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Russie, le retour de la puissance

Compte tenu de l’actualité, nous vous offrons également à lire en avant-première cette recension, par Michaël Levystone, chercheur au Centre Russie/NEI de l’Ifri, de l’ouvrage de David TeurtrieRussie, le retour de la puissance (Armand Colin, 2021, 224 pages). Cette recension sera publiée dans le numéro de printemps 2022 de Politique étrangère (n° 1/2022) qui paraîtra le 8 mars prochain.

La Russie est-elle toujours cette « puissance pauvre » évoquée en 1993 par Georges Sokoloff, aux visées hégémoniques très supérieures à ses moyens réels ?

Engluée dans un humiliant déclassement avant la relative prospérité de la
décennie 2000, la Russie reprend sa place parmi les puissances majeures du globe au tournant des années 2010. Ce « retour » tient en particulier au renouveau de son armée qui, sous Vladimir Poutine, a fait l’objet d’une refonte structurelle et bénéficié d’un effort budgétaire contrastant avec les sous-investissements chroniques des années 1990. Auréolé d’un prestige militaire
retrouvé, dont témoigne la mise au pas des indépendantistes tchétchènes,
Moscou fait à nouveau figure de puissance hégémonique crédible. D’un côté, la Russie consolide son leadership dans son étranger proche : création de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) avec l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan ; déstabilisation du Donbass en Ukraine par un soutien officieux aux séparatistes pro-russes. De l’autre, elle étend son influence au Moyen-Orient, où son intervention en Syrie lui permet de garder la concession des bases navale de Tartous et aérienne de Hmeimim, mais aussi en Afrique, avec le déploiement des mercenaires de la société privée Wagner en Centrafrique et en Libye.

La politique de résilience conduite par Vladimir Poutine depuis son arrivée au Kremlin en 2000 a d’autres résultats notables. Décidée en réponse aux sanctions économiques édictées par les États-Unis et l’UE pour punir la Russie d’avoir fait main basse sur la Crimée en 2014, la substitution aux importations de la production nationale (importozameŝenie) permet à Moscou de développer une puissante industrie agricole et de s’imposer comme l’un des principaux exportateurs mondiaux de céréales – avec 20 % du commerce mondial de blé. L’État cherche à dupliquer cette stratégie de développement (astucieusement qualifiée par l’auteur de « substitution des exportations ») dans l’industrie extractive, où la montée en gamme annoncée dans la transformation et les productions à plus forte valeur ajoutée que la simple exportation de matières premières peinent encore à se concrétiser.

Par ailleurs, ayant considéré très tôt le soft power comme un élément complémentaire du hard power, Moscou a une longueur d’avance sur nombre de pays, notamment européens, dans le domaine du numérique, où sa stratégie est à la fois défensive – préserver la souveraineté de l’internet russe (RuNet) face à l’influence occidentale – et offensive – déployer une diplomatie d’influence à l’étranger. Les nombreuses solutions numériques russes (le moteur de recherche Yandex, le réseau social VKontakte, les plateformes de commerce en ligne Ozon et Wildberries, ou encore la messagerie électronique Mail.ru) garantissent l’autonomie de l’État dans un secteur jugé stratégique.

Le « retour de la puissance russe » ne doit pas faire oublier ses défis intérieurs. Ce pays, dont le produit intérieur brut nominal ne dépasse pas celui de moyennes puissances, reste tributaire de sa rente pétro-gazière dans un contexte de décarbonation des économies. De plus, en dépit de mesures natalistes et contre l’alcoolisme et le tabagisme, la démographie russe s’effrite, tendance aggravée par le coronavirus. Et la question de « l’après-
Poutine » est toujours sans réponse à l’heure où est publié cet excellent état de l’art sur la Russie.

Michaël Levystone

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La nouvelle armée russe

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne 2021 de Politique étrangère (n° 3/2021). Dominique David, rédacteur en chef de Politique étrangère, propose une analyse de l’ouvrage d’Isabelle Facon, La nouvelle armée russe (L’Inventaire-L’Observatoire franco-russe, 2021, 128 pages).

L’Occident ne sait plus où donner de la tête pour redécouvrir ses ennemis : terrorisme, Chine, cyber-agresseurs, Russie… Moscou, qui relève la tête après l’éclipse de la fin du XXe siècle, occupe une place de choix dans la hiérarchie des puissances diaboliques, après l’annexion de la Crimée et l’intervention en Syrie. Son armée est à nouveau un symbole de son poids international. Le petit livre que signe Isabelle Facon tente une évaluation du poids militaire russe en le replaçant dans la perspective des trente premières années de la nouvelle Russie.

Shadows across the Golden Land

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été 2021 de Politique étrangère (n° 2/2021). Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse associée au Centre Asie de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Simon Tay, Shadows across the Golden Land: Myanmar’s Opening, Foreign Influence and Investment (World Scientific Publishing, 2020, 476 pages).

Cet ouvrage retrace tout d’abord l’histoire compliquée de ce pays, si compliquée d’ailleurs que les malentendus s’accumulent et alimentent les tensions récurrentes entre acteurs locaux et étrangers (chapitres 1, 2 & 3). Pour approfondir et illustrer son propos, l’auteur consacre deux chapitres (chapitres 6 & 7) à la crise « simple et complexe » des Rohingyas, illustration exemplaire de ces malentendus.

Contre l’armée européenne, par Michel Debré (1953)

En cette période de confinement liée à l’épidémie de coronavirus, la rédaction de Politique étrangère vous offre de (re)lire des textes qui ont marqué l’histoire de la revue. Nous vous proposons aujourd’hui un article de Michel Debré, « Contre l’armée européenne », publié dans Politique étrangère en 1953. Michel Debré occupe alors un poste de sénateur. Il s’oppose avec véhémence au projet de Communauté européenne de Défense (CED), attaquant nommément Jean Monnet et les « théologiens du transfert de souveraineté ».

Quand Démosthène mettait en garde les Athéniens contre Philippe de Macédoine, Démosthène avait raison ! Athènes était une cité, et l’âge venait de plus grands empires. Mais il était deux politiques : l’une qui permettait de les constituer par une alliance et dans la liberté, l’autre qui acceptait de les voir naître de la tyrannie. Nul ne doute, nul n’a jamais douté, que la thèse ardemment défendue par Démosthène fût la seule qui pût garantir l’avenir d’Athènes, celui de la Grèce et de la liberté, la seule qui fût en même temps conforme à l’honneur.

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