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False Dawn: Protest, Democracy, and Violence in the New Middle East

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps de Politique étrangère (n°1/2018). Clément Steuer propose une analyse de l’ouvrage de Steven A. Cook , False Dawn: Protest, Democracy, and Violence in the New Middle East (Oxford University Press, 2017, 360 pages).

Ce livre tente d’expliquer comment l’espoir des printemps arabes a laissé si rapidement place à une régression violente et autoritaire au Moyen-Orient. L’auteur étudie principalement quatre pays de la région : la Tunisie, l’Égypte, la Libye et la Turquie. Selon lui, trois facteurs sont à prendre en considération pour comprendre cet échec : le caractère en dernière analyse non révolutionnaire des soulèvements, la capacité des dirigeants à manipuler à leur avantage les institutions, et l’importance des questions identitaires.

Crise de la dette et printemps arabe au sommaire du nouveau PE (1/2012)

La crise, certes, mais quelle crise ? Ce numéro de Politique étrangère tente de la cerner, au moins sur un champ de bataille emblématique : l’Europe. Crise monétaire, financière, économique et sans doute systémique pour les économies du vieux continent. On s’efforce ici d’en décrire les divers niveaux, les enchaînements, ainsi que d’analyser les dysfonctionnements d’une décision politique qui semble toujours « en réponse », en arrière ou sur les bas-côtés de l’événement. Comment, depuis 2010, ont pu s’enchaîner les difficultés, les mises en garde, les catastrophes, les parades plus ou moins provisoires, et à quel terme est-il possible d’organiser les réponses : bref, pour combien de temps sommes-nous condamnés aux bihebdomadaires sommets de la dernière chance ?
On suivra donc ici le développement des crises européennes, des crises dans les crises, des crises surdéterminant la crise la plus visible, celle de l’euro. Et on s’interrogera aussi sur cette dette qui campe désormais au cœur du débat sur les politiques publiques. Qu’est-ce qu’une dette d’État ? Comment advient-elle ? Un État peut-il vivre et se développer sans dette ? Et pourquoi les États d’Europe, les plus riches de la planète, affichent-ils une dette qui, sans doute pour la première fois de leur histoire, n’a pas de relation avec le fait guerrier ? Interrogation fondamentale, car si la dette publique est aujourd’hui produite simplement par notre mode de vie, il faut alors mettre en cause sa viabilité, en un temps où les rapports de force économiques sont définis par la mondialisation et non plus par les échanges inégaux nés de centaines d’années de domination politique et économique de l’Occident.
On s’interroge ici aussi sur les grands acteurs de ces crises. Les États, les gouvernements, les classiques puissances économiques et financières, sans oublier la désormais fameuse entité des « marchés financiers » qui semble, dans le débat public, s’être substituée aux opinions ; ni, symbole de ces marchés, de leur cynisme ou de leur simple capacité à prévoir les chaos économiques, les agences de notation – thermomètres simples ou facteurs accélérateurs du mal ? Approfondir l’action de ces dernières, c’est passer au crible un système qui a besoin d’elles, éclairer la nature des logiques d’investissement transnationales qui ont elles-mêmes défini leur place et leur crédibilité.

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Les révolutions arabes, mais quelles révolutions ? Hors la tentation, concrétisée ou non, du soulèvement – ce dernier revêtant des formes spécifiques à chaque pays –, quel point commun entre la Tunisie, l’Égypte, la Libye, le Yémen, les pays où les régimes autoritaires verrouillent encore le destin de leur peuple, ceux où des réformes progressives tentent d’assurer une transition plus ou moins douce ? La difficulté que nous avons, Européens, Occidentaux en général, à penser ces révoltes, au-delà d’une peur rampante ou d’un discret soutien, témoigne d’une incapacité plus large à penser l’espace sudméditerranéen, en dépit de sa proximité, en raison peut-être de sa proximité et de son poids dans notre histoire. Notre surprise devant l’élection régulière de partis islamiques renvoie à notre incompréhension de sociétés toutes – même si à des degrés divers – structurées par le fait religieux, culturellement et socialement. Notre difficulté à nous faire entendre des États en révolution est l’héritage des contradictions de nos stratégies de ces dernières décennies, de ces dernières années, voire de ces derniers mois – y compris après les révolutions : de quelle explication unique couvrir l’intervention libyenne et l’abstention syrienne ? Et notre distance vis-à-vis des développements arabes – voir le silence gêné qui règne en Europe – s’explique aussi par le fait que ces révolutions ne nous voient pas : elles se regardent, elles ne nous considèrent nullement comme des modèles politiques, institutionnels ou moraux, nous qui pensions notre soft power comme une dernière carte au service de notre puissance.
Le dossier que nous consacrons au premier anniversaire des soulèvements arabes est riche de la diversité de leurs expériences : il ne décrit nul modèle… Les révolutions sont en elles-mêmes imprévisibles et ne sont porteuses d’aucun régime. À terme, c’est la nature même – certes évolutive – de la sociologie, de la culture des divers pays qui prévaut. Les dictatures savent parfois se défendre. Des acteurs neufs – ici la « génération Internet » et ses réseaux sociaux – peuvent s’affirmer, mais leur poids réel ne sera clarifié que par le temps, avec leur intégration dans le mouvement général des sociétés. Quant à la leçon la plus immédiate – mais est-elle étonnante ? –, elle est bien que les changements de régime internes entraînent d’abord de profonds bouleversements des rapports de forces internationaux.

