace » leurs gouvernants en leur demandant des comptes. Ce renouvellement, profond, des modalités de l’action collective illustre un tournant dans la vie politique russe.

Pourquoi seuls les internautes russes et chinois font-ils exception à l’adoption massive de réseaux sociaux occidentaux comme Facebook ?

SA : Dans le cas de la Chine, la réponse la plus évidente est celle de la censure. Facebook est bloqué depuis des années par le célèbre « grand pare-feu » chinois et il faut disposer d’un VPN ou savoir utiliser un proxy pour y accéder. Les internautes chinois se tournent donc vers une offre chinoise qui est plus facilement accessible, avec des sites comme Renren, qui est une copie de Facebook, ou d’autres réseaux sociaux.
Mais le blocage n’est sans doute pas la seule raison qui explique le succès des services chinois par rapport aux services occidentaux. D’abord, il y a la question de la langue. Les réseaux sociaux nécessitent une masse critique d’utilisateurs, mais le très grand nombre de locuteurs chinois sur Internet est largement suffisant pour créer des communautés vivaces. De plus, les sites chinois ne se contentent pas de copier les services occidentaux, ils s’adaptent aux spécificités du marché local, avec des services souvent plus ludiques et des possibilités accrues de personnalisation (pensons à l’univers tout à fait unique créé autour de la messagerie instantanée QQ). Ainsi, même lorsqu’ils ont le choix, les internautes chinois ne se tournent pas systématiquement vers des services occidentaux. Google, par exemple, n’avait pas pu gagner plus de 20 à 25% de parts de marché face à son concurrent Baidu.

JN : Dans le cas de la Russie, la raison principale tient à la spécificité de la langue russe. Caractères cyrilliques obligent, le RuNet est culturellement isolé par des barrières linguistiques naturelles. Cette forme d’hermétisme a pu contribuer au succès des acteurs locaux du Web, qui ont su s’adapter à merveille à ces particularismes et proposer des contenus richement adaptés à l’univers linguistique russe, c’est-à-dire en mettant l’accent sur ce qui est important pour l’utilisateur local.
Ainsi, des acteurs locaux dominent les services de moteurs de recherche, de réseaux sociaux (Vkontakte, Odnoklassniki) et de messagerie (Mail.ru). Yandex – le Google russe, avec près de 65 % de parts de marché en Russie – a été créé un an avant le géant californien… Les acteurs russes sont arrivés sur le marché russe avant les géants occidentaux du Web.

Peut-on parler de « nationalisation » de l’espace numérique russe et chinois ?

SA : La censure et la préférence des internautes pour des sites en chinois, adaptés à leurs goûts, contribuent certainement à créer un espace numérique propre. Mais cet espace n’est pas si isolé qu’il y paraît. Les internautes chinois ont accès à la plupart des sites d’information étrangers en ligne, et beaucoup d’articles sont traduits par des sites d’information chinois. Les médias taiwanais et hong-kongais sont aussi très consultés. Surtout, de nombreux contenus culturels « globalisés » circulent sur la toile chinoise à la faveur du piratage, tout particulièrement les séries télévisées américaines et la musique pop américaine, coréenne ou japonaise. Les internautes chinois sont très attachés au fait qu’Internet constitue une ouverture sur le monde, et le fait de fournir une telle ouverture constitue aussi pour le pouvoir chinois une manière de se légitimer.
Au demeurant, les dernières prises de position du gouvernement chinois sur la gouvernance mondiale d’Internet semble montrer qu’il ne se dirige pas vers une stratégie de clôture d’un « territoire numérique » chinois. Certes la Chine défend l’idée d’une souveraineté numérique qui lui permettrait de mieux contrôler ce qui se passe sur le Web chinois, mais en même temps, elle cherche à créer les conditions d’une expansion de l’influence chinoise sur Internet, par exemple en maîtrisant une plus grande part du système d’allocation des noms de domaine. Il ne s’agit donc pas de nationaliser l’espace numérique chinois, mais de créer les conditions d’existence d’un Web chinois ouvert sur le monde et favorable aux intérêts du pays.

