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Les comptes rendus de lecture publiés dans PE

The Rise of the People’s Bank of China. The Politics of Institutional Change

people bankCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage de Stephen Bell et Hui Feng, The Rise of the People’s Bank of China. The Politics of Institutional Change, (Cambridge, MA, et Londres, Harvard University Press, 2013, 384 pages).

Alors que de nombreux ouvrages et manifestations viennent de célébrer les 100 ans de la Federal Reserve (Fed) américaine, il manquait aux économistes et politologues un livre de référence sur la Banque centrale chinoise. C’est chose faite.

S’appuyant sur les rapports et statistiques de la Banque populaire de Chine (BPC) mais également sur de nombreuses interviews avec des hauts fonctionnaires de la BPC, de la Commission de régulation bancaire et du ministère des Finances, Stephen Bell et Hui Feng nous offrent une étude impressionnante de la Banque centrale chinoise depuis le tournant des réformes de 1978.

Les auteurs décrivent tout d’abord une institution en manque de légitimité et relativement marginalisée dans le système de planification en vigueur dans les années 1980. C’est pourtant au cours de cette décennie que la politique monétaire chinoise commence à se moderniser via l’introduction d’un système de prêts à court terme aux établissements de crédit et une gestion des taux d’intérêt plus flexible.

Willy Brandt

Willy

Politique étrangère (2/2014). Yann-Sven Rittelmeyer propose une analyse de l’ouvrage d’Hélène Miard-Delacroix, Willy Brandt (Paris, Fayard, 2013, 350 pages).

Rythmée par l’histoire de l’Allemagne du xxe siècle, la vie de Willy Brandt a elle-même fortement marqué l’histoire de son pays, même s’il ne resta chancelier qu’un peu plus de quatre années. Outre la République fédérale, il a laissé une forte empreinte sur la ville-État de Berlin dont il fut maire de 1957 à 1966, mais aussi sur le Parti social-démocrate (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, SPD) qu’il dirigea pendant 23 ans.

Plus d’un siècle après sa naissance, Brandt reste l’une des principales figures de l’histoire du plus ancien parti allemand. S’il contribua à transformer le SPD lors du tournant de Bad Godesberg, puis parvint à le ramener au pouvoir après plusieurs décennies d’opposition, ses rapports avec son parti ont souvent été difficiles. L’image de Brandt est liée à la social-démocratie, à l’Ostpolitik, ou encore au symbole fort que constitua son agenouillement devant le mémorial du ghetto de Varsovie. Pour autant, sa trajectoire fut particulière à bien des égards. Dans cet ouvrage, Hélène Miard-Delacroix, professeur à l’université Paris-Sorbonne et spécialiste de l’histoire de l’Allemagne contemporaine, souligne remarquablement les revirements, les combats et les doutes qui ont façonné son parcours. Dissident à gauche du SPD dans sa jeunesse puis acteur d’une politique économique très au centre, résistant exilé durant la Seconde Guerre mondiale qui fut déchu de la nationalité allemande et abandonna son nom de naissance (Herbert Frahm), anticommuniste qui décida de tendre la main à l’Union soviétique et de nouer des accords avec la « partie Est » de l’Allemagne…

La lecture de cette biographie, au-delà des enseignements sur la vie d’un homme, illustre les problématiques traversant l’identité allemande et le rapport des Allemands à leur passé. Les critiques et attaques dont Brandt fut l’objet au cours de sa carrière politique (pour s’être exilé, avoir trouvé soutien et attache dans un autre État, ou pour ses penchants marxistes de jeunesse) font écho à la difficile reconstruction identitaire des Allemands après la Seconde Guerre mondiale. Brandt contribua lui-même à ce débat en rejetant l’idée d’une culpabilité collective pour lui préférer la responsabilité personnelle de chacun des Allemands et les obligations qui en découlent.

Face à une dictature tombée. Les leçons de l’histoire – un manuel

ManuelCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Nele Katharina Wissmann propose une analyse de l’ouvrage de Sven Felix Kellerhoff, Face à une dictature tombée. Les leçons de l’histoire – un manuel (Berlin, Gedenkstätte Berlin-Hohenschönhausen, 2013, 140 pages).

