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La “dégauchisation” d’Israël : 3 questions à Samy Cohen

Samy CohenSamy Cohen, directeur de recherche au CERI (Sciences Po), publiera un article sur l’évolution de la scène politique israélienne dans le n° 1/2013 de Politique étrangère. En attendant la parution de cet article, il répond à trois questions, en exclusivité pour politique-etrangere.com.

Dans votre article, vous soutenez que, contrairement à ce qu’on pense souvent, la société israélienne s’est moins “droitisée” que “dégauchisée”. Comment expliquez-vous cette évolution ?

La notion de “droitisation” renvoie d’une part à un déplacement des voix aux élections à la Knesset des partis politiques de gauche vers ceux de droite et d’autre part à l’adhésion aux “valeurs de la droite”. L’acception dominante en Israël fait de la question du conflit israélo-palestinien le principal facteur de distinction entre la gauche et la droite. Il séparerait “colombes”, partisans d’un compromis territorial avec les Palestiniens, et “faucons”, opposés à une telle option.

Histoire de Gaza

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (3/2012). Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Jean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza (Paris, Fayard, 2012, 436 pages).

Ce livre est plus qu’une « étude de cas » et son propos dépasse la simple chronique historique : il débouche sur une réflexion qui dépasse ce territoire de 360 km2 et touche aussi bien la façon dont un mouvement islamiste prend le pouvoir que les incohérences de la politique israélienne.

Israel’s Palestinians: The Conflict Within

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2012). Pierre Renno propose une analyse de l’ouvrage d’Ilan Peleg et de Dov Waxman, Israel’s Palestinians: The Conflict Within (Cambridge, MA, Cambridge University Press, 2011, 272 pages).

Plutôt que d’envisager le conflit externe et l’avenir des territoires occupés, les auteurs choisissent ici de s’intéresser au conflit interne et au statut des Palestiniens citoyens d’Israël. Peu médiatisée et largement ignorée dans les négociations, cette dimension du conflit est pourtant centrale pour l’avenir de l’État d’Israël. La présence, en Israël, de quelque 1,3 million de Palestiniens citoyens d’Israël (20 % de la population israélienne) ne manque pas d’interroger le devenir d’un État défini comme juif et démocratique. Pour Ilan Peleg et Dov Waxman, la situation est, depuis octobre 2000, particulièrement alarmante et le statu quo se révélera vite intenable.
Dans une première partie, les  auteurs nous présentent cette population palestinienne de l’intérieur : situation socio-économique, discours de ses représentants politiques et risques d’une éventuelle radicalisation (chap. 1-3). Ils interrogent ensuite la manière dont la majorité juive perçoit les populations arabes israéliennes (chap. 4). La seconde partie envisage les possibilités de réduire les tensions entre juifs et Palestiniens dans l’État d’Israël. Les auteurs rappellent d’abord les origines historiques de la situation d’hégémonie ethnique prévalant en Israël (chap. 5). Ils listent ensuite divers types de régimes susceptibles de constituer une alternative à la situation actuelle (chap. 6), avant de présenter leurs propres idées pour améliorer le statut, les droits et les conditions de la minorité palestinienne d’Israël. Le compromis envisagé se fonde sur l’idée d’un État qui serait tout à la fois « la patrie [homeland] juive et l’État de tous ses citoyens » (chap. 7). Même si elle est destinée à être combattue par les juifs comme par les Arabes, cette proposition est selon eux la seule à même de réduire les tensions que connaît aujourd’hui la société israélienne (chap. 8).
Sur un thème surinvesti par les discours militants, D. Waxman et I. Peleg réussissent à proposer un travail d’une grande rigueur. Leur première partie, descriptive, est solidement argumentée et ne cède jamais à la rhétorique dénonciatrice : les auteurs essaient toujours de fonder leurs dires sur des faits ou des données statistiques. Dans la seconde partie, la dimension normative est assumée. Mais les deux auteurs agrémentent leur proposition de considérations typologiques et comparatistes claires et pertinentes. Ce travail se distingue également par sa capacité à intégrer aux analyses proposées l’actualité récente sur les Palestiniens d’Israël. Le lecteur intéressé pourra ainsi y trouver une présentation détaillée des Vision Documents (quatre documents traitant de la nature et de l’avenir de l’État d’Israël produits par diverses organisations palestiniennes d’Israël entre 2006 et 2007) ou encore des éléments sur les « lois sur la loyauté », portées depuis 2009 par Yisrael Beitenou.
Cet ouvrage propose un excellent tour d’horizon de la question des Palestiniens d’Israël. On reprochera éventuellement aux auteurs de ne pas avoir couplé ce tour d’horizon à des illustrations plus microsociologiques : leur démonstration, si elle use (et parfois abuse) des sondages d’opinion, laisse rarement place à l’évocation des relations quotidiennes entre juifs et Palestiniens.

