Unfinished Business

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2018). Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage de Tamim Bayoumi, Unfinished Business: The Unexplored Causes of the Financial Crisis and the Lessons Yet to be Learned (Yale University Press, 2017, 296 pages).

Tamim Bayoumi, directeur du département « stratégie » au Fonds monétaire international (FMI), se penche sur les racines de la crise financière de 2007-2008, et défend l’idée qu’un certain nombre de leçons n’en ont toujours pas été tirées.

Les causes ayant conduit à la débâcle des subprimes de 2007, puis à la faillite de Lehman Brothers en 2008, sont étudiées en détail. La titrisation (c’est-à-dire la transformation de créances bancaires en titres négociables sur les marchés) est considérée comme un facteur clé ayant amplifié la crise financière.

Elle a progressivement déresponsabilisé les banques américaines, qui ont été amenées à octroyer de plus en plus de prêts sans avoir ultérieurement à les conserver dans leurs bilans. C’est ainsi que s’est constituée la bulle immobilière. Les produits structurés, fruits de la titrisation, sont devenus spéculatifs et ont aiguisé les appétits des banques européennes, peu familières de ce type d’actifs. En parallèle, l’inadéquation des régulations internes et des règles internationales de Bâle II ont favorisé le développement du shadow banking, et laissé trop de libertés aux établissements de crédit qui en ont profité pour accroître leur prise de risque.

Par ailleurs, Tamim Bayoumi critique la croyance en la discipline de marché et en la sacro-sainte hypothèse d’efficience des marchés. On restera cependant perplexe en lisant que les grandes banques européennes sont tenues pour co-responsables du cataclysme de 2007-2008, ou encore que la crise des dettes souveraines de 2010-2012 est intimement liée à la mauvaise gouvernance au sein de la zone euro.

Il est également dérangeant que soient passées sous silence les raisons fondamentales du déclin du système financier américain. Le problème de l’aléa moral est ignoré, alors que les grands banquiers sont lancés, depuis les années 1980, dans une course au gigantisme qui contraint Washington à renflouer tout établissement qui serait au bord de la banqueroute. En outre, on relèvera une indulgence excessive à l’égard de la Federal Reserve et des régulateurs comme la Securities and Exchange Commission. Pourtant, ces institutions ont été de connivence avec les firmes de Wall Street, les laissant profiter de taux d’intérêt bas, abuser des effets de levier, et persévérer dans leurs stratégies « court termistes ».

Cette analyse partiale aboutit à des propositions imparfaites. Certes, la gouvernance de la zone euro doit être améliorée. Évidemment, la crise de 2007-2008 marque l’échec de la macro-économie. Mais les solutions mises en avant, tel le renforcement de la coopération entre banquiers centraux et régulateurs afin d’assurer la stabilité financière, sont insuffisantes. La nécessité de réduire le lobbying exercé par les milieux d’affaires sur les législateurs et régulateurs, et la question de la séparation des banques commerciales et d’investissement sont négligées. Aucune solution n’est élaborée pour remédier aux faiblesses structurelles de l’économie américaine : l’addiction à la dette des acteurs économiques publics et privés, le poids exorbitant de la consommation dans la croissance du PIB, et les inégalités croissantes qui alimentent le populisme. Finalement, on regrettera que cet ouvrage, agréable à lire et instructif, se soit soumis à une forme de « politiquement correct ».

Norbert Gaillard

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