Le n°2/2014 de Politique étrangère, revue du jour sur France Culture

index Jacques Munier met à l’honneur le numéro 2/2014 de Politique étrangère, consacré à l’Ukraine et au(x) Kuridstan(s), dans « L’essai et la revue du jour« 

Au sommaire de ce numéro :

DOSSIER / Kurdistan(s)

Dossier dirigé par Dorothée Schmid

Introduction : le moment kurde par Dorothée Schmid

Les Kurdes et l’option étatique par Hamit Bozarslan

Turquie : le mouvement kurde à l’heure du « processus de paix » par Olivier Grojean

Quelle politique kurde pour l’AKP ? par Yohanan Benhaim

Les paradoxes du printemps kurde en Syrie par Jordi Tejel

L’introuvable frontière du Kurdistan d’Irak par Cyril Roussel

CONTRECHAMPS / Ukraine : premières leçons

Le conflit ukraino-russe vu de Kiev par Iouri Iakimenko et Mikhaïl Pachkov

Pourquoi Russie et UE doivent coopérer en Ukraine par Vladimir Tchernega

La crise ukrainienne ou le malentendu européen par Philippe Lefort

REPÈRES

L’analyse du risque pays par Jonathan Story

Le problème de l’insolvabilité des États par Norbert Gaillard

La paix comme but de guerre par Beatrice Heuser

La stratégie en théories par Vincent Desportes

Le Saint-Siège et la République populaire de Chine par Raphaël McFeat

 

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The Empire Trap – Strategic Capitalism

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Jérome Marchand propose une analyse des ouvrages de Noel Maurer, The Empire Trap. The Rise and Fall of US Intervention to Protect American Property Overseas, 1893-2013, (Princeton, NJ, Princeton University Press, 2013, 568 pages), et de Richard D’Aveni, Strategic Capitalism. The New Economic Strategy for Winning the Capitalist Cold War (New York, NY, McGraw-Hill, 2012, 304 pages).

Ces deux titres sont à recommander aux chercheurs spécialisés dans les questions économiques et diplomatiques, ainsi qu’aux responsables d’associations patronales. Chaque ouvrage traite des interactions entre le monde des affaires américain et les milieux dirigeants de Washington, en cherchant à déterminer d’abord dans quelle mesure la perception spontanée ou construite des menaces externes (États spoliateurs et États compétiteurs) influence la conduite de la politique étrangère et ensuite de quelles manières les États-Unis peuvent atténuer les fuites d’hégémonie et leurs retombées en cascade.

EmpireLe lecteur averti ne s’arrêtera pas à ce résumé. Par-delà les considérations de souveraineté et de prééminence, il faut avant tout s’intéresser aux grilles d’analyse mises en place par les deux auteurs, ainsi qu’aux mesures adaptatives et curatives dont ils dressent le tableau. The Empire Trap, ouvrage historique, cherche à déterminer comment la protection extérieure des investissements privés a pris le pas sur les considérations de haute politique dès le début du xxe siècle, puis montre en quoi le développement des systèmes institutionnels d’arbitrage international a permis au pouvoir d’État de conserver une certaine indépendance face aux lobbies. Tout n’est pas d’égale valeur dans cette fresque. Les passages traitant des années 1898-1945 sont bien menés. Ceux consacrés à l’après-Seconde Guerre mondiale sont inégaux, voire décevants pour la période qui va des années 1980 à nos jours. Il faut cependant souligner que l’auteur a mobilisé une masse considérable de données quantitatives en les insérant dans un récit cohérent, rédigé dans une langue vivante. Ce qui n’est pas un mince tour de force.

Mass Flourishing. How Grassroots Innovation Created Jobs, Challenge, and Change

Mass FlourishingCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Vincent Bignon propose une analyse de l’ouvrage de , Edmund S. Phelps, Mass Flourishing. How Grassroots Innovation Created Jobs, Challenge, and Change, (Princeton, NJ, Princeton University Press, 2013, 392 pages).

Les sociétés développées sont menacées par le corporatisme, un système où les distorsions de concurrence visant à protéger les entreprises leaders sur leur marché détournent l’individu de son envie profonde de réalisation de soi par la création et l’innovation. La thèse de l’auteur a le mérite du panache. Le livre propose un cadre analytique qui dissèque les causes de la croissance économique de longue durée et insiste sur les conditions sociales préalables nécessaires au fleurissement d’idées, de nouvelles façons de vivre et de produire. L’ambition est d’être à la hauteur de Joseph Schumpeter ou de John Kenneth Galbraith et de montrer que ces idées sont pertinentes pour expliquer l’histoire économique des États-Unis ou de l’Europe au cours des trois derniers siècles.

À revers des théories de Schumpeter, la première partie du livre s’attache à expliquer pourquoi le progrès technique s’explique avant tout par un système social d’innovation où la recherche de nouveauté est, plus que la science, moteur de l’invention. Le premier chapitre est particulièrement à recommander, par sa maîtrise des théories de l’innovation et l’originalité de ses intuitions. Edmund Phelps identifie une phase de capitalisme pur qui coïncide avec la période séparant la Renaissance de la fin du xixe siècle. La deuxième partie tente de démontrer combien le corporatisme, entendu comme la mise en place délibérée de barrières à l’entrée et de freins à la concurrence entre firmes, s’accommode et se nourrit du socialisme, c’est-à-dire de la recherche par les salariés de protection sociale et de revenu garanti. L’auteur pense que cela correspond au xxe siècle. La dernière partie étudie le déclin des économies occidentales – amorcé dans les années 1970 aux États-Unis et dans les années 1990 en Europe – et renvoie dos à dos des conservateurs avides de baisse d’impôts et des progressistes prompts à étendre les droits sociaux. Le dernier chapitre propose une discussion stimulante mais pas nécessairement originale sur le sens de la vie et son articulation avec l’économie et la redistribution.

The Rise of the People’s Bank of China. The Politics of Institutional Change

people bankCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage de Stephen Bell et Hui Feng, The Rise of the People’s Bank of China. The Politics of Institutional Change, (Cambridge, MA, et Londres, Harvard University Press, 2013, 384 pages).

Alors que de nombreux ouvrages et manifestations viennent de célébrer les 100 ans de la Federal Reserve (Fed) américaine, il manquait aux économistes et politologues un livre de référence sur la Banque centrale chinoise. C’est chose faite.

S’appuyant sur les rapports et statistiques de la Banque populaire de Chine (BPC) mais également sur de nombreuses interviews avec des hauts fonctionnaires de la BPC, de la Commission de régulation bancaire et du ministère des Finances, Stephen Bell et Hui Feng nous offrent une étude impressionnante de la Banque centrale chinoise depuis le tournant des réformes de 1978.

Les auteurs décrivent tout d’abord une institution en manque de légitimité et relativement marginalisée dans le système de planification en vigueur dans les années 1980. C’est pourtant au cours de cette décennie que la politique monétaire chinoise commence à se moderniser via l’introduction d’un système de prêts à court terme aux établissements de crédit et une gestion des taux d’intérêt plus flexible.

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