Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver 2025 de Politique étrangère (n° 4/2025). Pierre Andrieu propose ici une analyse de l’ouvrage de Michaël Levystone, L’Asie centrale en 100 questions (Tallandier, 2025, 384 pages).

Ce livre se présente comme une sorte d’encyclopédie de plus de 350 pages qui passe systématiquement en revue, en 100 courtes fiches de 2 à 4 pages, réparties en 6 chapitres thématiques (histoire, politiques intérieures, religion, économie, géopolitique, société et culture), les aspects essentiels des cinq États de cette région.
L’auteur souligne avec justesse que cette région, jusque-là peu connue en Europe, connaît depuis quelques années « un regain d’intérêt généralisé » et doit « relever des défis absolument majeurs ».
Parmi les thèmes abordés, on relèvera, dans le chapitre consacré à l’histoire, les causes du déclin de l’Asie centrale. Le processus de sédentarisation tout d’abord, entamé dès l’époque de Tamerlan, mais surtout l’émergence et la consolidation, dans son environnement régional, de puissances impériales sédentaires comme les Ottomans, les Safavides en Iran, les Qing en Chine et principalement l’Empire russe, qui finira par conquérir et coloniser l’Asie centrale.
L’auteur revient dans la fiche 14 sur la politique soviétique des nationalités. Élaborée par Staline, celle-ci a découpé le territoire « de manière discordante par rapport à la dominante ethnique et à la réalité hydrique », de façon à « introduire des ferments de division durables… pour mieux y garantir sa domination ». Ainsi « se pérenniseront sous Léonid Brejnev des “satrapies locales” » (et j’ajouterai des nations confirmées durant l’URSS), qui aboutiront à la création en 1991 des cinq républiques « aux mains de dirigeants adeptes d’une gouvernance autoritaire et d’un pouvoir long fondé sur le clientélisme ».
Dans le chapitre sur les « politiques intérieures », la fiche 23 est consacrée au président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev. Affilié comme ses prédécesseurs Kounaïev et Nazarbaïev à la « Horde d’or », il a, depuis son arrivée au pouvoir, procédé à la « dénazarbaïévisation » et appliqué une profonde réforme au Kazakhstan.
La fiche 41 du chapitre « religion » rappelle l’originalité de l’islam centrasiatique, marqué par « une grande ouverture d’esprit » due notamment au réformisme djadidiste et au soufisme.
Le chapitre sur l’économie souligne les très importantes richesses minières et les immenses possibilités de la région en termes de connectivité, en particulier celles présentées par le Middle Corridor. Passant par le Kazakhstan et traversant la Caspienne, celui-ci emprunte le Caucase et la mer Noire pour aboutir en Europe. Plusieurs pays dont la Chine (Nouvelles routes de la soie) mais aussi l’UE, qui y a investi 10 milliards d’euros dans le cadre de son initiative Global Gateway, y sont intéressés. La fiche 57 souligne la richesse de la région en terres rares.
Enfin, le très complet chapitre « géopolitique » décrit comment les pays centrasiatiques, coincés entre la Russie et la Chine, cherchent à diversifier leurs relations tout en tentant de renforcer leurs propres organisations régionales. L’affaiblissement relatif de la Russie depuis son agression de l’Ukraine aiguise également l’intérêt de puissances extérieures comme les États-Unis et l’UE, ses pays membres mais aussi… le Vatican.
La présentation claire et impeccable, et un système efficace de renvois vers les autres fiches, agrémenté de cartes, font de ce livre un vrai ouvrage de référence.
Pierre Andrieu
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