Catégorie : Revue des livres Page 275 of 286

Les comptes rendus de lecture publiés dans PE

Ramallah Dream

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (3/2012). Élisabeth Marteu, enseignante à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à Sciences Po, propose une analyse de l’ouvrage de Benjamin Barthe, Ramallah Dream : voyage au cœur du mirage palestinien (Paris, La Découverte, 2011, 271 pages).

Cet ouvrage est le récit d’une triste réalité palestinienne où se croisent diplomates, hommes d’affaires et activistes dans l’illusion d’un État qui n’en est pas un.

Syrie : L’Etat de barbarie

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (3/2012). Thomas Pierret, maître de conférences en islam contemporain à l’université d’Édimbourg, propose une analyse de l’ouvrage de Michel Seurat, Syrie: l’État de barbarie (Paris, PUF, 2012, 286 pages).

On pouvait difficilement imaginer réédition plus opportune que celle de cet État de barbarie, recueil de textes écrits par le sociologue Michel Seurat (1947-1986) durant les années qui ont précédé son enlèvement et sa mort au Liban. Ces articles étudient la nature du régime syrien telle qu’elle s’est révélée dans la répression de l’insurrection islamiste entamée en 1979, répression qui connaîtra son point d’orgue trois ans plus tard avec le massacre de Hama.

Les cultures régionales des Etats-Unis

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2012). Laurence Nardon, responsable du programme Etats-Unis de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Colin Woodard, American Nations: A History of the Eleven Rival Regional Cultures of North America (New York, Viking Press, 2011, 384 pages).

Colin Woodard propose une histoire des États-Unis vue sous l’angle de ses cultures régionales. Il postule que les différentes aires culturelles d’Amérique du Nord (Mexique et Canada inclus) ont été établies par les premiers pionniers sur la base de leur religion, de leur gouvernement et de leur économie. Aux siècles suivants, les immigrants qui se sont installés dans ces régions, loin d’imposer leur propre culture, se sont adaptés à celle des premiers arrivés. Les frontières de ces zones culturelles ont pu bouger mais leurs identités sont restées les mêmes. Parmi les 11 régions identifiées, voici les plus intéressantes.
La région yankee : les premiers colons arrivés dans le Nord des États-Unis étaient des puritains d’une grande intolérance religieuse, organisés en communautés politiques fortes pour assurer le bien de tous. Les démocrates qui dominent la région aujourd’hui sont toujours perçus comme donneurs de leçons et favorables au rôle de l’État.
Les quakers de Pennsylvanie montraient en revanche un grand respect pour les autres ethnies et religions, ainsi qu’un fort antimilitarisme. Ils constituent aujourd’hui les États modérés des Midlands, qui décident souvent de l’élection présidentielle.
New York, l’ancienne New Amsterdam, a été peuplée de commerçants hollandais, ouverts à un multiculturalisme total pour peu que le commerce soit respecté : une assez bonne définition de la Grosse Pomme aujourd’hui.
Le Sud fut peuplé d’aristocrates anglais venus non de la nation mère mais de la Barbade, où ils avaient développé des plantations fondées sur un cruel esclavagisme. Ils importèrent leur système dans le Sud des États-Unis, avec les conséquences qu’on sait.
Le respect des Amérindiens et la créolisation aujourd’hui observés au Québec et à La Nouvelle-Orléans renvoient sans doute aux relations égalitaires mises en place par les premiers colons français dans ces régions.
Les Appalaches, peuplées d’immigrés écossais et irlandais héritiers de siècles d’histoire violente, sont encore aujourd’hui les plus favorables aux interventions armées extérieures.
Les plaines de l’Ouest des États- Unis étaient trop arides pour le développement agricole : individualistes, parfois extrémistes, les descendants des premiers colons affichent encore aujourd’hui leur rancœur contre un État fédéral dont ils n’ont jamais pu se passer.
La côte ouest, de la Colombie britannique au nord de la Californie, fut peuplée des mêmes pionniers individualistes, ici accompagnés d’un certain nombre de Yankees : sa culture se caractérise par un individualisme idéaliste et innovateur, mâtiné d’une grande confiance dans l’État pour améliorer la situation sociale.
Si C. Woodard reprend les thèses d’autres chercheurs (David Hackett Fischer, Albion’s Seed, ou Joel Garreau, The Nine Nations of North America), il les étend à tout le continent et à toute l’histoire moderne. Il étaie sa démonstration par une analyse poussée des élections locales, des recensements et des sondages des dernières décennies.
Il propose au final une thèse captivante, qui revisite les événements de l’histoire américaine sous un angle nouveau (par exemple la guerre du whisky des années 1790). On peut cependant regretter l’absence de réflexion sur la culture des Noirs américains en tant que groupe : peut-être l’objet d’un prochain ouvrage ?

