Guerre et paix entre les monnaies

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (3/2014). Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage de Jacques Mistral, Guerre et paix entre les monnaies (Fayard, 2014, 348 pages).

Dans un prologue un peu déconcertant, Jacques Mistral ébauche un portrait du monde en 2029. Il explique pourquoi et comment les années 2010 et 2020 ont été marquées par la montée du nationalisme et du protectionnisme, aboutissant à la fin de la deuxième mondialisation. Paradoxalement, cette entrée en matière prend tout son relief une fois la lecture de l’ouvrage achevée : y sont analysés en effet les dangers qui peuvent naître de l’absence de coopération entre grandes puissances économiques.

L’auteur enchaîne en décrivant le monde de 2013. Nous venons certes de traverser la pire crise depuis les années 1930, mais si nous avons évité une dépression semblable à celle de 1929-1933, c’est au prix d’une explosion des dettes publiques dans les pays occidentaux et de la mise en place de politiques monétaires « non conventionnelles » dont il est encore impossible de mesurer les conséquences à moyen-long terme. Ce constat justifie, selon Mistral, une réorganisation profonde de l’architecture financière et monétaire internationale.

The Terrorist’s Dilemma

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (3/2014). Jérôme Marchand propose une analyse de l’ouvrage de Jacob N. Shapiro, The Terrorist’s Dilemma: Managing Violent Covert Organizations (Princeton University Press, 2013, 350 pages).

C’est un travail d’excellente qualité que nous propose Jacob Shapiro, politiste de l’université de Princeton. La thématique dominante, la clarté des explications, la diversité des illustrations, la richesse des références bibliographiques en font un ouvrage quasi indispensable pour tout spécialiste déterminé à dépasser les grilles d’évaluation communes du terrorisme (références idéologiques et religieuses, tactiques offensives, appréciations psychologiques et psychiatriques, etc.)

The Terrorist’s Dilemma se focalise sur la dimension organisationnelle[1] et défensive du phénomène, avec un intérêt particulier pour les problèmes de management auxquels font face les couches supérieures et intermédiaires des groupements radicaux, face à un personnel exécutant doté d’une marge non négligeable d’autonomie. Traduction : pour maintenir la discipline interne et moduler l’exercice pertinent de la violence, les chefs se trouvent contraints de mettre en place des systèmes de contrôle interne (filtres, tests, audits, surveillances) qui ont un coût élevé et génèrent des risques additionnels (fuites de confidentialité, pertes de loyalisme). Tôt ou tard, il leur faut donc déterminer où se situe le point d’équilibre optimal entre sécurité et contrôle d’un côté, sécurité et efficience de l’autre.

Chine : une nouvelle diplomatie ? Rencontre le jeudi 27 novembre

À l’occasion de la parution de son numéro d’automne, Politique étrangère vous invite à une rencontre sur le thème « Chine : une nouvelle diplomatie ? »

Pedone4Avec :

Alice Ekman, chercheur spécialiste de la Chine au Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (Ifri) et chargée de cours à Sciences Po.

Et Françoise Nicolas, directeur du Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (Ifri) et maître de conférences associée à l’université Paris-Est.

La rencontre sera animée par Marc Hecker, rédacteur en chef adjoint de la revue Politique étrangère.

Rendez-vous le jeudi 27 novembre à 18h30 à la librairie Pedone (13 rue Soufflot, 75005)

L’entrée est libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

Il n’y a pas de « Question d’Orient » : Trois questions à Georges Corm

Georges Corm, professeur à l’Institut des sciences politiques de l’université Saint-Joseph à Beyrouth et auteur de l’article « La Première Guerre mondiale et la balkanisation du Moyen-Orient » paru dans le numéro de printemps 2014 de Politique étrangère, a accepté de répondre à trois questions en exclusivité pour politique-etrangere.com.

Sykes-Picot1) Dans votre article, vous critiquez la manière dont la France et le Royaume-Uni ont géré l’effondrement de l’Empire ottoman. Quelles ont été les principales erreurs commises ?

La critique est la moindre des choses lorsque l’on voit le gâchis humain, en termes de génocides et de déplacements forcés de population, qui a résulté de la liquidation de l’empire ottoman. Celle-ci a été planifiée par les deux puissances victorieuses de la guerre de 1914-1918 et inscrite dans le traité de Sèvres de 1920, qui n’a jamais pu être appliqué. Ce traité irréaliste prévoyait la fragmentation du territoire anatolien, centre historique de l’empire, en différentes entités non turques (arméniennes, kurdes, assyrienne, grecque et italienne). La réaction militaire foudroyante de Kemal Atatürk a fait échouer ce projet que les armées française et anglaise, épuisées, n’avaient pas les moyens de concrétiser par la force. Il eût été bien plus sage de préconiser et d’aider à mettre en place en Anatolie une fédération ou un autre régime politique accommodant la très grande diversité de peuplement de l’Anatolie de l’époque – des peuples qui avaient par ailleurs fort bien vécu ensemble durant des siècles.

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