Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2026 de Politique étrangère (n° 1/2026). Séverine Wernert propose ici une analyse de l’ouvrage de Jean Mafart, La politique européenne de sécurité intérieure (Bruylant, 2025, 256 pages).

L’ouvrage propose une analyse approfondie de l’historique et de l’évolution de la politique européenne de sécurité intérieure, en mettant en lumière ses priorités stratégiques ainsi que la diversité de ses acteurs. Il souligne la dynamique progressive d’européanisation de cette politique, dont l’accélération a été particulièrement marquée à la suite d’événements structurants : au premier rang, les attentats terroristes de 2015.
Jean Mafart met en évidence le caractère fondamentalement transversal de la politique européenne de sécurité intérieure, d’où la mise en place d’une stratégie spécifique au niveau de l’Union – accompagnée, un temps, d’un commissaire spécifiquement chargé de ce portefeuille – et la mobilisation d’un large éventail de directions générales de la Commission européenne. L’ouvrage dépasse le seul champ policier pour intégrer les questions de justice pénale, de menaces cyber et hybrides, ainsi que les liens avec la politique migratoire dans le cadre du Nouveau Pacte sur la migration et l’asile. Il met aussi en évidence l’influence croissante d’autres politiques de l’Union, comme la politique du numérique ou du marché intérieur. Enfin, il souligne le rôle structurant de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne et de la Cour européenne des droits de l’homme.
L’auteur montre bien comment l’Union européenne s’est adaptée à l’évolution des menaces sécuritaires en développant un ensemble cohérent d’instruments législatifs (directives et règlements) et non législatifs (stratégies, agences, réseaux de coopération), pour soutenir et accompagner l’action des États membres. Il rend compte avec précision de la réalité des relations entre États membres et institutions européennes, soulignant que le renforcement des compétences de l’Union dans ce domaine, s’il peut parfois mettre à mal la notion de « sécurité nationale » pourtant consacrée par les traités européens, repose d’abord sur l’assentiment – et souvent l’initiative – des États membres eux-mêmes.
Comme le rappelle l’auteur, la sécurité collective de l’Union dépend du niveau de protection de chacun de ses membres, d’où l’intérêt partagé à l’élévation des standards communs. Dans cette logique, la Commission européenne s’assure généralement en amont de toute nouvelle proposition législative d’un soutien politique suffisant. L’auteur note également que la confiance mutuelle entre États membres est une condition indispensable à toute avancée.
Un élément pourrait être explicité : l’impact des représentants d’intérêts dans l’élaboration de ces politiques. Les exemples du lobby européen des armes à feu, structuré en une véritable « NRA européenne » lors des négociations sur la directive correspondante, ou encore de l’action des GAFAM dans les débats sur les textes numériques (règlement sur les contenus terroristes en ligne ou Digital Services Act) illustrent la tendance.
L’ouvrage offre une vision globale et concrète de l’action européenne en matière de sécurité intérieure et du fonctionnement des mécanismes décisionnels bruxellois. Il rend plus visible une politique encore largement méconnue du grand public. Sa contribution apparaît d’autant plus pertinente dans un contexte politique marqué par des tentations de repli national, et alors même qu’une intégration renforcée dans le domaine de la sécurité intérieure semble indispensable à la préservation de la sécurité collective européenne.
Séverine Wernert
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