Étiquette : mondialisation

The Globalization of Natural Gas Markets

Gas MarketsCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (3/2014). Quentin Boulanger propose une analyse de l’ouvrage de Manfred Hafner et Simone Tagliapietra, The Globalization of Natural Gas Markets: New Challenges and Opportunities for Europe (Claeys & Casteels, 2013, 184 pages).

Manfred Hafner et Simone Tagliapietra analysent l’impact de la globalisation des marchés gaziers sur l’Europe. Le principal atout de l’ouvrage réside dans la capacité des auteurs à mettre en perspective les enjeux auxquels doit faire face cette dernière au regard des deux révolutions technologiques majeures que sont le gaz naturel liquéfié (GNL) et l’exploitation des ressources non conventionnelles. Si le développement du GNL et du gaz de schiste remonte aux années 1950 et 1970, leur diffusion rapide depuis les années 2000 bouleverse les rapports de force entre producteurs et importateurs.

La globalisation des marchés gaziers n’est pas sans conséquence pour l’Europe. Le modèle des années 1960 fondé sur des contrats de long terme indexés sur le pétrole perd notamment en pertinence. Le basculement d’un capitalisme étatique caractérisé par des « champions nationaux » vers un marché intérieur du gaz libéralisé, comme les crises russo-ukrainiennes, renforcent la nécessité d’intégrer la dimension externe de la politique énergétique européenne. Le défi est cependant ailleurs.

Les Lieux de la mondialisation

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2012). Yves Gounin propose une analyse de l’ouvrage de Denis Retaillé,  Les Lieux de la mondialisation (Paris, Le Cavalier bleu, 2012, 200 pages).

La mondialisation est un défi lancé aux géographes. Comment interpréter un phénomène qui nie les distances et unifie les espaces ? Si, comme l’a affirmé Thomas Friedman, la terre est désormais « plate », s’il faut avec Bertrand Badie constater la « fin des territoires », que reste-t-il de sa géographie ? Denis Retaillé fait partie de cette nouvelle école qui a tenté de relever le défi. Publié aux Presses de Sciences Po en 1992, Le Monde : espaces et systèmes, coécrit avec Marie-Françoise Durand et Jacques Lévy, proposait une lecture d’un monde vu comme une superposition d’échelles d’organisations (l’État, la transaction économique, la distance culturelle, la société-monde).

Le nouveau Gouvernement du monde. Idéologies. Structures. Contre-pouvoirs

Cet article, rédigé par Anne-Sophie Novel, est un extrait de Politique étrangère volume 76, n°3, paru à l’automne 2011, portant sur l’ouvrage de Georges Corm « Le nouveau Gouvernement du monde. Idéologies. Structures. Contre-pouvoirs » (La Découverte, 2010).

Georges Corm signe ici un ouvrage pédagogique limpide sur l’état actuel du monde. Cet économiste de profession, spécialiste du Moyen-Orient et de la Méditerranée, a forgé son expertise au cours de nombreuses années de conseil auprès d’organismes internationaux et d’institutions financières. Il livre une analyse critique de la mondialisation et se lance dans un plaidoyer contre les « absurdités sociales auxquelles le monde globalisé nous a menés, et continue de le faire tous les jours ».

Reprenant tour à tour les facteurs culturels, sociologiques, politiques et économiques qui ont donné sa force au mouvement de globalisation, l’auteur entend aller contre les idées reçues et identifier les causes premières des dérèglements dont nous sommes victimes.

Sa démonstration se déroule alors de manière méthodique. Reprenant les fondements du néolibéralisme, G. Corm explique à quel point il est nécessaire d’en démystifier la doctrine économique et de sortir des éternels (faux) débats. Il faudrait par exemple cesser de vouloir sans cesse réduire la place de l’État dans l’économie, de prôner la sacro-sainte flexibilité des salaires, d’idéaliser les systèmes de retraites par capitalisation ou de croire en l’existence de bonnes pratiques pour les investisseurs.

Pire, d’après l’auteur : la grille de lecture du néolibéralisme, non contente de rétrécir le champ des débats économiques, nous empêche de faire face convenablement aux grands enjeux de notre temps. La lutte contre le réchauffement climatique, par exemple, est faussée « par tous ces a priori de la doctrine néolibérale en vertu de laquelle il faut refuser tout contrôle direct des États sur les questions du réchauffement climatique ». Ne devrait-on pas plutôt s’attaquer à la société de consommation et aux gaspillages économiques massifs qu’elle entraîne ? La lutte contre la faim dans le monde et la pauvreté subissent la même logique : sous couvert d’un développement à visage humain, nous oublions d’interroger les causes des inégalités sociales et matérielles, de l’exclusion et de la pauvreté.

Comment, dans ces conditions, aborder les problèmes cruciaux qui demeurent dans le monde ? Comment remettre en cause les dérèglements des systèmes de production des grands pays industrialisés ? Comment sortir des réflexes pavloviens du consumérisme, qui aujourd’hui se retrouvent même dans les logiques politiques ? Autant de questions posées par l’auteur, qui n’hésite pas à étayer ses propos de théories élaborées par les grands penseurs de l’altermondialisme.

Ces remises en cause viennent alors interroger l’évolution de l’enseignement de l’économie. Pour G. Corm, « l’enseignement académique de l’économie prétend désormais avoir accédé au statut de “science dure”. L’absence de discussions approfondies sur cette question permet à ce pouvoir de continuer à fonctionner avec la légitimité que lui attribue l’enseignement de l’économie, stéréotypé et homogénéisé à l’échelle mondiale. » En ligne de mire notamment : la mathématisation de l’approche économique et la tentation de faire de l’économie une science capable de prédire l’avenir avec certitude. Sans parler de la financiarisation de l’économie et de l’utilisation à outrance des modèles économétriques.

G. Corm scrute le pouvoir mondialisé et l’uniformisation du monde pour s’essayer à un – fort utile – exercice prospectif de dé-mondialisation.

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