Paul Maurice est secrétaire général du Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l’Ifri. Il a écrit l’article « Allemagne : retour du service militaire ? » dans le  1/2026 de Politique étrangère. Il répond ici en exclusivité à 3 questions pour politique-etrangere.com.

1. Jeudi 5 mars, près de 50 000 personnes, dont 3 000 jeunes, ont défilé dans les rues de Berlin contre l’instauration du nouveau service militaire adopté par le Bundestag fin 2025. Comment l’Allemagne peut-elle rendre ce nouveau modèle de conscription attractif ?

Le texte adopté en décembre 2025 est pensé comme un modèle hybride et évolutif et repose sur l’idée d’« attractivité » de la Bundeswehr. Il ne s’agit pas d’un retour pur et simple au service militaire obligatoire, mais d’un service volontaire inspiré du modèle suédois.

Toutefois, pour que ce modèle repose réellement sur le volontariat, l’attractivité doit aller bien au-delà de la seule rémunération – même si les 2600 euros bruts mensuels, la prise en charge du permis de conduire, les formations et la possibilité d’un service proche du domicile constituent des leviers importants. L’enjeu central est sociétal et générationnel : beaucoup de jeunes Allemands ont eu le sentiment d’être les objets du débat sans en être les acteurs. C’est là que se joue la réussite politique de la réforme. Si ce service est présenté uniquement comme une réponse aux déficits de la Bundeswehr, il sera perçu comme une contrainte. S’il devient en revanche un outil de montée en compétences, d’intégration civique et d’engagement dans la résilience nationale – y compris dans le cyber, la protection civile ou la logistique –, il peut créer une adhésion plus large.