Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver 2025 de Politique étrangère (n° 4/2025). Le capitaine de frégate Guillaume Furgolle, chercheur au Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri, propose ici une analyse de l’ouvrage de Camille Escudé et Lydie Lescarmontier, Les pôles en 100 questions. Au centre des nouveaux enjeux géopolitiques et climatiques (Tallandier, 2025, 336 pages).

Deux expertes des mondes polaires abordent ici sous forme de questions thématiques l’ensemble des enjeux qui concernent les zones polaires, dans leurs différents aspects : géographie et histoire, géophysique et géopolitique, activités humaines, sciences, environnement et climat.

Avec un propos nécessairement redondant de par sa structure, l’ouvrage se veut pédagogique et la lecture en est aisée, y compris de manière segmentée. Les non-initiés pourront ainsi appréhender progressivement la problématique des deux régions polaires, l’Arctique et l’Antarctique, sœurs et pourtant éminemment distinctes.

La région arctique, dont la délimitation reste floue et les contours mouvants, y est ainsi mise en perspective comme bassin maritime semi-fermé à la confluence de nombreux intérêts géopolitiques renouvelés, et dont le modèle de gouvernance collégiale reste fragile entre États riverains, observateurs au Conseil de l’Arctique et peuples autochtones. Dans ce contexte, la mise à l’écart de la Russie des discussions entre États arctiques depuis le début de la guerre d’Ukraine, et l’intégration de la Suède et de la Finlande à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord en 2023-2024, sont venues complexifier la prise en compte collective des enjeux majeurs de la région.

À l’opposé, les spécificités du modèle du traité de l’Antarctique, continent glacé dédié à la paix et à la science, sont également bien soulignées, ainsi que les limites de ce traité et de ses textes additionnels, tel le protocole de Madrid.

Dans les deux cas, l’enjeu central de la gouvernance de ces zones partagées, voire communes, et de la régulation  des activités qui s’y déroulent apparaît clairement.

Sans occulter aucun des aspects de la problématique, les auteures prennent le parti engagé de souligner plus particulièrement tout au long de l’ouvrage les enjeux liés au réchauffement climatique sur ces régions fragiles (fonte du pergélisol, fonte des glaces et élévation du niveau des mers, impact sur la faune et les populations autochtones, impact sur le climat général), ainsi que le nécessaire équilibre à trouver entre protection de l’environnement et développement et exploitation économiques de zones encore préservées mais présentant un énorme potentiel. Enfin, la question d’une juste prise en compte des populations autochtones (plusieurs centaines de milliers de personnes : Inuits, Samis…) dans les discussions sur l’Arctique est bien posée, entre préservation de l’identité culturelle, intégration politique, pérennisation et valorisation des modes de vie ancestraux, développement économique et préservation environnementale.

Les trois dernières questions de l’ouvrage sont consacrées à l’avenir, avec un questionnement sur une possible fonte totale des glaces polaires, une perspective scientifique ou encore une réflexion sur les apports de l’IA à une meilleure connaissance du monde polaire.

Au bilan, et alors que la France affiche une ambition polaire renouvelée, avec sa stratégie polaire « Équilibrer les extrêmes » publiée en 2022 et l’appel de Paris pour les glaciers et les pôles lancé par le président de la République à l’occasion du One Planet-Polar Summit de 2023, cet ouvrage constitue un excellent moyen de décryptage des arcanes des mondes polaires.

Guillaume Furgolle

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