Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2026 de Politique étrangère (n° 1/2026). Ezzedine Ghlamallah propose ici une analyse de l’ouvrage d’Hussain Mohi-ud-Din Qadri, M. Ishaq Bhatti et Mohd Azmi Omar (dir.), The Routledge Handbook of Islamic Economics and Finance (Routledge, 2025, 452 pages).

Alors que la littérature sur l’économie et la finance islamiques est désormais abondante, cet ouvrage entend proposer un état de l’art à l’aune de dynamiques multiples : l’essor technologique, la fintech, la blockchain, la hausse des prix du pétrole et des matières premières, mais aussi la demande de 1,5 milliard de musulmans à travers le monde. L’ambition est ici d’offrir, chapitre après chapitre, une synthèse des connaissances disponibles, des controverses en cours et des pistes de recherche dans un champ en mutation rapide.

Le volume est structuré en trois parties (économie, business et finance islamiques) et adopte le format classique du recueil thématique. Le chapitre d’ouverture (Qadri, Bhatti et Omar) situe l’économie et la finance islamiques dans un contexte global marqué par la numérisation et par la recherche d’une finance « éthique ». Côté Islamic business, Hamidi et Aisyah (chapitre 10) analysent, en Indonésie, les déterminants de l’adoption des fintech islamiques par les millennials et la génération Z, en soulignant l’importance de la confiance, des usages numériques et des profils d’adoption.

Le principal apport de l’ouvrage tient à l’ouverture thématique : économie circulaire, objectifs de développement durable, microfinance, investissement à impact, finance sociale (zakat, waqf) et économie numérique sont abordés comme des prolongements du paradigme islamique, et non comme des annexes. La partie « finance » illustre particulièrement cette orientation. Le chapitre 23 (Khalequzzaman, Rahman et Kamsin) compare des modèles de microfinance conformes à la charia destinés à l’allègement de l’extrême pauvreté, en discutant les arbitrages entre ciblage des plus vulnérables, viabilité des dispositifs et exigences de conformité. Pour un lectorat européen, la contribution de Biancone et Corsini sur l’histoire du système financier islamique en Italie (chapitre 20) offre un point d’entrée européen, utile pour penser le rôle des cadres juridiques et des trajectoires nationales.

Les limites de l’ouvrage sont, pour partie, celles du genre : hétérogénéité des chapitres et inégalités de profondeur, au risque de l’effet catalogue. Surtout, si certains textes proposent une mise à distance critique – par exemple via l’examen de la critique mawdūdienne de l’économie capitaliste (chapitre 9) –, on aurait souhaité un traitement plus substantiel de la politique monétaire en économie islamique : comment penser la stabilisation macroéconomique en dehors du levier des taux d’intérêt ?

En définitive, ce Handbook constitue une ressource dense pour chercheurs et praticiens désireux de cartographier les débats et terrains émergents ; il éclaire plus les tendances que les arbitrages normatifs, mais offre un point d’entrée solide sur une finance islamique de plus en plus connectée aux enjeux technologiques et aux agendas du développement durable.

Ezzedine Ghlamallah

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