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PE 2/2014 en librairie !

Cover_2-2014okLe numéro 2/2014 de Politique étrangère, consacré à l’Ukraine et au Kurdistan, vient de paraître ! Il est disponible en librairie et sur le site de la Documentation Française.

Avec son numéro 2/2014, Politique étrangère inaugure sa nouvelle rubrique Contrechamps, qui entend confronter les visions divergentes d’enjeux très présents. Ici la crise ukrainienne. Ce qui prélude peut-être à un bouleversement des rapports politiques en Europe est passé au crible d’une expérience ukrainienne, d’un point de vue russe, d’une analyse européenne. Convergences et divergences des discours plantent ainsi le décor des longs dialogues qui s’ouvrent sur l’avenir de l’Ukraine et du continent.

Au Moyen-Orient, les déstabilisations sont volcaniques, faites à la fois d’évolutions de très long terme et d’éruptions peu prévues : révolutions arabes, imbroglio irakien, guerre civile syrienne, affrontement chiites/sunnites, évolution du régime turc, infini blocage israélo-palestinien… La question kurde témoigne dans ce contexte d’évolutions souterraines mais capitales : Politique étrangère lui consacre le dossier de ce numéro. Autonomie de fait en Irak, négociations cahotiques en Turquie, attitude ambiguë du régime en Syrie, parthénogenèse incessante des partis et projets kurdes : autant d’éléments qui redéfinissent les données d’un très ancien problème, dans le cadre d’une recomposition sans doute radicale de la région – pour le meilleur ou pour le pire ?

Les Frontières de la Palestine

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2012). Denis Bauchard propose une analyse de l’ouvrage de Guillaume Vareilles,  Les Frontières de la Palestine 1914-1917 (Paris, L’Harmattan, 2011, 320 pages).

Dès l’Antiquité, les contours de la Palestine sont imprécis. Officiellement, la Palestine correspond à l’ancienne province romaine, puis byzantine, qui englobe une zone située entre le fleuve Litani au nord, la vallée du Jourdain et la vallée de l’Arava à l’est et le Sinaï au sud. Sous l’Empire ottoman, la zone qui s’étend du Taurus au Sinaï, appelée Syrie, est morcelée en circonscriptions administratives et, à la fin du XIXe siècle, rattachée à deux vilayet, celui de Damas et celui de Beyrouth, le sandjak de Jérusalem ayant un statut autonome.

Enquête sur cette Europe qui se ferme

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2012). Yves Gounin propose une analyse de l’ouvrage d’Éric L’Helgoualc’h, Panique aux frontières. Enquête sur cette Europe qui se ferme (Max Milo, 2011, 318 pages).

Telle Janus, l’Europe a deux visages. Le premier est souriant, c’est celui de la libre circulation des personnes sur le continent. Le second l’est moins, c’est celui des contrôles renforcés aux frontières de l’espace Schengen. Ces deux visages sont indissociables : si les États membres ont accepté de lever les contrôles à leurs frontières, c’est avec l’assurance que les contrôles pratiqués aux frontières extérieures de l’Union européenne (UE) les prémuniraient des flux migratoires qu’ils redoutent à tort ou à raison. Ces deux visages sont inconciliables : l’Europe sans frontières du marché unique et d’Erasmus se voit contrainte de renier ses valeurs d’humanisme et d’ouverture en construisant, autour de Ceuta ou en face de Lampedusa, de nouvelles frontières.
Le renforcement des contrôles aux points de passage des migrants n’a pour l’instant eu que des effets temporaires. Loin de tarir les flux, il les a déplacés. C’est ce que les spécialistes appellent, selon une image très expressive, l’effet waterbed. Les « migrerrants » cherchent par tous les moyens à entrer en Europe : en escaladant les barbelés autour des enclaves espagnoles de Ceuta ou Melila, en risquant leur vie sur des pirogues sénégalaises ou libyennes à destination des Canaries ou de Malte, en passant par la Turquie pour franchir la frontière grecque, etc.
Éric L’Helgoualc’h nous emmène sur tous ces théâtres pour y faire le même constat désabusé : la réponse policière, qui fait peu de cas des règles de droit censées gouverner l’accueil des réfugiés, est souvent
impuissante, toujours inhumaine. Les États de la « ligne de front », qui doivent faire face à cet afflux massif, se plaignent du manque de solidarité des autres États européens : les règles de Dublin II leur font obligation de gérer les demandeurs d’asile qui ont transité par leur territoire. La tentation est forte de « laisser passer » les immigrés. C’est ce qu’a fait la Grèce avec un succès paradoxal : constatant l’impéritie de son système d’asile, la Cour européenne des Droits de l’homme vient de suspendre en janvier 2011 le renvoi des demandeurs d’asile parvenus dans un autre pays de l’UE vers son territoire, l’excluant de facto de la convention de Dublin II. C’est aussi ce qu’a fait l’Italie au moment de la chute du régime de Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie au début de l’année 2011 : les 28000 immigrés tunisiens se sont vus délivrer un titre de séjour provisoire avec lequel ils se sont empressés de gagner la France, provoquant côté français la tentation de rétablir les contrôles à Vintimille.
Les leçons de l’Histoire sont parlantes : aucune forteresse, aucune ligne Maginot ne résistent durablement. La réponse policière ne suffira pas, seule, à endiguer les flux de migrants qui veulent gagner l’Eldorado européen. Le chapitre consacré à Frontex, la nouvelle agence européenne chargée de la coordination du contrôle des frontières extérieures, est révélateur des limites de cette politique, auxquelles une sophistication des contrôles policiers (le Système d’information Schengen deuxième génération [SIS-II], le système d’information sur les visas [VIS], la base de données Eurodac, Eurosur, etc.) ne permettra pas de remédier.
La solution pourrait passer par l’externalisation de la question migratoire. C’est avec la collaboration du Sénégal et de la Mauritanie que les départs de pirogues, si nombreux en 2006, ont été stoppés net. C’est grâce à la Libye de Mouammar Kadhafi, au terme d’un accord moralement douteux mais efficace, que les Italiens ont réussi à limiter les vagues migratoires vers la péninsule. A contrario, c’est à cause du manque de collaboration de la Turquie que l’essentiel des entrées illégales en Europe se fait par l’Évros à la frontière gréco-turque.
L’enquête fouillée d’É. L’Helgoualc’h évite les caricatures qu’un titre racoleur, probablement choisi par son éditeur, laissait redouter. Même si ses convictions personnelles en faveur d’une politique moins répressive affleurent et finissent même par s’exprimer par la bouche du directeur général de France terre d’asile dans une postface inutilement militante, É. L’Helgouac’h fait son travail de journaliste et le fait bien, en nous donnant à comprendre les ressorts compliqués d’une question qui conditionne l’avenir du projet européen.

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