
Lisez l’article de Quentin Simon ici.
Retrouvez le sommaire du numéro 4/2023 de Politique étrangère ici.
Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver 2023 de Politique étrangère (n° 4/2023). Sébastien Jean, directeur associé de l’Initiative géoéconomie et géofinance de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Jack Buffington, Reinventing the Supply Chain: A 21st-Century Covenant with America (Georgetown University Press, 2023, 170 pages).

Ce livre s’ouvre sur le constat navré de la désindustrialisation des États-Unis et des faiblesses et fragilités qui en découlent, révélées notamment par la pandémie de Covid-19. L’économie mondiale est ici considérée au travers de la supply chain, que l’on ose à peine traduire par chaîne d’approvisionnement tant on sent la portée presque incantatoire du terme aux yeux de l’auteur, dont la vie professionnelle est précisément centrée autour de son organisation et de sa gestion. Et celui-ci de déplorer l’évolution de l’économie américaine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui l’a vue se désindustrialiser progressivement au profit d’autres pays (« les Américains ne veulent plus se salir les mains en fabriquant des produits qui peuvent être produits moins cher dans d’autres pays »), se transformant en pays obsédé par la consommation et la rentabilité financière mais négligeant la production.
Chercheur au Centre Asie de l’Ifri, John Seaman a écrit l’article « Minerais critiques : une diversification problématique » dans le n° 4/2023 de Politique étrangère. Il répond ici en exclusivité à 3 questions pour politique-etrangere.com.

1. De quelles manières la transition énergétique bouleverse-t-elle la géopolitique des matières premières ?
D’abord, il faut noter l’effet de la demande – une plus grande quantité pour une plus grande diversité de matières premières – essentiellement des métaux. Les technologies de la transition énergétique – éoliennes, panneaux solaires, véhicules électriques, systèmes à hydrogène – font déjà appel à une grande diversité de métaux, dont le lithium, le cobalt, le nickel ou le graphite pour les batteries, le néodyme ou le dysprosium (qui font partie du groupe dit des « terres rares ») pour les aimants permanents, et même des métaux de base comme le cuivre, nécessaire en grandes quantités pour soutenir une électrification massive. La demande pour ces matières premières augmente déjà et va vraisemblablement continuer de s’accroître de manière exponentielle dans les années à venir – de l’ordre de 40 fois pour certaines matières comme le lithium.
Plus la transition énergétique s’accélère – avec celle du numérique en parallèle –, plus on bascule d’un âge des hydrocarbures vers un nouvel âge des métaux, créant de nouvelles relations de dépendance et de nouveaux jeux de pouvoir. Il est clair que certains pays sont mieux lotis que d’autres : l’Indonésie avec ses réserves de nickel ; le Chili, l’Argentine ou même le Mexique avec des sources de lithium ; la République démocratique du Congo avec le cobalt ; ou encore des pays comme l’Australie et le Canada qui bénéficient de richesses minérales importantes dans leurs sous-sols.
Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver 2023 de Politique étrangère (n° 4/2023). Myriam Benraad propose une analyse de l’ouvrage de Harrison Akins, Terrorism Trap: How the War on Terror Escalates Violence in America’s Partners States (Columbia University Press, 2023, 360 pages).

L’ouvrage d’Harrison Akins est tiré d’une thèse de doctorat, dont l’argument principal vise à démontrer que les campagnes américaines de contre-terrorisme depuis le 11 Septembre se sont soldées par un échec flagrant à contenir le flux et reflux de la violence djihadiste. Les principales organisations mondiales, Al-Qaïda et l’État islamique en tête, ont ainsi survécu à ces opérations militaires qui les ont pourtant inlassablement ciblées, sur fond, de plus, d’essor et de développement de bien d’autres factions extrémistes. La « guerre globale contre la terreur », lancée en 2001 par George W. Bush, aura donc eu pour effet pervers de contribuer à la mission elle-même globale que s’étaient fixée Al-Qaïda et son mentor Oussama ben Laden. Akins illustre avec quelles arrogance et certitudes l’Amérique s’est engouffrée dans des guerres coûteuses et calamiteuses (Afghanistan, Irak, Libye…) qui, cumulées, ont coûté la vie à des millions de personnes, déplacé des populations entières, semé le chaos dans des États désignés comme ennemis et, surtout, rendu le monde encore moins sûr alors qu’il s’agissait de le pacifier.
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