Der frankreich-Blues

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2018). Katja Borck, chargée de projet au Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa), propose une analyse de l’ouvrage de Georg Blume, Der frankreich-Blues. Wie Deutschland eine europäische Freundschaft riskiert (Körber Stiftung, 2017, 184 pages).

Georg Blume, chef du bureau parisien de l’hebdomadaire allemand Die Zeit, lance ici un fervent appel aux Allemands pour repenser leur politique et leur attitude vis-à-vis de la France. Dans un style engagé, il met en garde contre l’arrogance allemande envers un partenaire français certes fragilisé sur le plan économique, mais qui demeure d’une importance cruciale. L’ouvrage se veut un plaidoyer passionné pour retrouver une amitié sincère, d’égal à égal, qui permettrait de relancer un projet européen soutenu par ses citoyens, et susceptible de les protéger dans un monde globalisé.

En dix chapitres enrichis de ses rencontres et de ses expériences personnelles, l’auteur, non sans une certaine subjectivité, manie thèses philosophiques – en passant de Voltaire à Finkielkraut et de Goethe à Habermas – et citations de presse pour réveiller et convaincre le lecteur. Sous le titre « Pourquoi l’Allemagne donne une mauvaise impression de la France », le journaliste ouvre un état des lieux des relations franco-allemandes qui s’étend sur trois chapitres. Angela Merkel et d’autres responsables politiques d’outre-Rhin n’en sortent pas sans dommages. Puis sont passés en revue les personnages clés des relations franco-allemandes, les difficultés surmontées et les efforts entrepris pour en arriver d’abord à la réconciliation, puis au couple moteur du projet européen.

Georg Blume déplore les occasions manquées et l’absence de volonté politique du gouvernement allemand, qui lui semble se complaire dans un rôle de « dirigeant de l’Europe » et de « bon élève ». Un gouvernement qui aurait, notamment, manqué à la fois de respect et de compréhension dans une gestion presque unilatérale de la crise grecque et dans celle des réfugiés. L’auteur se montre fortement déçu que public et médias allemands aient cru possible l’accès au pouvoir de l’extrême droite en France. Deux chapitres sont consacrés à son regret que les élites allemandes ne prêtent pas suffisamment d’attention aux discours des intellectuels français – notamment d’origine juive.

Quant aux divergences des cultures économiques nationales, sous le titre « Le plus fort n’a pas toujours raison », le journaliste exige plus de compréhension de la part des Allemands, et termine en soulignant que l’amitié ne persiste jamais sans effort : médias et dirigeants politiques d’outre-Rhin feraient bien de s’en aviser…

Si les festivités du 55e anniversaire du traité de l’Élysée, tout comme le contrat de coalition du gouvernement Merkel IV, semblent témoigner d’une certaine amélioration des relations franco-allemandes, ce livre – écrit avant les élections fédérales de septembre 2017 – incite toutefois à la réflexion sur l’importance de signaux politiques, notamment à l’heure du numérique, ainsi que sur la difficulté et la fragilité d’une « amitié entre
peuples ».

En dépit de la rhétorique d’un auteur quelque peu biaisée par sa francophilie – et sans doute « de gauche » –, c’est un wake-up call que Georg Blume lance aux Allemands, qui auraient tout intérêt à ne pas l’ignorer. Car, in fine, il n’y a pas d’alternative à l’amitié franco-allemande si le projet européen veut perdurer.

Katja Borck

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