Le dernier numéro de Politique étrangère « extrêmement intéressant » selon DSI

dsiSur le site du magazine Défense et Sécurité Internationale, le dernier numéro de Politique étrangère est mis à l’honneur (voir l’article original) :

La revue de l’Institut Français de Relations Internationale propose un numéro extrêmement intéressant, remettant en perspective la guerre de 1914 et la situation actuelle, en 2014. Il ne s’agit pas ici de revenir sur l’histoire de la Première Guerre mondiale mais plutôt de voir ses conséquences sur notre manière d’appréhender le monde et de la considérer, dans la première partie, comme un incubateur de mutations.

Celle de la théorie des relations internationales (Joseph Karas, Joseph Parent) mais aussi d’institutions internationales (Philippe Moreau Defarges) ou de tendances lourdes (Georges-Henri Soutou). Elle permet également de remettre en question la fameuse théorie suivant laquelle le commerce est facteur de paix (Jacques Fontanel).

La deuxième partie est d’ordre militaire : la redéfinition de la guerre (Hew Strachan) ou le cas de l’armée française (Michel Goya). La partie suivant permet d’en arriver à 2014 et à « L’Europe, entre guerres et paix », revenant sur le processus de démilitarisation (Etienne de Durand), la perception américaine de la démilitarisation de l’Europe (Klaus Larres), la place de l’Europe (Jean-Pierre Chevènement), l’évolution de la place des concepts de nation et de nationalisme (Pierre de Senarclens) ou encore le cas de l’Allemagne (Hans Stark).

Enfin, la dernière partie ouvre le débat, avec une question très pertinente de Yoon Young-kwan (« Le passé de l’Europe est-il l’avenir de l’Asie ? »), la balkanisation du Moyen-Orient (Georges Corm) ou le rapport de la Turquie au traité de Sèvres (Dorothée Schmid). Un très beau numéro à garder précieusement !

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Carte – Du traité de Sèvres à la Turquie moderne

Dans le n°1/2014 de Politique étrangère, l’article de Dorothée Schmid sur le syndrome de Sèvres était accompagné d’une carte. Dans la version papier de la revue, le rendu de ce document n’était pas optimal. Nous nous en excusons et vous offrons la possibilité de visualiser la carte ci-dessous :

Carte Turquie Bonne version

 

 

Griff nach der Weltmacht. Die Kriegszielpolitik des kaiserlichen Deutschland 1914/1918

Fritz FischerCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2014). Nele Katharina Wissmann propose une analyse de l’ouvrage de Fritz Fischer, Griff nach der Weltmacht. Die Kriegszielpolitik des kaiserlichen Deutschland 1914/1918 (Düsseldorf, Droste Verlag, 1961 et 2009,  896 pages).

Publié en 1961 et réédité en 2009, ce livre, comme l’a écrit Jacques Droz, n’a pas seulement écrit l’histoire, il a fait l’histoire.

Fritz Fischer cherche à démontrer, en se fondant sur différents documents, que l’Allemagne avait dès 1914, et non pas seulement depuis l’ère du national-socialisme, de grandes ambitions de conquêtes et d’annexions aussi bien à l’est qu’à l’ouest et qu’elle ambitionnait de dominer le continent pour s’élever au rang de grande puissance mondiale.

La thèse centrale de ce livre est particulièrement importante : les dirigeants politiques et militaires allemands se seraient intentionnellement servi de la crise de juillet 1914 pour provoquer la guerre en Europe, afin de modifier le rapport de forces sur le continent. Le gouvernement impérial, qui parlait de « guerre défensive », aurait de surcroît, et ce dès le début des combats, été en possession d’un vaste programme de guerre. Theobald von Bethmann-Hollweg, chancelier impérial, a pu ainsi présenter dès 1914, au tout début de la bataille de la Marne, le fameux « programme de septembre ». Celui-ci prévoyait de soumettre politiquement et économiquement les autres nations européennes et envisageait des annexions territoriales considérables sur les voisins directs, notamment la Pologne et la France.

Die Urkatastrophe Deutschlands. Der erste Weltkrieg 1914-1918

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2014). Hans Stark propose une analyse de l’ouvrage de Wolfgang J. Mommsen, Die Urkatastrophe Deutschlands. Der erste Weltkrieg 1914-1918 (Stuttgart, Klett-Cotta Verlag, 2002, 188 pages).

MommsenIssu d’une famille d’éminents historiens allemands, Wolfgang J. Mommsen a été l’un des meilleurs spécialistes de l’Allemagne wilhelmienne. Il aborde ici le conflit en étudiant ses aspects à la fois militaires, politiques, économiques et socioculturels. Pour lui, il ne fait aucun doute que la « Grande Guerre » – bien qu’on ne la nomme pas ainsi outre-Rhin – est la « catastrophe originelle » (Urkatastrophe) de l’Allemagne, celle qui a provoqué toutes les autres catastrophes qui ont frappé le pays et l’Europe jusqu’en 1945, voire au-delà. Pour Mommsen, l’Allemagne prussienne porte une très lourde (mais pas unique) responsabilité dans l’éclatement de la guerre en 1914. L’auteur rappelle que les milieux militaires allemands ont voulu cette guerre, l’ont activement préparée. Il insiste aussi sur le climat nationaliste et belliqueux qui s’était emparé d’une large part de l’opinion allemande (manipulée par la censure et la thèse officielle d’une « guerre de défense »), des intellectuels, ainsi que des artistes et tout particulièrement des milieux de la haute bourgeoisie, sans parler de l’« union sacrée » (Burgfrieden) conclue entre toutes les forces politiques jusqu’en 1918.

Mais Mommsen estime que la décision de recourir à la force fut aussi, pour la classe dirigeante, une fuite en avant lui permettant non seulement de sortir de son encerclement géopolitique, mais encore d’échapper en interne aux réformes politiques et sociales que le pays attendait, en maintenant un régime non parlementaire dépeint comme moralement supérieur aux systèmes politiques français et britannique. Cette fuite en avant, qui s’accompagnait de très lourdes pertes (2 millions de soldats allemands sont morts à la guerre), rendait, aux yeux de responsables militaires aveuglés par des buts de guerre aussi excessifs qu’irréalisables, l’acceptation d’une paix négociée totalement inconcevable.

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