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Politique étrangère 1/2013 en librairie !

Couv PE 1-2013 HD petit formatPour un petit avant-goût du prochain numéro de Politique étrangère (1/2013), voici quelques éléments à découvrir gratuitement en ligne.
Au menu :
deux dossiers consacrés à Israël après les élections et à la Russie au Moyen-Orient. Mais aussi des articles sur la Chine, les relations UE-Russie et Pakistan-Afghanistan.
Téléchargez le dossier de presse ici.

Conférence SMC/Ifri : vidéo !

La vidéo de la conférence du 18 septembre 2012, intitulée « Politique du web et web politique : les médias sociaux font-ils la loi ? » et organisée à La Cantine est en ligne ! Cet événement a eu lieu à l’occasion de la sortie de Politique étrangère 2/2012 et de son dossier « Internet, outil de puissance ».

Les Etats face au Web : entretien croisé

Julien Nocetti et Séverine Arsène répondent à trois questions en exclusivité pour politique-etrangere.com. Vous pourrez les rencontrer à l’occasion de la conférence « Politique du Web et Web politique : les médias sociaux font-ils la loi ? » le 18 septembre à la Cantine.
Julien Nocetti est chercheur associé au centre Russie/NEI de l’Ifri.

Séverine Arsène est docteur en science politique de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et est l’auteur d’Internet et politique en Chine (Karthala, 2011).

De quelle manière le Web a-t-il modifié le rapport entre les autorités russes et chinoises et leurs sociétés respectives ?

Séverine Arsène : Depuis une dizaine d’années, Internet a permis à de nombreux citoyens de contourner la censure pour défendre leurs droits. Désormais, étouffer complètement un scandale n’est plus une option pour les autorités. Elles doivent donc se montrer réactives et rendre des comptes beaucoup plus sérieusement qu’auparavant.
Cela a conduit le pouvoir à établir de nouvelles stratégies de communication. Internet n’est pas seulement censuré en Chine. Il est aussi utilisé comme outil de surveillance des problèmes sociaux, afin de détecter au plus tôt les crises et de les désamorcer en désignant quelques coupables. En complément, la propagande s’est aussi adaptée à Internet, prenant des formes beaucoup plus subtiles comme les célèbres contributeurs payés 50 centimes pour publier des commentaires favorables au régime (le « 50 cents party« ).
Au travers de ces transformations, on voit émerger une nouvelle doctrine sur le pouvoir chinois. Il s’agit de justifier l’autorité du parti communiste par sa capacité à prendre en compte l’opinion publique qui s’exprime en ligne, à détecter les conflits sociaux et à les régler efficacement. Au travers de sa gestion d’Internet, le parti revendique ainsi une légitimité technocratique, qui remplace la souveraineté populaire par l’efficacité technique et la modernité technologique.

Julien Nocetti : De nombreux citoyens russes se sont engouffrés dans la brèche créée par le Web pour à la fois y trouver des informations alternatives aux médias traditionnels, contrôlés par l’État, et dénoncer les abus des autorités, des scandales environnementaux aux affaires de corruption.
La différence majeure avec la Chine est que les autorités russes n’exercent pas de censure du Web « à la chinoise », où les autorités pratiquent un filtrage très sophistiqué des moteurs de recherche et réseaux sociaux avec la contribution du secteur privé. Le pouvoir privilégie des formes indirectes de contrôle — le trolling de blogs d’opposants — alliées à des moyens plus classiques d’intimidation physique.
Dans la Russie de 2012, le Web joue un rôle de « chaînon » entre une société qui réclame davantage de transparence et de dignité et une classe dirigeante qui n’hésite plus à afficher son cynisme, comme l’a révélé le « passage de témoin » entre Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine en septembre 2011. En quelque sorte, le Web révèle l’érosion du contrat social poutinien. Il permet donc aux citoyens de « suivre à la trace » leurs gouvernants en leur demandant des comptes. Ce renouvellement, profond, des modalités de l’action collective illustre un tournant dans la vie politique russe.

Pourquoi seuls les internautes russes et chinois font-ils exception à l’adoption massive de réseaux sociaux occidentaux comme Facebook ?

