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1915. L’enlisement

9782262030353Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2014). Jean-Noël Grandhomme propose une analyse de l’ouvrage de Jean-Yves Le Naour, 1915. L’enlisement (Paris, Perrin, 2013, 408 pages).

Si 1914 est l’année de l’entrée en guerre, de la Marne et de Tannenberg ; si 1916 est celle de Verdun et de la Somme ; 1917 celle des révolutions russes, de l’entrée en guerre des États-Unis et du Chemin des Dames ; et enfin 1918 celle de la victoire des Alliés, 1915 a souvent été qualifiée d’« année inutile ». Elle est pourtant riche en événements dramatiques, que nous retrace ici Jean-Yves Le Naour.

Pour les deux camps, 1914 se clôt sur le même constat : démesurément étendu à l’ouest comme à l’est, le front est désormais figé et semble hermétique. Ce constat amène pays de l’Entente et puissances centrales à réfléchir à des solutions alternatives afin de « percer ». Plusieurs stratégies sont mises en œuvre du côté des Franco-Britanniques. D’une part un « grignotage » incessant, mais pour l’essentiel vain. Dans une guerre d’usure, il faut épuiser l’adversaire sans craindre ses propres pertes. Les hommes deviennent alors des éléments de statistique. Cette stratégie, vouée à l’échec, est maintenue au-delà du raisonnable par Joffre et, alimentée par les Allemands, conduit aux hécatombes des « combats locaux » dans les Vosges, au Bois-le-Prêtre, aux Éparges, dans l’Argonne, les Flandres et ailleurs. Joffre donne, d’autre part, deux gigantesques coups de bélier dans la forteresse ennemie, en Artois et en Champagne en mai et en septembre, sans pouvoir l’ébranler. À la fin de l’année, épuisés, les Alliés ont perdu l’initiative des opérations.

Il faut féliciter Jean-Yves Le Naour de n’avoir pas fait l’impasse sur les enjeux militaires de la guerre, que beaucoup d’autres historiens jugent superflus (un comble !). De belles pages sont consacrées à la vie quotidienne des combattants, dans un temps de mutation où se généralisent les nouveaux uniformes, le casque, le masque à gaz, le crapouillot, le lance-flammes, les mines. On s’installe pour longtemps dans un conflit dont l’issue semble particulièrement incertaine.

Présentation vidéo du n°1/2014 de Politique étrangère

 

Dominique David, rédacteur en chef de Politique étrangère, présente le numéro 1/2014, consacré au centenaire de la Grande Guerre :

 

Politique étrangère 1/2014, la Grande Guerre et… par Ifri-podcast

La Nouvelle Guerre des étoiles. Idées reçues sur la défense antimissile

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2013). Corentin Brustlein propose une analyse de l’ouvrage d’Emmanuel Delorme, Bruno Gruselle et Guillaume Schlumberger, La Nouvelle Guerre des étoiles. Idées reçues sur la défense antimissile. (Paris, Le Cavalier Bleu, 2013, 208 pages).

guerre des étoilesAlors qu’elle est présente depuis les années 1950 dans le débat stratégique, il a fallu attendre les années 1980 et, plus encore, la fin de la guerre froide pour que la défense antimissile devienne un élément clé de la politique de défense américaine. Au cours des 20 dernières années, elle a franchi un cap supplémentaire, prenant une place croissante dans les missions, voire dans les dépenses des principales puissances militaires. Alors que la protection des forces projetées face à la menace des missiles de théâtre était entrée dans les préoccupations de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) dès le milieu des années 1990, les derniers sommets de l’OTAN à Lisbonne et Chicago ont opéré un changement significatif en faisant de la défense du territoire des pays membres face à la menace balistique une mission de l’Alliance atlantique. Cet ouvrage intervient donc à un moment particulièrement propice pour comprendre les enjeux associés à l’émergence de la défense antimissile et sa signification pour la défense française et les équilibres stratégiques contemporains.

The Oxford Handbook of War

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2013). Jean-Vincent Holeindre propose une analyse de l’ouvrage dirigé par Julian Lindley French et Yves Boyer, The Oxford Handbook of War. (Oxford, Oxford University Press, 2012, 736 pages).

oxford handbook of warSaluons d’emblée l’ambition de ce beau volume cartonné, qui s’inscrit dans la tradition britannique des Handbooks, ces manuels qui font le point sur un sujet ou une discipline, pour l’instruction des étudiants, des chercheurs et du public cultivé. En l’espèce, ce manuel donne une idée claire, étoffée et problématisée des apports les plus récents de la littérature savante sur la question de la guerre, en mobilisant des auteurs faisant autorité dans leur domaine.

Contribuent à ce livre collectif des chercheurs reconnus internationalement dans le domaine des War Studies : Georges-Henri Soutou sur le lien entre histoire et guerre, Lawrence Freedman sur la définition de la guerre, Hew Strachan sur la stratégie et la guerre, Serge Sur concernant les aspects juridiques, etc. Mais on trouve aussi des « praticiens » de la guerre, qui tirent les leçons de leur expérience du terrain tout en parvenant brillamment à monter en généralité. Ainsi, plusieurs officiers de carrière, issus pour l’essentiel des démocraties occidentales, donnent des contributions qui combinent l’étude des armées et l’examen des grandes tendances de la pensée stratégique : l’ancien chef d’État-major des armées françaises, le général Georgelin, traite ainsi des liens entre pouvoir politique et militaire dans l’armée française (chapitre 16) ; le général britannique Sir David Richards propose ses réflexions sur l’« art du commandement au xxie siècle » (chapitre 23) ; le colonel Durieux examine les « microguerres » au prisme de l’histoire de la stratégie (chapitre 9), etc. Outre les militaires, des diplomates impliqués dans la politique militaire signent également de belles analyses : l’ambassadeur Robert E. Hunter (chapitre 13) sur le terrorisme ou Robert G. Bell sur l’industrie de défense confrontée à la globalisation de la sécurité (chapitre 37).

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