Catégorie : Revue des livres Page 2 of 218

Les comptes rendus de lecture publiés dans PE

Europa !

Cette recension croisée constitue la seconde note de tête du numéro d’été 2022 de Politique étrangère (n° 2/2022). Thomas Gomart, directeur de l’Ifri, propose une analyse de trois ouvrages : Michael S. Neiberg, When France Fell: The Vichy Crisis and the Fate of the Anglo-American Alliance (Harvard University Press, 2021) ; Brendan Simms, Hitler. Le monde sinon rien (Flammarion, 2021) ; George-Henri Soutou, Europa ! Les projets européens de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste (Tallandier, 2021).

Déclenchée le 24 février 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie renvoie non seulement aux conditions de la chute de l’URSS en 1991, mais aussi aux conceptions de l’ordre européen nées de la Première Guerre mondiale. Trois livres d’historiens aident à se repérer dans le brouillard stratégique actuel en retraçant la généalogie des projets initiés pour réorganiser le continent et le dominer. En ce sens, ils vont bien au-delà du débat historiographique traditionnel, car ils permettent une mise en perspective historique indispensable en ces temps de confusion intellectuelle, savamment alimentée par des forces politiques qui ne se privent ni de raccourcis ni de contre-vérités. À l’heure de « débats » reposant davantage sur les opinions du moment que sur les faits historiques, la lecture de ce type d’ouvrages – fondés sur des recherches de longue haleine et des réflexions patiemment mûries – est une nécessité civique.

La bienveillance dans les relations internationales

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été 2022 de Politique étrangère (n° 2/2022). Dominique David, rédacteur en chef de la revue, propose une analyse de l’ouvrage de Frédéric Ramel, La bienveillance dans les relations internationales (CNRS Éditions, 2022, 304 pages).

Dieu, que la bienveillance est jolie ! Mais elle n’est pas seulement aimable, nous dit Frédéric Ramel, elle est profonde, structurante, efficace…

Il s’agit ici de reprendre une des plus anciennes catégories philosophiques, une des plus rassurantes dispositions de l’esprit humain, pour la projeter dans un présent qui tente d’imaginer l’avenir. Cette bienveillance, qui pousse l’homme vers le proche, peut aujourd’hui s’étendre, dans un monde globalisé, aux confins de la société internationale.

Not One Inch: America, Russia and the Making of Post-Cold War Stalemate

Cette recension est la première note de tête du numéro d’été 2022 de Politique étrangère (n° 2/2022). Jolyon Howorth propose une analyse de l’ouvrage de Mary E. Sarotte, Not One Inch: America, Russia and the Making of Post-Cold War Stalemate (Yale University Press, 2021, 568 pages).

En mars 1995, le président Bill Clinton explique au Premier ministre néerlandais Willem Kok, en visite à Washington, la clé de sa stratégie vis-à-vis de l’élargissement de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) vers les pays de l’Europe centrale et orientale (PECO). Il note l’extrême faiblesse économique de la Russie de Boris Eltsine, qui offre aux États-Unis un levier de pression inespéré. Il reconnaît que la politique d’élargissement risque de provoquer avec Moscou un bras de fer aux conséquences potentiellement dramatiques : « ce sera difficile » constate Clinton, « mais je pense que la Russie peut être achetée [bought off] ». La remarque, reproduite par Sarotte dans ce livre majestueux (p. 223), illustre l’arrogance d’une politique américaine qui, selon Vladimir Poutine, constitue le casus belli de l’actuel conflit d’Ukraine.

Se fondant sur la consultation exhaustive de dix-huit fonds d’archives des deux côtés de l’Atlantique et sur plus d’une centaine d’interviews des principaux acteurs du drame, Sarotte reconstruit minutieusement, presque au jour le jour, l’histoire des rapports entre les États-Unis et la Russie tout au long des années 1990.

Le commerce et la force

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2022 de Politique étrangère (n° 1/2022). Maxime Lefebvre propose une analyse de l’ouvrage de Maxence Brischoux, Le commerce et la force (Calmann-Levy, 2021, 272 pages).

C’est un essai riche, utile, brillant et stimulant que nous propose Maxence Brischoux, cadre dans une grande entreprise publique du secteur de l’armement et enseignant à l’université Paris-2 Panthéon-Assas.

Sa parution intervient à point nommé. La montée en puissance de la Chine, qualifiée de « rival systémique » par l’Union européenne en 2019 et de « défi systémique » par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord en 2021, questionne en effet la théorie du « doux commerce » que l’on doit à Montesquieu, ainsi que la stratégie qui a consisté à faire entrer l’Empire du milieu dans l’Organisation mondiale du commerce et à parier sur son développement économique.

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