Tallinn Manual 2.0 on the International Law Applicable to Cyber Operations

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n° 4/2017). Victor Fèvre propose une analyse du Tallinn Manual 2.0 on the International Law Applicable to Cyber Operations (Cambridge University Press, 2017, 640 pages).

L’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) a créé et implanté son « centre d’excellence cyber » (NATO Cooperative Cyber Defence Centre of Excellence – CCDCOE) à Tallinn, après les cyberattaques dont l’Estonie a été victime en 2007. Un groupe d’experts (militaires, chercheurs, juristes, etc.) a été rassemblé sous son égide pour élaborer un ouvrage collectif sur les règles d’engagement d’une opération cyber, inexistantes jusqu’à présent. C’est ainsi que le Tallinn Manual 1.0 a été publié en 2013, même si ce n’est pas officiellement sous l’étiquette OTAN. Le premier manuel était très axé sur les opérations militaires, et le groupe d’experts a été élargi pour étendre la réflexion à toutes les opérations dans le cyberespace. Le présent Tallinn Manual 2.0 a été publié en 2017. La France n’était pas représentée dans le groupe, et le manuel n’existe qu’en anglais – comme le site internet du CCDCOE.

India’s Long Road: The Search for Prosperity

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n° 4/2017). Olivier Louis propose une analyse de l’ouvrage de Vijay Joshi, India’s Long Road: The Search for Prosperity (Oxford University Press, 2017, 360 pages).

Voici une excellente analyse de l’histoire économique de l’Inde depuis son indépendance. L’auteur explique clairement pourquoi jusqu’à 1980 la croissance annuelle indienne est restée bloquée autour de 3,5 % – à peine supérieure à l’augmentation de la population –, et pourquoi, à partir de cette date, elle s’est accélérée : entre 1980 et 2000 autour de 5,5 % annuellement, entre 2000 et 2010 de 7,3 %, et entre 2010 et 2014 de 6,1 %. Depuis lors, la croissance reste élevée mais irrégulière : elle a dépassé 9 % en 2015 mais est retombée à moins de 6 % pour 2017. Compte tenu de l’accroissement de la population, du nombre de pauvres (entre 269 et 360 millions selon les modes de calcul en 2011), du taux très élevé d’analphabétisme (37 % de la population de plus de 15 ans), de l’importance de la mortalité infantile (48 décès sur 1 000 naissances), et d’une espérance de vie de seulement 63 ans, Vijay Joshi estime que l’Inde a besoin d’une croissance annuelle de 7 à 9 % pendant les 30 prochaines années (6 à 8 % de croissance par habitant) pour espérer atteindre une prospérité comparable à celle des pays européens les moins prospères comme le Portugal et la Grèce.

Révolution culturelle et politique extérieure chinoise

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L’article « Révolution culturelle et politique extérieure chinoise », écrit par François Joyaux, professeur émérite de civilisation de l’Asie de l’Est à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), a été publié dans le numéro 1/1968.

Armée, monde des lettres et des arts, Université, parti, organisations de masse, industrie et dans une certaine mesure, paysannerie : ce sont presque tous les secteurs de la vie nationale chinoise qui ont été touchés par la «Grande Révolution Culturelle Prolétarienne». Dans tous ces domaines, les méthodes anciennes sont dénoncées, les résultats acquis sont remis en cause, certains des hommes qui en furent les promoteurs sont limogés. Bref, un mouvement qui modifie radicalement les structures et l’évolution interne d’un régime qui, en 1965 encore, semblait, sinon définitivement, du moins solidement établi.

Aussi est-il légitime de s’interroger sur les répercussions éventuelles d’un tel bouleversement en matière de politique étrangère. La Révolution Culturelle est-elle, d’une manière quelconque, liée aux problèmes extérieurs ? Plus précisément, la politique étrangère chinoise fut-elle un des facteurs qui amenèrent les dirigeants favorables à la ligne maoïste à lancer la Révolution Culturelle vers la fin de 1965 ? Et dans quelle mesure ces deux années de crise ont-elles affecté les relations internationales de la Chine Populaire ?

The Internationalists: How A Radical Plan to Outlaw War Remade the World

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n° 4/2017). Philippe Moreau Defarges propose une analyse de l’ouvrage de Oona A. Hathaway et Scott J. Shapiro, The Internationalists: How A Radical Plan to Outlaw War Remade the World (Simon & Schuster, 2017, 608 pages).

Le 27 août 1928 est signé à Paris, au Quai d’Orsay, le pacte Briand-Kellogg (renommé aux États-Unis le pacte Kellogg-Briand) de renonciation à la guerre, par les 15 États pesant alors sur la scène internationale. Ce pacte tient en deux articles : 1) les États parties condamnent le recours à la guerre comme instrument de politique nationale ; 2) tout litige entre ces États sera réglé exclusivement par des voies pacifiques. Ce document reste dans les mémoires comme l’un des plus beaux ratages d’un utopisme naïf : 11 ans après la signature du traité, les États parties se livrent la plus sanglante des guerres. The Internationalists est un livre stimulant mais finalement prisonnier de la thèse qu’il veut à tout prix démontrer, à savoir que ce pacte serait le texte décisif transformant irréversiblement la problématique de la guerre et de la paix. Pour les deux auteurs, professeurs de droit et de philosophie à Yale, il y a un avant et un après le pacte.

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