A Shared Home Place

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n° 4/2019). Marie-Claire Considère-Charon propose une analyse de l’ouvrage de Seamus Mallon, A Shared Home Place (The Lilliput Press, 2019, 272 pages).

Cinquante ans après le début des troubles, alors que le Brexit fait peser une grande incertitude sur l’avenir de l’Ulster, l’autobiographie de Seamus Mallon revient sur ces décennies dramatiques en retraçant l’itinéraire d’un responsable nationaliste nord-irlandais qui s’engagea au service d’une solution pacifique au conflit.

Seamus Mallon, ancien vice-Premier ministre du gouvernement nord-irlandais, dénonce la collusion entre paramilitaires loyalistes et forces de sécurité, l’obstination des unionistes à refuser toute concession à la minorité catholique, et plus encore l’idéologie pervertie du Sinn Fein, ainsi que le républicanisme violent de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), qui fit cinq fois plus de victimes que l’armée britannique, la police nord-irlandaise et les paramilitaires unionistes réunis.

La gestion ultra-sécuritaire de la crise par les autorités britanniques ne fit que renforcer le terrorisme et le climat de guerre civile au sein d’une société profondément divisée. Les six comtés de l’Ulster, sous administration directe de Londres, constituèrent une enclave dérogatoire à la règle de droit en vigueur au Royaume-Uni. L’appareil législatif d’exception a, selon l’auteur, aliéné la minorité catholique tout en renforçant l’emprise de l’IRA sur une population en butte à l’intimidation, au harcèlement et à l’arbitraire.

C’est dans ce contexte que Seamus Mallon allait devenir un pionnier du mouvement pour les droits civiques nord-irlandais, puis rejoindre John Hume au nouveau Parti social-démocrate et travailliste. Les objectifs de cette formation nationaliste modérée étaient de militer par des moyens constitutionnels pour l’avènement d’une société juste et équitable qui, aux yeux de l’auteur, devait impérativement passer par la mise en place d’une police réformée et représentative de toute la société, ainsi que par une justice pénale respectant les droits fondamentaux des justiciables.

L’Accord du Vendredi Saint de 1998 fut le couronnement de trois décennies d’efforts en faveur de la paix. Pour y parvenir, les deux grands principes définis par John Hume étaient d’unir les deux communautés et de créer des structures de coopération nord-sud. Au nombre des dispositions et garanties de l’accord figure le principe de consentement, c’est-à-dire la garantie qu’aucun changement de statut de l’Irlande du Nord ne pourra se faire sans le consentement d’une majorité de la population.

Seamus Mallon a incarné de façon exemplaire ce courant nationaliste constitutionnel et pacifique qui permit une relative entente au cœur de l’exécutif nord-irlandais, aux côtés de son homologue du Parti unioniste d’Ulster, David Trimble. Toutefois, depuis 2007, les voix des électeurs se sont déplacées, des deux partis modérés nationaliste et unioniste vers les formations extrémistes – le Parti unioniste démocrate et le Sinn Fein –, avec pour conséquence l’incapacité à gouverner ensemble et la suspension des institutions.

La normalisation de la province et la capacité à « partager une même maison », comme le laisse entendre le titre de l’ouvrage, seraient gravement remises en cause par un retour de la frontière dans le cadre d’un Brexit brutal. Si l’auteur prévoit que la Grande-Bretagne quittera un jour l’Irlande du Nord, il est également convaincu que la province n’est pas encore prête pour une réunification, qui requiert l’évolution des esprits au sein de la communauté unioniste.

Marie-Claire Considère-Charon

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