Dans un article publié le 8 octobre 2026 dans Challenges, le journaliste Marc Semo analyse comment l’utilisation de plus en plus militarisée de l’Intelligence artificielle (IA) modifie en profondeur la nature de la guerre. Il s’appuie pour cela sur le dossier du numéro d’automne (n° 3/2026) de Politique étrangère, « De la (nouvelle) guerre ».

« Chaque conflit d’envergure depuis la fin du XVIIIᵉ siècle a été marqué par la mise en œuvre d’innovations techniques changeant la nature du combat. Cela a été le cas lors de la Première Guerre mondiale avec la mitrailleuse, les débuts de l’arme aérienne et du char d’assaut. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ce fut l’introduction du radar, du sonar, des missiles, puis de l’arme nucléaire. L’invasion à large échelle de l’Ukraine lancée par Vladimir Poutine a, en bientôt cinq ans, bouleversé nombre de données, notamment avec l’emploi systématique de drones dopés à l’intelligence artificielle. […]

La guerre en Ukraine a été lancée par un membre permanent du conseil de sécurité en violation du droit international et de tous les traités dont la Russie est signataire. Cette « guerre coloniale à l’ombre du nucléaire » comme l’a définie Thomas Gomart, directeur de l’Ifri (Institut français des relations internationales), transforme aussi bien les relations internationales, avec la totale mise hors jeu des Nations unies, que les méthodes du combat. Et entraîne une véritable révolution militaire dont les implications sont encore difficiles à totalement mesurer. D’où l’intérêt de la dernière livraison de Politique Étrangère (automne 2026), la revue de l’Ifri.

Guerre hybride ou « guerre politique »

« La guerre revient avec l’affirmation des nationalismes dans les pays « du Nord » qui s’en imaginaient préservés et le retour des fantasmes d’empire au moins pour imaginer le contrôle des voisinages […]). Le développement technologique installerait la guerre sous des formes limitées mais permanentes dans le temps de paix », relève l’éditorial de ce riche numéro intitulé « De la (nouvelle) guerre ».

Mais jusqu’à quel point est-elle nouvelle ? La notion de guerre hybride, désormais omniprésente dans le débat public pour évoquer les attaques en dessous du seuil de l’affrontement proprement dit, est pour le moins confuse. « L’hybridité d’un conflit n’en fait pas une guerre et une guerre en soi use toujours de moyens hybrides », rappelle la revue. […]

Cette nouvelle réalité de la guerre qui prend d’autres formes change aussi les relations entre le public et le privé pour la production d’armement. « Les lourdes entreprises technologiques deviennent des acteurs à part entière, à la fois nécessaires et ponctuellement indépendantes des décisions étatiques », note Politique Étrangère. […]

Un changement de nature du combat

L’histoire de la guerre depuis la plus haute antiquité peut se lire comme celle d’une croissante distanciation par rapport à l’ennemi, depuis la pierre au poing, puis la fronde, puis l’arc, l’arbalète, le fusil et ainsi de suite. Chaque innovation majeure a un peu plus éloigné le combattant de sa cible, avec une distanciation physique puis émotionnelle. Le drone dopé à l’IA en est l’aboutissement. « L’IA transforme la nature même de la guerre en ce qu’elle transforme l’homme qui la mène. Elle en fait un être dont le discernement s’érode à mesure que son pouvoir s’accroît, dont la responsabilité se dilue en même temps que ses moyens se distribuent et dont la volonté se réduit à valider ce qu’un système lui propose », analyse dans sa contribution Laure de Roucy-Rochegonde, qui dirige le centre géopolitique des technologies de l’Ifri. […]

La vitesse devient un facteur même d’escalade. « Dans une telle course de rapidité, celui qui prend le temps de consulter un décideur humain se met en position de faiblesse », note Laure de Roucy-Rochegonde en citant le grand écrivain catholique Georges Bernanos qui, dans son essai La France contre les robots, publié au sortir de la Seconde Guerre mondiale, affirmait : « Le mal n’est pas dans les machines, mais il est ou il sera dans l’homme que la civilisation des machines est en train de former. »

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Retrouvez l’intégralité de l’article de Marc Semo sur Challenges.

Lisez l’article de Laure Roucy-Rochegonde ici et retrouvez le sommaire complet du numéro d’automne sur le site de l’Ifri.