Pierre Renno

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Israël et Palestine : à l’ombre du mur

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2012). Samuel Ghiles-Meilhac propose une analyse de l’ouvrage de Stéphanie Latte Abdallah et Cédric Parizot (dir.), À l’ombre du mur : Israéliens et Palestiniens entre séparation et occupation (Actes Sud, 2011, 334 pages).

Parmi les nombreuses représentations saturant les imaginaires collectifs sur la réalité vécue par les Israéliens et les Palestiniens, le mur que les autorités israéliennes ont commencé à construire en Cisjordanie depuis 2002 occupe une place symbolique forte, en particulier pour les Européens. Matérialisation de l’échec du processus de paix, cette réalisation unilatérale est un point d’affrontement politique majeur.
Cédric Parizot et Stéphanie Latte Abdallah ont rassemblé les fruits de rencontres universitaires auxquelles ont participé des chercheurs (notamment en début de carrière, mérite qu’il faut souligner) explorant les nouvelles dynamiques à l’oeuvre sur les enjeux d’espace et de déplacement dans le conflit.
Cette étude, remarquable par l’originalité de son approche, offre au lecteur habitué à des récits où se succèdent affrontements, négociations secrètes et conférences internationales la possibilité de comprendre les nouvelles relations qui se tissent entre les acteurs du conflit à travers le prisme des mobilités et des usages de l’espace.
Ce livre est une invitation à une analyse rigoureuse des phénomènes qui se jouent « à l’ombre du mur ». C’est en portant son regard au-delà de cet édifice que les nouvelles dimensions du conflit peuvent être saisies. Alors que le tracé unilatéral de cet ouvrage non encore achevé semblait donner corps à une frontière définitive entre Israéliens et Palestiniens, c’est un flou, une reconfiguration des enjeux, des stratégies et des échanges qui s’opèrent entre les acteurs locaux et internationaux dans ces quelques milliers de kilomètres carrés.
L’occupation n’a pas cessé et le mur ne signifie pas une souveraineté effective pour les Palestiniens. Les dispositifs de contrôle israéliens s’inscrivent dans une logique tout à fait contraire à une délimitation territoriale claire et les quelques reprises de négociation en vue d’un accord de paix ne modifient en rien cette situation. Les contributions du livre effectuent d’ailleurs un retour utile sur les décennies qui précèdent l’érection du mur, à savoir la première intifada et le temps des accords dits d’Oslo. Derrière le processus des négociations de paix, l’organisation administrative et politique des territoires palestiniens a été remodelée, divisée et nommée dans un système kafkaïen. Le livre, sans emprunter à la rhétorique partisane, n’occulte aucun aspect de la politique d’occupation par Israël des territoires palestiniens.
Les modes du contrôle israélien sur les territoires occupés ont connu de profondes modifications, déléguant à des acteurs palestiniens certaines prérogatives de la vie civile tout en maintenant une domination militaire et économique. Quelles sont les conséquences de ces nouvelles fragmentations de l’espace cisjordanien et de l’enfermement de Gaza sur les relations entre les Palestiniens citoyens d’Israël et ceux des territoires palestiniens, occupés ou autonomes ? Que peut nous dire un barrage militaire sur les transactions économiques, légales comme illégales, entre les différents acteurs ?
Voici quelques-unes des problématiques étudiées ici avec précision et nuance. Le pari, nous faire découvrir les hors-champ de la reconfiguration des logiques de pouvoir dans le conflit israélo-palestinien, est très réussi. Des sujets peu étudiés en France, comme la politique carcérale israélienne à l’égard des détenus palestiniens, ainsi que les voyages de militants venus de France, pour y exprimer une solidarité avec l’un ou l’autre des belligérants ou pour montrer une certaine réalité du conflit à des décideurs (journalistes ou élus) hexagonaux, étoffent cette riche analyse.
Seul regret, qui n’enlève rien à l’excellence de ce livre collectif, la bande de Gaza, au coeur des conflits de ces dernières années – entre le Hamas et le Fatah et avec Israël – ne fait, hélas, pas l’objet d’une contribution spécifique, peut-être en raison des grandes difficultés matérielles que rencontrent les chercheurs pour y effectuer un terrain d’enquête.

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