JN : Il y a, chez une partie de la classe dirigeante russe, une réelle crainte quant au potentiel déstabilisateur du Web sur la « souveraineté nationale ». Au cours du dernier cycle électoral, les déclarations de hauts responsables russes, assimilant le Web à un « agent du département d’État » américain et sous-entendant un contrôle accru sur le RuNet, ont pu faire croire à une nationalisation en marche du Web russe. D’autant que ces trois dernières années, le projet de créer un moteur de recherche d’État et le lancement d’un nom de domaine en cyrillique ont participé à la structuration du Web comme « espace national », les internautes russophones du monde entier se retrouvant au sein d’un même « monde russe » transposé sur les réseaux.
Cela étant, comme en Chine, les internautes russes sont friands de contenus (jeux, films, musique, etc.) venant de l’Occident. Les autorités laissent faire, considérant d’une certaine manière le Web comme un nouvel « opium du peuple » qui détournerait les citoyens de la politique. Les récents événements politiques tendent à nous faire nuancer cette approche…

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Asia’s Space Race

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2012). Christophe Venet, chercheur associé au programme Espace de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de James Clay Moltz, Asia’s Space Race: National Motivations, Regional Rivalries, and International Risks (New York, Columbia University Press, 2011, 288 pages).

Le 13 avril 2012, la Corée du Nord tentait pour la troisième fois de mettre un satellite en orbite. Si l’essai s’est soldé par un nouvel échec, après ceux de 1998 et de 2009, l’événement a jeté une lumière crue sur les liens entre les programmes spatiaux nationaux et les jeux de puissance régionaux en Asie. C’est à l’analyse de ce cocktail potentiellement détonnant que s’attelle James Clay Moltz.
La thèse principale de l’ouvrage est que la compétition croissante entre les programmes spatiaux nationaux en Asie a débouché non pas sur une mais sur plusieurs courses à l’espace, qui se déroulent en parallèle : entre la Chine et l’Inde, entre les deux Corées ou encore entre le Japon et la Chine. Pour l’auteur, le potentiel déstabilisateur de ces interactions dépasse largement les risques encourus lors de la course à l’espace entre les États-Unis et l’Union soviétique, en raison de l’augmentation substantielle du nombre d’acteurs par rapport à la période de la guerre froide mais aussi du caractère foncièrement unilatéral – voire nationaliste – des efforts spatiaux asiatiques. L’ambition de J.C. Moltz est d’expliquer l’origine de ces courses à l’espace, pour mieux identifier les mécanismes politiques qui permettraient d’apaiser ces rivalités spatiales.
Son grand mérite est d’intégrer dans l’analyse les facteurs nationaux, régionaux et internationaux de manière cohérente. Il se distingue ainsi des nombreuses monographies qui ont été consacrées aux puissances spatiales asiatiques – principalement à la Chine et au Japon – en ajoutant deux dimensions essentielles : une perspective comparatiste et une profondeur historique panasiatique. De fait, l’ouvrage se penche en détail sur les programmes spatiaux des quatre grands d’Asie – Chine, Japon, Inde, Corée du Sud – mais aussi sur l’émergence de puissances spatiales de moindre acabit, de l’Australie au Vietnam en passant par la Malaisie, la Thaïlande ou les Philippines.
Si l’auteur identifie certaines régularités à l’échelle régionale – notamment au travers du concept de late developer, qui explique le développement rapide des puissances spatiales asiatiques par leur accès à des technologies éprouvées par les pionniers (États-Unis, Union soviétique/ Russie, Europe) –, il insiste aussi sur les spécificités nationales. Ainsi, les orientations pacifistes du Japon ou la Révolution culturelle en Chine ont fortement influencé leurs programmes spatiaux respectifs. De même, l’ouvrage met en lumière les ramifications internationales des courses à l’espace en Asie. Les puissances spatiales établies, au premier rang desquelles les États- Unis, jouent en effet un rôle essentiel dans l’exacerbation ou l’apaisement des rivalités spatiales dans la région, en favorisant ou non les coopérations spatiales internationales.
La thèse libérale – l’interdépendance politique et économique favorise la résolution pacifique des conflits – constitue clairement le fil rouge de l’ouvrage de J.C. Moltz. Si son application au cas de l’Asie spatiale aurait mérité quelques approfondissements théoriques, l’ensemble reste très convaincant, allant bien au-delà des justifications généralement avancées pour expliquer l’émergence rapide de puissances spatiales en Asie.