Lire la suite de l’éditorial ici.

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Le nouveau numéro de PE est en librairie !

Le numéro 1/2012 de Politique étrangère vient de sortir. Il comporte deux dossiers intitulés « Comprendre la crise de la dette » et « Les soulèvements arabes : premier bilan », avec deux articles gratuits ici et .

Vous pouvez télécharger le dossier de presse en cliquant ici et retrouver le sommaire en ligne ici.

Vous pouvez également regarder ci-dessous la vidéo de présentation de ce numéro, avec Dominique David, rédacteur en chef de PE :


Crise de la dette, soulèvements arabes… par Ifri-podcast

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La révolution arabe en dix leçons

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2011). Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Jean-Pierre Filiu, La Révolution arabe : dix leçons sur le soulèvement démocratique (Fayard, 2011).

Parmi les nombreux livres parus à la suite du « printemps arabe », on retiendra celui de Jean-Pierre Filiu. Publié d’abord en anglais aux États-Unis et traduit par l’auteur lui-même, il est sans doute l’un des plus stimulants. J.-P. Filiu essaie de dégager « quelques leçons » d’un processus qui est loin d’être achevé, car il s’agit bien, selon lui, de « La Révolution » avec un L et un R majuscules.
Après avoir fait la chasse aux idées reçues, il tire quelques premières conclusions. On ne peut que partager son analyse lorsqu’il écrit que les Arabes ne sauraient constituer une exception face à la démocratie et que les musulmans peuvent vivre dans des pays démocratiques. Il souligne à juste titre le rôle joué par la jeunesse, tout à la fois frustrée, mondialisée, numérisée, qui ne se reconnaît pas dans ces régimes oppressifs d’un autre âge. Il note le rôle d’accompagnement de la révolution des armées, décisif dans plusieurs pays. Il analyse l’embarras des mouvements islamistes, dont les Frères musulmans : ceux-ci n’ont joué aucun rôle dans le déclenchement de la révolution mais ont pris le train en marche avec un certain succès. Tout en évoquant le rôle des réseaux sociaux, il n’en surévalue pas l’importance. Il a raison de souligner que la question palestinienne non seulement n’a pas été évacuée, mais qu’elle demeure « au cœur » des opinions arabes. L’assaut donné à l’ambassade d’Israël au Caire le 9 septembre 2011 montre bien que le problème demeure entier.
« Vague historique » qui n’en est qu’à ses débuts, le « printemps arabe » a enclenché une dynamique qui n’est pas près de cesser de produire des effets. Certes, ce processus ne sera pas linéaire : il y aura des tensions, des crises, voire des retours en arrière. En effet, les révolutions arabes ont devant elles des défis de toutes sortes : sociaux, politiques, économiques. Comme le reconnaît l’auteur, « il faudra des décennies pour les surmonter ». Si le « mur de la peur » est tombé et si rien ne sera désormais comme avant, le calendrier et le point d’aboutissement du processus n’apparaissent pas encore clairement tandis que la contre-révolution s’organise autour de l’Arabie Saoudite.
Il est clair – et l’auteur en convient – que des risques existent pour ces révolutions : risques de récupération mais aussi de confiscation ou de restauration. À cet égard, le rôle que vont jouer les deux forces organisées existant dans le monde arabe – d’une part l’armée, d’autre part les mouvements islamistes, notamment les Frères musulmans – sera décisif dans le succès ou l’échec des révolutions.
Dans un article récent de la New York Review of Books, Hussein Agha et Robert Malley montrent que cette contre-révolution est en marche et qu’elle dispose d’atouts importants. Pour sa part, J.-P. Filiu est résolument optimiste. Souhaitons qu’il ait raison.

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