Le numéro de printemps 2026 de Politique étrangère (n° 1/2026) va paraître. La rédaction vous offre à lire l’un des articles en avant-première : « L’aide publique au développement à l’ère de la démondialisation », écrit par Jean-Michel Severino, ancien directeur général de l’Agence française de développement (2001-2010) et actuellement senior fellowà la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi).

Depuis la chute du mur de Berlin, la communauté internationale a construit un édifice remarquable pour assurer la prospérité commune. Les relations financières entre Sud global et Nord global, aussi imprécis soient ces termes, se sont structurées autour de quatre piliers : commerce, migrations, aide publique au développement (APD) et investissements directs à l’étranger (IDE). Une gouvernance de plus en plus sophistiquée a encadré ces politiques.
Les résultats ont été majeurs. Depuis 1990, l’extrême pauvreté est passée d’environ 40 % à 10 % de la population mondiale, tandis que la mortalité des enfants de moins de 5 ans a diminué de plus de moitié. Le VIH a été maîtrisé et la poliomyélite presque éradiquée. Le produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique subsaharienne (ASS) est passé de 1 400 milliards à 6 000 milliards de dollars. L’espérance de vie à la naissance y a gagné dix années depuis 2000. Mais le reste du monde a aussi été servi : entre 2000 et 2023, le PIB moyen de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a crû de 2,3 % par an. Le revenu moyen d’un Chinois est passé de 3 600 dollars à 19 140, celui d’un Brésilien de 10 230 à 15 790, celui d’un Indien de 1 760 à 8 170, celui d’un Russe de 9 090 à 29 990.
Cela aurait dû être une fête ! L’architecture globale évoquée y a contribué. L’APD, en particulier, était vue comme un élément important de la croissance des pays pauvres, un puissant instrument de redistribution et un outil au service des causes communes globales (climat, santé…). En dépit des nombreux débats académiques sur son efficacité – au final positifs –, elle semblait un modèle : définition claire de sa nature ; objectifs quantitatifs et qualitatifs ; gouvernance mondiale. La situation paraissait bien comprise. En France, la loi de programmation sur la solidarité internationale a été votée en 2021 à l’unanimité. Le dernier eurobaromètre sur le sujet indique que trois Européens sur quatre adhèrent à la politique de développement. Les volumes reflétaient cette perception : en 2023, l’APD globale a atteint 240 milliards de dollars, une augmentation spectaculaire depuis 2000.
L’effondrement de l’APD : soudain et radical
En deux ans, tout a changé. Depuis 2023, on observe une chute massive des financements européens. Les baisses annoncées en France en lois de finances ramèneraient la contribution nationale d’environ 0,55 % du PIB à environ 0,38 %. On a ensuite assisté, du côté américain, à la disparition de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et de l’essentiel de l’APD. Décret du président Trump de janvier 2025 : « L’administration qui gère l’aide étrangère des États-Unis […] n’est pas alignée sur les intérêts américains et est dans de nombreux cas opposée aux valeurs américaines. […] Le continent africain a reçu 165 milliards de dollars depuis 1991, mais il ne s’est aligné sur le vote des États-Unis aux Nations unies que dans 29 % des résolutions soumises à l’Assemblée générale. […] Outre la création, aux frais du contribuable, d’un complexe industriel d’organisations non gouvernementales (ONG) à l’échelle mondiale, l’USAID a obtenu peu de résultats depuis la fin de la guerre froide […]. Le sentiment anti-américain n’a fait que croître. »
Du côté européen, les coupes sont surtout justifiées par des redéploiements budgétaires destinés à financer l’effort de réarmement et de soutien à l’Ukraine. Il est fréquent que les événements militaires déplacent des masses d’APD considérables. Ce fut le cas pour l’Irak. Les aides allouées à l’Afghanistan depuis 2001 s’élèvent, selon l’OCDE, à 90 milliards de dollars. L’Ukraine a déjà absorbé, en 2022 et 2023, environ 40 milliards de dollars d’APD, dont 31 milliards venant de l’Union européenne (UE) et de ses États membres.
La tendance semble s’ancrer. L’OCDE anticipe que l’APD bilatérale aux pays les moins avancés et à l’ASS pourrait chuter respectivement de 25 % et 28 % pour 2025.
Des conséquences considérables
Ces décisions affectent les pays en développement (PED) comme les pays industrialisés. Le choc le plus visible chez les premiers est humanitaire et sanitaire, compte tenu de l’importance de l’aide américaine dans ces domaines. L’ASS, très dépendante des financements extérieurs, risque de souffrir plus particulièrement. L’APD y représentant environ 30 % de la formation brute de capital fixe (FBCF) publique, sa réduction aura des impacts macroéconomiques importants. […]
Lisez l’article dans son intégralité sur le site de l’Ifri.
Retrouvez le sommaire du numéro 1/2026 ici.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.