Christophe Venet

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Internet et politique en Chine

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2012), dont le premier dossier est consacré à « Internet, outil de puissance ». Alice Ekman, chercheur associé au centre Asie de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Séverine Arsène, Internet et politique en chine : les contours normatifs de la contestation (Paris, Karthala, 2011, 420 pages).

Issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2009, ce livre décrit la manière dont la société civile chinoise s’est approprié Internet comme moyen d’expression et signe de modernité. À partir d’une cinquantaine d’entretiens approfondis conduits en 2006 et 2007 auprès d’internautes pékinois nés après 1978, Séverine Arsène montre avec juste nuance que la contestation du régime proprement dite reste très minoritaire (les internautes prennent davantage la parole sur les questions de société), même si certaines mobilisations initiées sur Internet peuvent avoir un impact important, forçant les autorités à intervenir sur le terrain et même, dans certains cas, à changer la loi. L’auteur relativise par ailleurs l’empreinte de la censure sur le comportement des internautes, qui font preuve d’une forme de distanciation par rapport à de nombreuses positions ou communications officielles, et sont « probablement mieux informés des différents problèmes, et d’une manière plus critique, qu’il n’y paraît au premier abord ».
S. Arsène tire un bilan nuancé du rôle d’Internet dans le fonctionnement du régime chinois. Selon elle, Internet n’est pas un vecteur de contestation majeur – il ne conduit pas ses utilisateurs à remettre en question la place qui leur est réservée dans l’organisation du régime – mais plutôt un mode de participation politique, et aussi un outil d’aide à la décision au service d’un gouvernement technocratique. Internet, plate-forme où les usagers interpellent de temps à autre les autorités sur des questions qui les préoccupent, facilite la veille de l’opinion publique chinoise. Cette veille est utile au gouvernement central pour prévenir les contestations plus radicales et préserver la légitimité du parti. Parfois, les autorités mettent fin aux injustices dénoncées, à certains dysfonctionnements au sein du parti par exemple, alors que les internautes sont plus efficaces que la bureaucratie pour les déceler, notamment au niveau local.
Cette recherche, qui s’appuie sur des entretiens conduits il y a cinq ans, ne reflète pas exactement la situation actuelle, Internet n’étant plus l’outil exclusif des jeunes urbains (plus de 500 millions d’internautes en Chine en janvier 2012, soit près de 40 % de la population nationale) et ne pouvant plus tout à fait être considéré comme une forme de participation à la modernisation de la société. Surtout, la création, à la fin de l’année 2009, de Weibo – le Twitter chinois – a radicalement modifié les pratiques et le poids politique des réseaux sociaux en Chine. Les autorités chinoises en sont conscientes, elles qui ont suivi avec attention les révolutions arabes et s’attaquent aujourd’hui, en cette période de renouvellement de l’équipe dirigeante et à la suite de l’affaire Bo Xilai, aux « rumeurs » véhiculées sur les réseaux et qui pourraient mettre en péril la stabilité du régime. Aujourd’hui encore plus qu’hier, Internet est un puissant outil de participation politique en Chine, parfois de contestation, mais également de veille d’opinion  utile aux autorités.
Si ces évolutions sont de taille, le travail de recherche de S. Arsène n’est pas moins intéressant aujourd’hui, puisqu’il est le témoin d’une période charnière – 2006-2009 – durant laquelle la société chinoise s’est approprié Internet à sa manière, selon les opportunités du moment, pour en faire son outil d’expression privilégié. Grâce à ce livre, les années d’appropriation, déjà difficiles à retracer tant les changements ont été rapides, ne tomberont pas dans l’oubli.

Alice Ekman

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