NATO in Afghanistan. Fighting Together, Fighting Alone

NATOCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Alice Pannier propose une analyse de l’ouvrage de David P. Auerswald et Stephen M. Saideman, NATO In Afghanistan. Fighting Together, Fighting Alone (Princeton, NJ, Princeton University Press, 2014, 280 pages).

L’objectif de l’ouvrage de David Auerswald et Stephen Saideman est de nous expliquer les variations dans les participations des États aux opérations en Afghanistan sur la période 2006-2010. Cet ouvrage est une contribution à la littérature à la fois sur les alliances, sur les relations civilo-militaires et sur le lien entre politique intérieure et politique étrangère. Il est d’une grande richesse empirique et vient compléter de manière originale et utile le corpus existant sur le conflit afghan et l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).

Les auteurs nous éclairent d’abord sur la manière dont s’exerce le contrôle national sur les forces militaires, démontrant que les interventions alliées se jouent dans les capitales des États participants, « plus qu’à Bruxelles ou à Kaboul ». Les auteurs utilisent l’approche du principal-agent, c’est-à-dire qu’ils étudient la relation entre le détenteur de l’autorité et le ou les acteurs(s) à qui celle-ci est déléguée, en l’occurrence le commandant des opérations et/ou le ministre de la Défense. Selon cette approche, l’Alliance et les États constituent autant de « principaux », le premier collectif, les autres individuels, ce qui donne lieu à des relations principal-agent « hybrides ». La simplicité de la relation à l’État lui assure la prééminence sur le principal collectif, la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) : les décisions nationales importent donc plus que celles de l’OTAN.

Les États participant aux opérations en coalition ont quatre moyens d’exercer un contrôle sur leurs contingents : sélection des agents commandant les opérations ; limites à l’autorité déléguée (dont les fameux caveats) ; surveillance (rapports, coups de téléphone) ; incitations (punition et rétribution).

L’ouvrage est structuré autour des systèmes politiques d’États participants : régimes présidentiels, régimes parlementaires à parti unique et gouvernements de coalition. Il y a deux ou trois études de cas détaillées par type de régime, auxquelles s’ajoutent des cas secondaires. Parmi les facteurs expliquant les variations dans le niveau de contrôle, on trouve la personnalité et les préférences des décideurs dans les régimes présidentiels et les régimes parlementaires à parti unique. La couleur politique est également un facteur important, les gouvernements de gauche exerçant davantage de contrôle sur les contingents. Dans les gouvernements de coalition, il apparaît que plus la coalition est large, plus le contrôle va s’exercer par le biais de caveats et de surveillance. Les auteurs examinent également les cas de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, non-membres de l’OTAN, et concluent que dans leur cas comme dans les autres, ce sont bien les institutions politiques nationales qui déterminent la participation militaire et le contrôle des contingents. Les auteurs se distinguent ainsi des approches traditionnelles, dont les explications sont fondées sur le poids de l’opinion publique, sur les cultures stratégiques ou sur la perception de la menace.

Soulignons deux limites à cette contribution. Comme la focale s’attache aux systèmes politiques nationaux, deux types d’éléments sont négligés. D’une part, les auteurs n’abordent que très peu les évolutions de la situation sur le terrain, qui peuvent expliquer des changements dans les options stratégiques choisies ; d’autre part, les échanges entre alliés ne sont presque jamais mentionnés, alors que des processus d’émulation ou d’influence sont de nature à modifier les comportements des principaux comme des agents.

Alice Pannier

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