Trois ans après la chute de Zine el-Abidine Ben Ali, le processus de démocratisation de la Tunisie est sur la bonne voie mais reste fragile. Peu après la révolution, la demande d’une clarification des crimes et délits commis par le parti de Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), a été forte. La justice transitionnelle tunisienne n’a cependant démarré que timidement, n’étant pas considérée comme prioritaire dans cet environnement bouleversé. Parallèlement, les débats autour de la loi de lustration dirigée contre les anciens membres du RCD ainsi que de la politique d’indemnisation en faveur des anciens prisonniers politiques – dont des représentants du parti islamique Ennahda – ont été marqués par de fortes tensions émotionnelles au sein de la société et de l’élite politique tunisiennes.

Dans le cadre du partenariat pour la transformation conclue entre l’Allemagne et la Tunisie, la fondation liée au lieu de mémoire Berlin-Hohenschönhausen, ancienne maison d’arrêt centrale du Service de sécurité d’État de la République démocratique allemande (RDA), accompagne la culture de mémoire tunisienne dans le cadre du projet « Contre l’oubli ». À long terme, ce dernier souhaite mettre en place un lieu de mémoire, selon l’exemple de Hohenschönhausen, qui pourrait par exemple être situé dans les anciennes cellules de torture des services secrets tunisiens, au ministère de l’Intérieur. Dans le cadre du projet, le journaliste Sven Felix Kellerhoff, en charge de la rubrique histoire contemporaine au journal Die Welt, a élaboré un « code de bonnes pratiques » de la maîtrise du passé allemand (Vergangenheitsbewältigung), après 1945 et après 1989. Les cinq sous-parties de l’ouvrage (conservation des preuves, remplacement des élites, action pénale, indemnisation des victimes et sensibilisation) sont brièvement introduites par un état des lieux, puis l’auteur présente des exemples précis du modèle allemand. Dans le chapitre « Conservation des preuves », le lecteur peut par exemple s’informer sur le Berlin Document Center, en charge de l’archivage des fichiers des membres du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (Nationalsozialistiche Deutsche Arbeiterpartei, NSDAP). Il peut aussi comprendre l’importance, pour l’office fédéral chargé des dossiers de la Staatssicherheit (Stasi), de la loi sur l’usage des dossiers de la police politique est-allemande. À la fin de chaque chapitre, l’auteur donne un bref aperçu de la justice transitionnelle dans d’autres pays, ouvrant ainsi un débat plus large et dépassant le cadre allemand. Le musée de Robben Island (Afrique du Sud) et la loi de lustration polonaise figurent parmi les exemples cités.

Le génocide au village. Le massacre des Tutsis au Rwanda

TutsisCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Yves Gounin propose une analyse de l’ouvrage d’Hélène Dumas, Le génocide au village. Le massacre des Tutsis au Rwanda (Paris, Le Seuil, 2014, 384 pages).

La thèse d’Hélène Dumas ne traite pas de la question de la responsabilité du génocide, l’auteur refusant de prendre parti dans la querelle qui oppose grosso modo ceux qui, derrière Patrick Saint-Exupéry (et Paul Kagamé), en font porter le poids à la France à ceux qui, derrière Pierre Péan, entendent l’en exonérer. Représentante d’une nouvelle génération d’historiens qui n’avaient pas encore atteint l’âge adulte lors du génocide, elle n’est pas l’otage des controverses où ses aînés sont englués depuis 20 ans. Sans être africaniste de formation, elle intègre le génocide rwandais dans la perspective plus large des violences de masse contemporaines.

Dumas se revendique de la microstoria, un courant historique attaché aux lieux, aux acteurs et aux faits. Pratiquant l’histoire « au ras du sol[1] », elle ambitionne de présenter « une modulation locale de la grande histoire[2] », auscultant une commune « ordinaire », une « colline entre mille[3] », située à une dizaine de kilomètres au nord de Kigali. On pourrait pinailler, invoquer le fait qu’il n’existe pas de « village » au Rwanda, regretter que l’auteur n’ait pas repris simplement le titre de sa thèse : « Juger le génocide sur les collines ». Mais ce dernier aurait été trop réducteur, aurait limité l’exposé à la présentation d’un processus judiciaire.

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