Laurence Nardon

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La montée sanglante des cartels mexicains

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2012). Emmanuelle Le Texier propose une analyse de l’ouvrage de Ioan Grillo, El Narco : la montée sanglante des cartels mexicains (Paris, Buchet-Chastel, 2012, 358 pages).

Ioan Grillo, grand reporter, britannique de naissance, vit à Mexico City et couvre la « guerre contre la drogue » au Mexique depuis une dizaine d’années. Il tente ici de brosser une histoire à la fois « globale » et « partielle » de l’organisation de l’« industrie de la drogue ». La narration est vivante, la forme parfois proche de celle d’un roman policier ou d’une autobiographie mettant en exergue le rapport du journaliste à son objet. On ne peut pas ne pas penser à la récente publication de sa consœur du journal Le Monde Babette Stern, qui, dans Narco Business : l’irrésistible ascension des mafias mexicaines (Paris, Max Milo, 2011), se livre, dans un style moins littéraire, au même exercice : narration d’une histoire « vivante », parfois sensationnaliste, toujours émaillée de récits biographiques, anecdotes de terrain, notes de presse, souvenirs anciens ou récents d’une part ; analyse fondée sur le recul lié à l’expérience et aux sources universitaires d’autre part.
La thématique est certes courue et le travail de l’enquêteur se mêle à celui du peintre d’une réalité sociale et politique sordide, dramatique et violente. À force de portraits d’anciens trafiquants, de leur famille, de leurs voisins, des prisonniers et ce des deux côtés de la frontière, l’auteur parvient à ses fins : décrire un système qui donne naissance aux organisations mafieuses et aux réseaux criminels qui recomposent les territoires au Mexique (et aux États-Unis). Il « raconte l’histoire de la transformation radicale de ces trafiquants de drogue en escadrons de la mort paramilitaires […] et la brutalité de leur capitalisme mafieux ». On n’y cherchera pas de réflexion sur le caractère transnational des réseaux ou sur les recompositions géopolitiques ; ni les digressions conceptuelles émaillant habituellement les travaux sur le crime organisé. On y trouvera en revanche une multitude de termes désignant l’ascension des cartels mexicains : des réseaux, une industrie, une insurrection, une guerre civile, un cas d’école, un capitalisme mafieux, un « narco-État », un « État captif », un « État failli », un mouvement, un crime organisé, etc. Bref, jamais l’auteur ne choisit une définition stricte.
Une affirmation est pourtant centrale : « La guerre de la drogue au Mexique est inextricablement liée à la transition démocratique. » Ainsi, par la diversité même des notions employées, on voit que les facteurs qui assurent la montée des cartels sont multiples. C’est la description même du phénomène, son « anatomie », comme l’appelle l’auteur en deuxième partie de l’ouvrage, qui en fait la richesse. Si la partie historique reste assez fragile (les relations États-Unis/ Mexique servent seulement de toile de fond), comme celle sur les orientations futures du narcotrafic, la description de la spirale infernale de la violence depuis la fin des années 1980 et celle des différents piliers du mouvement « narco-insurgé » atteignent leur but. Même si le livre emprunte parfois des accents propres à un certain romantisme, l’enquêteur se trouvant passionnément débordé par son objet, l’ironie et parfois l’autodérision permettent aussi de mieux se distancier du bain de sang et des exactions relatées au fil des pages. Le lien qui apparaît comme essentiel est bien la relation inextricable entre corruption, drogue, politique et société globalisée.

Emmanuelle Le Texier

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