SA : Dans le cas de la Chine, la réponse la plus évidente est celle de la censure. Facebook est bloqué depuis des années par le célèbre « grand pare-feu » chinois et il faut disposer d’un VPN ou savoir utiliser un proxy pour y accéder. Les internautes chinois se tournent donc vers une offre chinoise qui est plus facilement accessible, avec des sites comme Renren, qui est une copie de Facebook, ou d’autres réseaux sociaux.
Mais le blocage n’est sans doute pas la seule raison qui explique le succès des services chinois par rapport aux services occidentaux. D’abord, il y a la question de la langue. Les réseaux sociaux nécessitent une masse critique d’utilisateurs, mais le très grand nombre de locuteurs chinois sur Internet est largement suffisant pour créer des communautés vivaces. De plus, les sites chinois ne se contentent pas de copier les services occidentaux, ils s’adaptent aux spécificités du marché local, avec des services souvent plus ludiques et des possibilités accrues de personnalisation (pensons à l’univers tout à fait unique créé autour de la messagerie instantanée QQ). Ainsi, même lorsqu’ils ont le choix, les internautes chinois ne se tournent pas systématiquement vers des services occidentaux. Google, par exemple, n’avait pas pu gagner plus de 20 à 25% de parts de marché face à son concurrent Baidu.

JN : Dans le cas de la Russie, la raison principale tient à la spécificité de la langue russe. Caractères cyrilliques obligent, le RuNet est culturellement isolé par des barrières linguistiques naturelles. Cette forme d’hermétisme a pu contribuer au succès des acteurs locaux du Web, qui ont su s’adapter à merveille à ces particularismes et proposer des contenus richement adaptés à l’univers linguistique russe, c’est-à-dire en mettant l’accent sur ce qui est important pour l’utilisateur local.
Ainsi, des acteurs locaux dominent les services de moteurs de recherche, de réseaux sociaux (Vkontakte, Odnoklassniki) et de messagerie (Mail.ru). Yandex – le Google russe, avec près de 65 % de parts de marché en Russie – a été créé un an avant le géant californien… Les acteurs russes sont arrivés sur le marché russe avant les géants occidentaux du Web.

Peut-on parler de « nationalisation » de l’espace numérique russe et chinois ?

SA : La censure et la préférence des internautes pour des sites en chinois, adaptés à leurs goûts, contribuent certainement à créer un espace numérique propre. Mais cet espace n’est pas si isolé qu’il y paraît. Les internautes chinois ont accès à la plupart des sites d’information étrangers en ligne, et beaucoup d’articles sont traduits par des sites d’information chinois. Les médias taiwanais et hong-kongais sont aussi très consultés. Surtout, de nombreux contenus culturels « globalisés » circulent sur la toile chinoise à la faveur du piratage, tout particulièrement les séries télévisées américaines et la musique pop américaine, coréenne ou japonaise. Les internautes chinois sont très attachés au fait qu’Internet constitue une ouverture sur le monde, et le fait de fournir une telle ouverture constitue aussi pour le pouvoir chinois une manière de se légitimer.
Au demeurant, les dernières prises de position du gouvernement chinois sur la gouvernance mondiale d’Internet semble montrer qu’il ne se dirige pas vers une stratégie de clôture d’un « territoire numérique » chinois. Certes la Chine défend l’idée d’une souveraineté numérique qui lui permettrait de mieux contrôler ce qui se passe sur le Web chinois, mais en même temps, elle cherche à créer les conditions d’une expansion de l’influence chinoise sur Internet, par exemple en maîtrisant une plus grande part du système d’allocation des noms de domaine. Il ne s’agit donc pas de nationaliser l’espace numérique chinois, mais de créer les conditions d’existence d’un Web chinois ouvert sur le monde et favorable aux intérêts du pays.

