Regard critique sur certaines propositions de Piketty

PikettyNorbert Gaillard, auteur de plusieurs articles dans la revue Politique étrangère, discute certaines propositions émises par Thomas Piketty dans Le Capital au XXIe siècle (Seuil, 2013).

 À l’heure où la France est confrontée à une croissance quasi nulle et à une multiplication des jacqueries fiscales, il est utile de se replonger dans Le Capital au XXIe siècle publié par Thomas Piketty il y a un an ; non pas pour discréditer ses résultats ou contester le creusement des inégalités (tâches aussi stériles que ridicules), mais pour discuter de la pertinence de certaines de ses propositions.

 On approuve complètement l’auteur dans sa volonté d’intensifier les échanges d’informations fiscales entre États et d’accroître ainsi la transparence sur les patrimoines (p. 842). Sur ce point, on peut d’ailleurs regretter que l’Union européenne ne se soit pas montrée aussi déterminée que les États-Unis, en particulier pour ce qui est de ses relations avec les paradis fiscaux.

Non à l’Europe allemande. Vers un printemps européen ?

9782746734937FSCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Katrin Rücker propose une analyse de l’ouvrage de Ulrich Beck, Non à l’Europe allemande. Vers un printemps européen ?  (Autrement, 2013, 176 pages).

L’universitaire Ulrich Beck semble briser un tabou avec son nouveau livre, qui critique une « Europe devenue allemande ». Sa cible favorite est Angela Merkel, chancelière fédérale réélue au moment de la publication du livre. Liant la théorie du pouvoir de Nicolas Machiavel à sa propre théorie de la société mondiale du risque, il dénonce le « merkiavélisme » dont la légitimité d’action est fondée sur l’urgence d’agir face au risque. La théorie de la « société du risque » avancée par l’auteur est celle d’une modernité échappant à tout contrôle. Il l’applique ici à la crise européenne et à celle de l’euro. Faute d’une gouvernance efficace au niveau européen, les gouvernements capitulent devant la crise et participent à l’avènement de cette Europe allemande « nationalisée ». Assurée de la puissance économique de son pays, Merkel a saisi l’occasion d’asseoir son pouvoir. Combiner souverainisme et construction de l’Europe, l’art de la tergiversation comme stratégie disciplinaire, le primat de l’éligibilité nationale et la culture allemande de stabilité – voilà les quatre composantes du merkiavélisme. Sociologue, Beck propose de renforcer la « société européenne des individus » et de surmonter le souverainisme à l’aide d’un contrat social européen à la Jean-Jacques Rousseau. Ses constats de crise sont connus mais justifiés. Il campe pourtant sur les positions dépassées de la génération de mai 1968, née pendant la guerre (1944 pour Beck, 1945 pour Daniel Cohn-Bendit) et – de gauche ou de droite – habituée à générer de la dette au profit d’États et de technocrates toujours plus présents.

Against the Consensus. Reflections on the Great Recession

consensusCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Claudia Hulbert propose une analyse de l’ouvrage de Justin Yifu Lin, Against the Consensus. Reflections on the Great Recession, (Cambridge, Cambridge University Press, 2013, 276 pages).

Justin Yifu Lin, ancien économiste en chef à la Banque mondiale, signe un livre captivant qui remet en cause plusieurs piliers de l’analyse économique moderne. En analysant en profondeur la crise économique actuelle, l’auteur parvient à trois conclusions majeures.

Premièrement, les raisons habituellement invoquées pour expliquer la récession ne sont pas assez fondées. L’auteur s’oppose à l’idée répandue selon laquelle ce sont les différentiels de balances courantes (et en particulier les surplus importants en Asie du Sud-Est) qui, via des achats massifs de bons du Trésor américain, ont provoqué une pression à la baisse sur les taux d’intérêt aux États-Unis, entraînant une bulle du crédit. Pour lui, la dérégulation financière des années 1980, aux États-Unis puis en Europe, a généré de larges augmentations de liquidités qui ont nourri la bulle immobilière, gonflé la consommation et entraîné de larges déficits courants et des flux de dollars vers l’étranger. Le lien de causalité serait donc en quelque sorte inversé.

Deuxièmement, les théories récentes du développement seraient inadaptées à l’évolution actuelle de l’économie mondiale. Les pays ayant véritablement décollé économiquement depuis la Seconde Guerre mondiale ont suivi une double stratégie de soutien aux exportations et de protection des industries jugées prioritaires. Un modèle de développement adapté pourrait donc reposer sur une stratégie d’avantages comparatifs renforcée par un schéma de flying geese (littéralement : « oies volantes »), selon lequel des pays proches copient un pays à succès.

Présentation vidéo du numéro 3/2014 de Politique étrangère

Dominique David, rédacteur en chef de Politique étrangère, présente le numéro 3/2014 de la revue.

Chine : une nouvelle diplomatie ? par Ifri-podcast

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