Catégorie : Revue des livres Page 246 of 290

Les comptes rendus de lecture publiés dans PE

Governance of International Banking.The Financial Trilemma

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2013). Vincent Bignon propose une analyse de l’ouvrage de Dirk Schoenmaker, Governance of International Banking. The Financial Trilemma (New York, Oxford University Press, 2013, 224 pages).

9780199971596Le premier chapitre de cet ambitieux ouvrage décrit sa principale proposition, l’incompatibilité entre trois objectifs : avoir des groupes bancaires globalisés, assurer la stabilité financière et garder des autorités nationales de régulation financière. L’auteur soutient que seuls deux des trois objectifs peuvent être atteints. Il conclut donc que nous connaîtrons soit une forte instabilité financière si l’on garde des groupes bancaires globaux mais des autorités prudentielles nationales ; soit une désintégration financière si l’on garde des autorités nationales tout en visant la stabilité financière ; soit une poursuite de l’intégration financière mais au prix d’un transfert de la surveillance et de la résolution des banques globales vers des organisations internationales.

Le deuxième chapitre utilise la théorie des jeux pour montrer que les États-nations n’ont pas intérêt à assurer la stabilité financière en recapitalisant les banques internationales en détresse. Pour affirmer cela, l’auteur postule que le bien-être global est toujours assuré quand les banques bénéficient de plans de sauvetage mais que les autorités nationales échouent à mettre cette solution en place quand les banques ont une part trop grande de leur activité à l’étranger.

Le chapitre 3 tente de caractériser la géographie des banques internationales, en insistant sur leur taille et leur grande diversification. Le chapitre 4 présente sans originalité différents exemples récents illustrant la réticence des gouvernements à coopérer pour recapitaliser les banques Lehman Brothers, Fortis ou Dexia. Ayant établi l’incapacité de l’architecture actuelle à assurer la stabilité financière, le chapitre 5 étend le modèle du chapitre 2 pour explorer les différentes solutions théoriques aux difficultés de coopération entre États. L’absence de perspective historique fait ici cruellement défaut, notamment lors des discussions sur le lien entre l’absence de coopération internationale et la globalisation des banques.

Histoire des Arabes de 1500 à nos jours

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2013). Denis Bauchard propose une analyse de l’ouvrage de Eugene Rogan, Histoire des Arabes de 1500 à nos jours (Paris, Perrin, 2013, 726 pages).

9782262037802L’ouvrage d’Eugene Rogan propose une « somme sans précédent », selon le prière d’insérer, sur l’histoire des Arabes depuis l’acte fondateur de la domination de l’Empire ottoman après la bataille de Marj Dabiq en 1516 jusqu’à l’invasion de l’Irak par George W. Bush.

L’analyse de la période ottomane et de l’écroulement de l’Empire est intéressante mais n’apporte pas d’éclairage nouveau par rapport aux ouvrages de référence d’Henri Laurens ou de David Fromkin. Cependant, Rogan démontre bien comment la politique britannique s’est enfermée dans les promesses et les accords contradictoires que révèlent la correspondance entre le chérif Hussein et le général Mac Mahon, la déclaration Balfour et les accords Sykes-Picot. Il évoque également de façon pertinente la politique de la Grande-Bretagne et de la France, à la fois complices et adversaires dans leur politique de démembrement progressif de l’Empire ottoman et dans la domination coloniale de la quasi-totalité du monde arabe. Cependant, la façon dont sont traités les deux colonisateurs marque un biais très britannique, même si l’analyse est apparemment aussi critique vis-à-vis des deux puissances colonisatrices. Un passage du livre est à cet égard très révélateur. On peut y lire que « si dans son immense majorité, l’opinion arabe n’a jamais souhaité cette présence [britannique], la puissance coloniale est, malgré les réticences, considérée avec respect. Les Britanniques sont efficaces, droits, respectueux des règles… » Ce portrait flatteur du colonisateur britannique laisse songeur face à la réalité historique et aux conséquences calamiteuses, encore présentes aujourd’hui, de la politique menée par la Grande-Bretagne au Moyen-Orient.

All the Missing Souls. A Personal History of the War Crimes Tribunals

k9520Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2013). Isabelle Depla propose une analyse de l’ouvrage de David Scheffer, All the Missing Souls. A Personal History of the War Crimes Tribunals (Princeton, Princeton University Press, 2012, 568 pages).

À travers son propre parcours, David Scheffer couvre dix ans d’histoire de la justice pénale internationale dans la vie politique et diplomatique américaine, de l’instauration du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) aux tribunaux spéciaux pour la Sierra Leone et le Cambodge. David Scheffer en a été l’une des chevilles ouvrières, occupant des postes clés auprès de Madeleine Allbright, dans l’administration Clinton, notamment comme ambassadeur itinérant des États-Unis chargé des crimes de guerre de 1997 à 2001.

