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Revolt in Syria. Eye-Witness to the Uprising

Cette recension est issue de Politique étrangère 2/2013. Joseph Bahout propose une analyse de l’ouvrage de Stephen Starr, Revolt in Syria. Eye-Witness to the Uprising (Londres, Hurst, 2012, 224 pages).

00-StarrL’ouvrage de Stephen Starr oscille entre récit et analyse sur le vif. Son titre même semble hésiter entre « révolte » et « soulèvement », comme si le terme de « révolution » était par trop fort pour que l’auteur puisse définitivement classer ce qui, en Syrie, aura finalement tourné à une boucherie de plus en plus sanglante, de plus en plus insoutenable. Car c’est autour d’avril de cette même année 2012 que l’auteur clôt son manuscrit.

The Changing Character of War

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (3/2012). Stéphane Taillat propose une analyse de l’ouvrage de Hew Strachan et Sybille Scheipers (dir.), The Changing Character of War (Oxford, NY, Oxford University Press, 2011, 564 pages).

La question de la rupture ou de la continuité dans la guerre est cruciale, non seulement pour le monde académique, mais également en raison de ses implications politiques. L’ouvrage coordonné par Hew Strachan et Sybille Scheipers résulte d’un programme de recherche lancé en 2003.

La guerre au nom de l’humanité

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2012). Guillaume Durin propose une analyse de l’ouvrage de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, La Guerre au nom de l’humanité : tuer ou laisser mourir (Paris, PUF, 2012, 624 pages).

Sur la question de la moralité des interventions armées, cet ouvrage constitue un travail considérable, synthétique et profond. La thématique est labyrinthique mais n’en est pas moins récurrente dans nos débats, où s’impose presque constamment la nécessité de juger ou de justifier les moyens de l’usage de la force armée.
L’ouvrage conjugue d’emblée une large gamme d’ancrages théoriques, dont les propositions de Hans J. Morgenthau, de Stanley Hoffmann et de Pierre Hassner. Malgré la profusion que ce choix génère et la bataille des libéralismes qu’il occulte, la trame est maîtrisée. À ceci près que, d’une part, elle écarte sans doute trop facilement l’apport de la réflexion menée par Michael Walzer (Guerres justes et injustes, Paris, Belin, 1999) et que, d’autre part, le souci conjoint de rattachement aux intuitions du jeune Morgenthau et de maintien d’une perspective explicitement « critique » paraît peu cohérent. Il est à cet égard assez surprenant de voir Jean-Baptiste Jeangène Vilmer endosser la part du credo de l’école « réaliste », qui affirme « voir le monde tel qu’il est, non pour admettre tous les faits accomplis […] mais pour partir des bonnes prémisses », sans en rappeler ni l’éminente dimension rhétorique ni les profondes contradictions.
L’étude généalogique des théories de l’intervention à laquelle procède J.-B. Jeangène Vilmer a l’avantage de croiser pensées politiques européennes, indienne et chinoise, en cheminant jusqu’à leurs développements les plus récents que sont le « droit d’intervention humanitaire » ou la « responsabilité de protéger ». On aurait pu compléter par la lettre des évêques catholiques américains s’opposant en 1983 à l’équilibre de la terreur et au surarmement reaganien : « Le défi de la paix » (dont J. Bryan Hehir, élève et ami de Stanley Hoffman, fut l’un des artisans décisifs) – ce qui aurait permis de signaler le poids (tout comme la transformation) de la réflexion théologique contemporaine sur ce sujet.
Dans le même temps, les mises en rapport avec le droit international positif sont aussi fines qu’équilibrées, en partant du principe que les réflexions éthique, politique et juridique ont « toujours coexisté dans un dialogue perpétuel et un [enrichissement] mutuel ». Les critères d’évaluation de la légitimité des interventions sur lesquels se fonde J.-B. Jeangène Vilmer sont ceux de ce qu’il juge être la pensée classique de la guerre juste – à savoir l’autorité légitime, la juste cause, la bonne intention, le dernier recours et la proportionnalité –, traversés par la défense d’un interventionnisme jugé « minimal » et d’un « conséquentialisme modéré ».
Actant ce choix de rattachement mais aussi la force des questionnements que l’auteur s’emploie à baliser, on aimerait comprendre les raisons de la mise en retrait du critère limitatif de la discrimination, dont la prise en compte apparaît habituellement comme déterminante. Enfin – et ceci s’adjoint à la longue liste de ses vertus –, poussant à bout la réticence à l’interventionnisme débridé sans vouloir abdiquer pour autant l’engagement progressiste, l’ouvrage se termine par un appel percutant à « remonter la chaîne des causes » via le réinvestissement du projet de transformation sociale et de justice internationale, que le libéralisme politique contemporain ne peut plus reprendre qu’à moitié.