JN : Il y a, chez une partie de la classe dirigeante russe, une réelle crainte quant au potentiel déstabilisateur du Web sur la « souveraineté nationale ». Au cours du dernier cycle électoral, les déclarations de hauts responsables russes, assimilant le Web à un « agent du département d’État » américain et sous-entendant un contrôle accru sur le RuNet, ont pu faire croire à une nationalisation en marche du Web russe. D’autant que ces trois dernières années, le projet de créer un moteur de recherche d’État et le lancement d’un nom de domaine en cyrillique ont participé à la structuration du Web comme « espace national », les internautes russophones du monde entier se retrouvant au sein d’un même « monde russe » transposé sur les réseaux.
Cela étant, comme en Chine, les internautes russes sont friands de contenus (jeux, films, musique, etc.) venant de l’Occident. Les autorités laissent faire, considérant d’une certaine manière le Web comme un nouvel « opium du peuple » qui détournerait les citoyens de la politique. Les récents événements politiques tendent à nous faire nuancer cette approche…

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Asia’s Space Race

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2012). Christophe Venet, chercheur associé au programme Espace de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de James Clay Moltz, Asia’s Space Race: National Motivations, Regional Rivalries, and International Risks (New York, Columbia University Press, 2011, 288 pages).

Le 13 avril 2012, la Corée du Nord tentait pour la troisième fois de mettre un satellite en orbite. Si l’essai s’est soldé par un nouvel échec, après ceux de 1998 et de 2009, l’événement a jeté une lumière crue sur les liens entre les programmes spatiaux nationaux et les jeux de puissance régionaux en Asie. C’est à l’analyse de ce cocktail potentiellement détonnant que s’attelle James Clay Moltz.
La thèse principale de l’ouvrage est que la compétition croissante entre les programmes spatiaux nationaux en Asie a débouché non pas sur une mais sur plusieurs courses à l’espace, qui se déroulent en parallèle : entre la Chine et l’Inde, entre les deux Corées ou encore entre le Japon et la Chine. Pour l’auteur, le potentiel déstabilisateur de ces interactions dépasse largement les risques encourus lors de la course à l’espace entre les États-Unis et l’Union soviétique, en raison de l’augmentation substantielle du nombre d’acteurs par rapport à la période de la guerre froide mais aussi du caractère foncièrement unilatéral – voire nationaliste – des efforts spatiaux asiatiques. L’ambition de J.C. Moltz est d’expliquer l’origine de ces courses à l’espace, pour mieux identifier les mécanismes politiques qui permettraient d’apaiser ces rivalités spatiales.
Son grand mérite est d’intégrer dans l’analyse les facteurs nationaux, régionaux et internationaux de manière cohérente. Il se distingue ainsi des nombreuses monographies qui ont été consacrées aux puissances spatiales asiatiques – principalement à la Chine et au Japon – en ajoutant deux dimensions essentielles : une perspective comparatiste et une profondeur historique panasiatique. De fait, l’ouvrage se penche en détail sur les programmes spatiaux des quatre grands d’Asie – Chine, Japon, Inde, Corée du Sud – mais aussi sur l’émergence de puissances spatiales de moindre acabit, de l’Australie au Vietnam en passant par la Malaisie, la Thaïlande ou les Philippines.
Si l’auteur identifie certaines régularités à l’échelle régionale – notamment au travers du concept de late developer, qui explique le développement rapide des puissances spatiales asiatiques par leur accès à des technologies éprouvées par les pionniers (États-Unis, Union soviétique/ Russie, Europe) –, il insiste aussi sur les spécificités nationales. Ainsi, les orientations pacifistes du Japon ou la Révolution culturelle en Chine ont fortement influencé leurs programmes spatiaux respectifs. De même, l’ouvrage met en lumière les ramifications internationales des courses à l’espace en Asie. Les puissances spatiales établies, au premier rang desquelles les États- Unis, jouent en effet un rôle essentiel dans l’exacerbation ou l’apaisement des rivalités spatiales dans la région, en favorisant ou non les coopérations spatiales internationales.
La thèse libérale – l’interdépendance politique et économique favorise la résolution pacifique des conflits – constitue clairement le fil rouge de l’ouvrage de J.C. Moltz. Si son application au cas de l’Asie spatiale aurait mérité quelques approfondissements théoriques, l’ensemble reste très convaincant, allant bien au-delà des justifications généralement avancées pour expliquer l’émergence rapide de puissances spatiales en Asie.

Christophe Venet

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