Construit chronologiquement, chapitre après chapitre, le livre décrit son travail d’infinies négociations, ses patients combats contre les obstacles de tous ordres pour faire progresser cette justice. David Scheffer fait aussi part de ses aveuglements face au génocide au Rwanda, des échecs de l’administration Clinton ou des siens propres, lorsqu’il a été mis sur la touche pour sa détermination en faveur de cette justice, lâché par son gouvernement ou placé dans des situations politiquement intenables et contraires à ses convictions, notamment lors des négociations pour le traité de Rome instaurant la Cour pénale internationale (CPI).

Presidential Leadership and the Creation of the American Era – Foreign Policy Begins At Home. The Case For Putting America’s House In Order

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2013). Martin Michelot propose une analyse des ouvrages de Joseph S. Nye, Presidential Leadership and the Creation of the American Era (Princeton, NJ, Princeton University Press, 2013, 200 pages), et de Richard Haas, Foreign Policy Begins at Home. The Case for Putting America’s House in Order (New York, Basic Books, 2013, 208 pages).

La question du leadership présidentiel aux États-Unis ne cesse d’être posée, que ce soit en matière de politique intérieure ou d’affaires étrangères, et revient toujours sur le devant de la scène, que le pays soit en période d’expansion ou de repli sur soi-même. Cette question de leadership, qui est au centre de Presidential Leadership and the Creation of the American Era de Joseph S. Nye Jr et de Foreign Policy Begins at Home de Richard Haass, porte en soi une autre dimension, qui est celle de l’influence, et plus particulièrement de la mesure de l’influence. Quelle est l’influence d’un président sur le déroulement des événements qui structurent sa présidence, et comment peut-on la mesurer ? Cette question est au centre de ces deux ouvrages, qui posent chacun les jalons d’une réflexion sur l’impact du leadership, une réflexion qui trouve un écho particulier en ces temps où le système politique américain semble être fortement remis en cause, de par son incapacité chronique à légiférer et les luttes partisanes intraitables entre républicains et démocrates au Congrès, avec en toile de fond un président Obama au leadership absent, qui semble incapable d’influer sur les débats et de participer au nécessaire travail de compromis.

Avant de juj9933ger le travail du président Obama, Joseph Nye essaye de quantifier le rôle des présidents dans les différences phases d’expansion de la puissance américaine. En étudiant huit présidences différentes, de Theodore Roosevelt à Ronald Reagan, Nye nous offre une grille de lecture novatrice des types de présidence qui apporte une vraie valeur ajoutée aux études précédentes. Nye catégorise les présidents par leur style de leadership et pose par là même la question de l’efficacité de certains modes de direction, tout en ne perdant pas de vue l’importance de la variable de l’« attribution erronée au leader » (de succès ou de torts). Derrière cette notion d’efficacité se cache le désir d’aller au fond du problème : dans quelle mesure le président a-t-il influé sur le déroulement de certaines situations ?

Ici, Nye prend à rebours les grands sondages menés auprès de spécialistes de la présidence sur les « meilleurs présidents américains de l’histoire », en mettant en avant l’impact du leadership de présidents aux méthodes transactionnelles comme Dwight Eisenhower et George H. Bush, par rapport aux présidents « transformationnels » qu’ont été Franklin Roosevelt ou Ronald Reagan, qui ont cherché à être à la base de changements majeurs, sans toutefois y parvenir – Nye considérant notamment que Reagan n’a fait qu’accélérer le processus de chute de l’URSS. À l’appui de sa démonstration, Nye fait intervenir deux véritables nouveautés – à l’apport contrasté – dans les études sur la présidence : l’auteur cite l’« intelligence contextuelle » comme facteur différenciant les présidents qu’il juge comme ayant été influents, mettant ainsi en avant la capacité des présidents à prendre des décisions en fonction de situations données et à les mettre en œuvre ; de manière plus controversée, Nye essaie de renforcer l’importance de cette intelligence contextuelle en imaginant des scénarios d’histoire contrefactuelle. Sur le mode de Niall Ferguson, Nye réécrit et réinterprète l’histoire, en imaginant par exemple ce qui se serait passé si Harry Truman n’avait pas été élu. Cet exercice, mené avec brio même s’il reste méthodologiquement contestable, contribue à mettre au centre du livre l’importance du processus décisionnel, renforçant par là même la centralité du leadership et de la présidence au sein du système politique américain. Surprenante d’un point de vue historique et méthodologique, la démonstration de Nye est complétée par un travail argumenté de notation de la dimension éthique des présidences étudiées.

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