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Hommage à Stanley Hoffmann

Stanley Hoffmann, spécialiste de relations internationales à l’université de Harvard, vient de nous quitter. En 1983, il avait publié dans Politique étrangère (4/1983) un article remarquable sur la pensée de Raymond Aron. Ce texte avait été republié en 2006, à l’occasion du 70e anniversaire de notre revue. Nous vous invitons à le relire.

hoffmannL’ampleur de l’œuvre de Raymond Aron a toujours fait le désespoir de ses commentateurs – et de ses disciples. On peut s’attendre à la publication de divers textes inédits ; néanmoins, hélas, cette œuvre est désormais achevée. Ce qui devrait permettre d’étudier enfin, en profondeur, la contribution scientifique qu’elle a apportée – de séparer en quelque sorte les deux activités que Raymond Aron a menées de concert et a souvent entremêlées : l’activité proprement journalistique, commentaires d’une actualité qu’il se sentait le devoir d’élucider et d’interpréter, et l’activité du théoricien, philosophe de l’histoire, sociologue des sociétés contemporaines, ou critique de la pensée politique et sociale des grands auteurs.

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Table-ronde : « La crise en Ukraine : quel impact sur l’évolution de la Russie et du système international ? »

Vendredi 3 juillet 2015, Thomas Gomart, directeur de l’Institut Français des Relations Internationales (Ifri), et Tatiana Kastouéva-Jean, responsable du centre Russie / NEI à l’Ifri, sont venus présenter à Moscou, le dernier numéro de la revue Politique étrangère (2/2015), consacré à la Russie.

Photo_vidéoMoscou

La crise en Ukraine a eu un impact profond sur tous les États concernés – l’Ukraine, la Russie, les pays de l’Union européenne et ceux du voisinage – et leurs relations. Plus d’un an et demi depuis le début de la crise, le débat semble toujours polarisé autour de la question « Qui est coupable ? ». Or, la profonde divergence entre l’Occident et la Russie – qui semble décidée à incarner une alternative au modèle occidental – pose la question fondamentale du fonctionnement du système international dans son ensemble.

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World Order

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2015). Tristan Aureau propose une analyse de l’ouvrage de Henry Kissinger, World Order (Penguin Press, 2014, 432 pages).

En 1954, Henry Kissinger, alors doctorant à Harvard, soutenait une thèse consacrée à la diplomatie européenne entre 1812 et 1822. Soixante ans plus tard, la publication de son dernier ouvrage souligne avec force la cohérence de la pensée de celui qui, entre-temps, est devenu le conseiller à la sécurité nationale (1968-1973) puis le secrétaire d’État (1973-1977) le plus influent que les États-Unis aient connu. Il est en effet frappant de constater à quel point les spécificités de l’ordre international apparu en Europe entre le XVIIe et le XIXe siècles continuent de constituer le cadre conceptuel à l’aune duquel Kissinger analyse les évolutions du monde contemporain.

Traiter avec le diable ? Les vrais enjeux de la diplomatie au XXIe siècle

Traiter avec le diableCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Thomas Gomart propose une analyse de l’ouvrage de Pierre Grosser, Traiter avec le diable ? Les vrais enjeux de la diplomatie au xxie siècle, (Paris, Odile Jacob, 2013, 368 pages).

Historien des relations internationales reconnu pour la qualité et la densité de ses travaux sur la guerre froide, enseignant à Sciences Po, Pierre Grosser s’est également frotté aux pratiques diplomatiques comme directeur des études de l’Institut diplomatique et consulaire (IDC) du ministère des Affaires étrangères (2001-2009). Il nous livre un essai ambitieux sur la raison d’être de la diplomatie : parler avec l’ennemi. L’auteur s’interroge ainsi sur les processus de diabolisation de l’adversaire et les impasses auxquels ces derniers conduisent le plus souvent. Il entend identifier les « prismes cognitifs » qui bloquent la relation à l’autre une fois celui-ci diabolisé : « Il s’agit de mettre le doigt sur les perceptions et les raisonnements qui, loin d’éclairer l’action politique, l’entraînent sur des voies potentiellement dangereuses ».

Le plus court chemin vers la diabolisation est l’assimilation à la figure de Adolf Hitler. Référence obsédante, le masque de Hitler fut posé sur Joseph Staline, Gamal Abdel Nasser, Slobodan Milošević ou, plus récemment, Mahmoud Ahmadinejad. Considérée comme la « bonne guerre » par excellence, la Seconde Guerre mondiale sert de matrice à la diabolisation en fournissant des références sans cesse utilisées par les décideurs politiques ou médiatiques en quête de justifications historiques et morales. Cette approche fait écho à des travaux déjà anciens sur l’instrumentalisation de la mémoire[1]. La polarisation sur la Seconde Guerre mondiale s’explique par le conflit de valeurs entre belligérants, profondément marqué par la « solution finale ». L’enchaînement des causes et la contribution de chacun font l’objet d’une réflexion historiographique et d’une exploitation politique jamais achevées. Les mécanismes de diabolisation fonctionnent à partir d’une (dis)qualification morale qui fige mentalement le jugement et, partant, les situations rendent ainsi « difficiles les interactions avec l’ennemi, une fois que celui-ci a été diabolisé ». Le propos de Grosser rejoint celui d’autres historiens des relations internationales, qui conduisent depuis plusieurs années des travaux sur les attitudes mentales et les images de l’autre, attitudes et images qui jouent inévitablement sur les processus de décision[2].

L’ouvrage est construit en trois grandes parties. La première, « Les leçons de l’histoire », revient en détail sur le complexe de Munich et les syndromes de Suez et du Vietnam. Maîtrisant parfaitement l’historiographie internationale sur ces sujets complexes, Grosser invite à la plus grande prudence dans l’utilisation des références historiques. Il convient d’avoir une conscience aiguë des limites du savoir et du raisonnement historiques. Vœu pieux ? Sans doute, quand on voit comment les décideurs dupent volontairement, ou se dupent inconsciemment, en recourant à des analogies historiques pour justifier une décision. Une des premières tâches de l’histoire des relations internationales est de déconstruire ces mythes, et de pointer les anachronismes, qui biaisent souvent les premières analyses d’une crise. Or il n’y a pas de gestion de crise sans formulation sérieuse des enjeux initiaux.

L’exemple de Munich, « repoussoir absolu », sorte d’arme d’annihilation du débat, permet de fustiger un adversaire politique en l’accusant de mollesse ou de manque de clairvoyance : « La référence à Munich permet d’analyser une situation, de prédire le futur, et d’imposer une solution. » Cette référence a été utilisée par les autorités américaines pour intervenir en Corée, au Vietnam ou à Cuba. Elle est souvent à l’origine d’un argumentaire visant à expliquer que le plus sûr moyen de prévenir un massacre de masse est d’intervenir de manière préventive, « voire d’éliminer le diable ». Un des mérites de l’ouvrage de Grosser est de permettre de comprendre Munich dans son contexte historique et dans son exploitation historiographique ou politique, pour savoir quoi répondre à celles et ceux qui pourraient vous traiter de Neville Chamberlain ou d’Édouard Daladier…

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