The New Arab Revolutions that Shook the World

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2012). Clément Therme propose une analyse de l’ouvrage de Farhad Khosrokhavar, The New Arab Revolutions that Shook the World (Boulder/Londres, Paradigm Publishers, 2012, 256 pages).

L’intérêt heuristique de cette recherche tient d’abord à sa méthodologie : le point de vue adopté est celui d’une perspective phénoménologique élargie. Cette approche permet d’éviter deux écueils. Tout d’abord, l’auteur récuse l’approche culturaliste réduisant le Moyen-Orient à son identité culturelle (arabe) ou religieuse (islamiste). Une vision très présente dans les médias occidentaux et qui voit la région comme par essence rétive à la modernité. Farhad Khosrokhavar ne propose pas davantage de théorie globale permettant de comprendre les changements sociaux en cours. Il privilégie une réflexion reflétant la complexité de la réalité sociale des différents États et de la représentation qu’en ont les acteurs des révolutions arabes.
L’auteur étudie en particulier le rôle des femmes et de leur participation aux processus révolutionnaires. Ici réside l’une des forces de cette recherche : éclairer le lecteur sur les motivations, les rêves et les illusions des révolutionnaires du monde arabe. L’auteur analyse également les espoirs des « aspirants aux classes moyennes » (would-be middle class), qui se manifestent par la poursuite de l’idéal de liberté au travers notamment de la créativité culturelle. Il relève l’émergence d’une « culture de la liberté », par opposition à l’ancienne « culture de servitude ». La dimension iconique des mouvements de protestation est aussi étudiée : comment les acteurs parviennent-ils à transformer des événements anodins en événements emblématiques de leurs révoltes ? Une réponse est apportée à partir de l’étude des cas de Bouazizi (Tunisie), Neda (Iran) et Khaled Said (Égypte).
L’auteur s’efforce de mettre en évidence la dimension culturelle de l’émancipation et s’attache à ses dimensions symboliques (slogans, poèmes et chants révolutionnaires, etc.). Les « nouvelles révolutions arabes » sont marquées par l’émergence d’un nouveau type de mouvement social, distinct des mouvements de type « nationaliste » ou « islamiste ». Il s’agit de mouvements sans leadership ni hiérarchie, ni idéologie commune, mais qui ont néanmoins une identité propre. Leur émergence s’inscrit d’ailleurs dans la continuité de l’échec des mouvements islamistes et nationalistes traditionnels. L’ouvrage permet aussi de comprendre comment se structure le tableau imaginaire qu’ont les individus de leurs relations avec l’État et comment cette image conduit les acteurs à choisir la mobilisation ou l’inertie. Un chapitre traite de l’utilisation des nouvelles technologies par les acteurs sociaux et étatiques dans les processus révolutionnaires, l’auteur proposant une typologie des mouvements sociaux en fonction de leur utilisation des technologies de communication.
Enfin, l’auteur s’intéresse aux grands acteurs géopolitiques et au rôle ambivalent de l’Occident, référent paradoxal des opinions publiques arabes. Fondé sur un travail de terrain considérable, des sources de première main avec notamment de très nombreux entretiens avec les activistes du monde arabe, cette étude est pionnière et permet de comprendre en profondeur les mouvements de protestation, mais aussi les obstacles ethniques, religieux et géopolitiques rencontrés dans l’édification d’un espace démocratique. À sa lecture, il apparaît pourtant clairement qu’un retour au statu quo ante, l’ordre autocratique, n’est pas possible au Moyen-Orient.

Clément Therme

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