Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne 2026 de Politique étrangère (n° 3/2026). Émilie Canova propose une analyse de l’ouvrage de Mia Bennette et Klaus Dodds, Unfrozen: The Fight for the Future of the Arctic (Yale University Press, 2025, 352 pages).

Alors que les derniers modèles climatiques prédisent que l’Arctique pourrait être libre de glace l’été d’ici 2035-2040, l’ouvrage de Mia Bennett et Klaus Dodds offre une réflexion sur l’avenir de cette région confrontée à de multiples défis, et souvent objet de fantasmes.

Klaus Dodds et Mia Bennett proposent une remarquable rétrospective et réflexion d’actualité sur les évolutions de la région depuis la guerre froide jusqu’à nos jours, en intégrant les événements les plus récents dans leur analyse. Le livre n’a pas pour ambition de proposer des recherches nouvelles sur la région, ni un apport théorique. Sa force est de mêler rétrospective historique et appréciation des enjeux contemporains de la région sans tomber dans le sensationnalisme médiatique. Son originalité réside dans la manière dont les auteurs combinent leurs expertises et leurs narrations pour rendre compte clairement d’enjeux complexes, opérant à différentes échelles spatiales et temporelles. Ils livrent un aperçu impressionnant, à la fois synthétique et détaillé, des différents bouleversements (géopolitiques, climatiques, environnementaux, sociaux) de la région arctique. Pour cela, ils mobilisent tant la littérature scientifique sur le changement climatique que l’analyse stratégique, en passant par la géologie et la préhistoire, et entremêlent différentes voix et perspectives – des représentants inuits aux espions russes en passant par des activistes environnementaux.

Il s’agit là avant tout d’un ouvrage non académique et les spécialistes de l’Arctique n’apprendront sans doute rien de révolutionnaire sur le sujet, mais ils pourront apprécier l’exercice de synthèse ainsi que la perspective unique et pluridisciplinaire que donnent les auteurs à l’analyse géopolitique de la région. Par ailleurs, il est bien documenté et le style narratif, mêlant connaissances académiques de spécialistes et anecdotes personnelles de leur expérience de terrain, donne au livre son originalité de ton et permet d’ancrer l’analyse géopolitique régionale dans la réalité locale, de terrain, sans tomber dans le jargon académique. En cela, il se distingue avec brio des analyses caricaturales de la région, éloignées des réalités de terrain, tout en offrant un récit vivant, bien écrit et facile à lire. Il rend ainsi bien compte des enjeux entremêlés de la région et de leur complexité, en restant abordable pour un large public.

Le livre est structuré en dix chapitres centrés sur des problématiques propres à la région arctique (introduction, conséquences du changement climatique, définition de la région arctique, séquelles de la colonisation, ressources naturelles et extractivisme, gouvernance de la région, enjeux militaires et stratégiques, revendications politiques autochtones et conclusion), familières aux spécialistes mais qui pourront surprendre le public plus large, à l’instar du débat sur les limites géographiques et politiques de l’Arctique. Cela permet de situer l’analyse géopolitique dans des débats essentiels pour les populations locales, notamment autochtones, et de constituer un ouvrage de référence pour toute personne cherchant une introduction approfondie et nuancée aux enjeux de la région.

Émilie Canova

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