Guillaume Durin

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Contre l’Armée européenne, par Michel Debré (1953)

En 1953, Michel Debré est sénateur. Il s’oppose avec véhémence au projet de Communauté européenne de Défense (CED), attaquant nommément Jean Monnet et les « théologiens du transfert de souveraineté ». Un texte, publié dans Politique étrangère en 1953, à relire aujourd’hui, alors que l’Europe traverse une crise aiguë qui fera l’objet d’une analyse détaillée dans le n°4/2011 de Politique étrangère.

 

 

Quand Démosthène mettait en garde les Athéniens contre Philippe de Macédoine, Démosthène avait raison ! Athènes était une cité, et l’âge venait de plus grands empires. Mais il était deux politiques : l’une qui permettait de les constituer par une alliance et dans la liberté, l’autre qui acceptait de les voir naître de la tyrannie. Nul ne doute, nul n’a jamais douté, que la thèse ardemment défendue par Démosthène fût la seule qui pût garantir l’avenir d’Athènes, celui de la Grèce et de la liberté, la seule qui fût en même temps conforme à l’honneur.

La théorie du transfert de souveraineté

Au départ, nous trouvons la volonté américaine, exprimée dans l’été 1 950, de réarmer l’Allemagne. L’expression de cette volonté a surpris le gouvernement français. Cette surprise n’était pas légitime. Le problème du réarmement de l’Allemagne était posé depuis plusieurs mois. L’invasion de la Corée l’avait projeté, en quelques heures, au premier plan des préoccupations politiques de l’Occident. Il avait déjà été évoqué à la tribune du Parlement, et le blocus de Berlin était de ces signes prémonitoires que seuls les aveugles et les sourds volontaires peuvent ignorer. Cependant, nul, au gouvernement, ou plutôt au sein de nos divers gouvernements, n’avait osé en parler, si ce n’est pour annoncer solennellement qu’il ne pouvait être question de réarmer l’Allemagne…

A la proposition américaine, le gouvernement français a répondu par une proposition dont l’objet était d’« intégrer » des Allemands dans une armée qui n’aurait pas le caractère d’une armée nationale. Cette proposition allait loin dans sa rigueur logique. On n’envisageait même pas un régiment de nationalité allemande ; des soldats allemands étaient placés par petits groupes dans d’autres unités. Projet séduisant, en théorie, mais que sa rigueur rendait difficile à réaliser. Au surplus, à supposer qu’il fut un point de départ, une telle conception du rôle militaire des Allemands ne pouvait se prolonger longtemps.

La proposition française ne fut pas acceptée, même à titre de première étape. C’est alors qu’avec la complicité d’un gouvernement français désemparé et heureux de gagner quelques mois, le consentement d’un gouvernement américain assez incrédule au premier abord, puis convaincu par les affirmations de M. Jean Monnet, le problème du réarmement allemand fut saisi par les théoriciens — je dirai presque par les théologiens — du transfert de souveraineté.

A ce point de l’histoire il convient de revenir quelques mois en arrière.

Le gouvernement américain, avant d’envisager le réarmement de l’Allemagne, avait estimé nécessaire de libérer l’industrie allemande, notamment les mines et la sidérurgie de la Ruhr, des sujétions imposées par les vainqueurs. La situation du monde imposait une révision des idées qui avaient eu cours en 1944. Il était notamment nécessaire d’accomplir un effort pour lier à l’Occident cette grande part de l’Allemagne que les trois alliés avaient prise en charge au lendemain de la capitulation. Il fallait porter l’espoir des Allemands vers l’Occident. Il fallait mettre l’économie allemande au service de l’Occident ; sur cette voie, une première mesure apparut nécessaire : relever ou supprimer le « plafond » maximum de production imposé à l’industrie ; diminuer, et peut-être faire disparaître, les interdictions de fabrication. Voilà sans doute ce qu’il parut très difficile de faire accepter aux opinions européennes, et d’abord à l’opinion française. De cette difficulté jaillit l’idée de chercher quelque moyen exceptionnel de réussite. C’est ainsi que germa le projet d’une « communauté européenne » dirigée par des fonctionnaires impartiaux et recevant des divers Etats le droit de commander à toutes les mines et aux industries lourdes. L’idée, accueillie par M. Robert Schuman, se transforma en une très haute vision d’un « marché commun » et d’une réconciliation politique fondée sur la prospérité que ferait naître ce marché commun.

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