Étiquette : Terrorisme

The Terrorist’s Dilemma

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (3/2014). Jérôme Marchand propose une analyse de l’ouvrage de Jacob N. Shapiro, The Terrorist’s Dilemma: Managing Violent Covert Organizations (Princeton University Press, 2013, 350 pages).

C’est un travail d’excellente qualité que nous propose Jacob Shapiro, politiste de l’université de Princeton. La thématique dominante, la clarté des explications, la diversité des illustrations, la richesse des références bibliographiques en font un ouvrage quasi indispensable pour tout spécialiste déterminé à dépasser les grilles d’évaluation communes du terrorisme (références idéologiques et religieuses, tactiques offensives, appréciations psychologiques et psychiatriques, etc.)

The Terrorist’s Dilemma se focalise sur la dimension organisationnelle[1] et défensive du phénomène, avec un intérêt particulier pour les problèmes de management auxquels font face les couches supérieures et intermédiaires des groupements radicaux, face à un personnel exécutant doté d’une marge non négligeable d’autonomie. Traduction : pour maintenir la discipline interne et moduler l’exercice pertinent de la violence, les chefs se trouvent contraints de mettre en place des systèmes de contrôle interne (filtres, tests, audits, surveillances) qui ont un coût élevé et génèrent des risques additionnels (fuites de confidentialité, pertes de loyalisme). Tôt ou tard, il leur faut donc déterminer où se situe le point d’équilibre optimal entre sécurité et contrôle d’un côté, sécurité et efficience de l’autre.

Terroristes. Les Sept Piliers de la déraison

Cette recension est issue de Politique étrangère 3/2013. Marc Hecker propose une analyse de l’ouvrage de Marc Trévidic, Terroristes. Les Sept Piliers de la déraison (Paris, JC Lattès, 2013, 220 pages).

00-Trévidic-9782709642941En 2011, Marc Trévidic décrivait dans un premier ouvrage passionnant son quotidien de juge antiterroriste ; son second opus est décevant. Un point conduit à s’interroger sur l’exactitude des informations de l’ensemble du livre. Dans le chapitre « Le piège à ours », l’auteur raconte la réception à la Maison-Blanche, en 1985, d’une délégation de moudjahidin. Sur l’événement incontestable, M. Trévidic brode : il imagine Ronald Reagan jouant « à plouf plouf » pour décider à quelle faction livrer des Stinger.

Hunting in the Shadows. The Pursuit of Al Qa’ida Since 9/11

Cette recension est issue de Politique étrangère 2/2013. Jérôme Marchand  propose une analyse de l’ouvrage de Seth G. Jones, Hunting in the Shadows. The Pursuit of Al Qa’ida Since 9/11 ( New York, W.W. Norton & Co, 2012, 544 pages).

Untitled-1L’ouvrage de Seth Jones propose à la fois une galerie de portraits de militants, une synthèse sur les stratégies antiterroristes et anti-insurrectionnelles américaines, une réflexion sur les facteurs environnementaux qui codéterminent les cycles d’action violente d’Al-Qaida et une récapitulation des procédures officielles ayant mené à la neutralisation de telle ou telle cellule activiste aux États-Unis ou au Royaume-Uni.

Au cœur de l’antiterrorisme

Article issu de Politique étrangère (4/2011), paru le 21 décembre 2011, portant sur l’ouvrage Au cœur de l’antiterrorisme (Paris, JC Lattès, 2011). L’article qui suit a été rédigé par Marc Hecker, rédacteur en chef adjoint de Politique étrangère et chercheur au Centre des études de sécurité de l’Ifri.

Marc Trévidic a été substitut au parquet antiterroriste de Paris de 2000 à 2003 puis est revenu à la galerie Saint-Éloi en 2006, en qualité de vice-président chargé de l’instruction. Autant dire qu’il connaît bien les rouages de l’antiterrorisme français.

Après le départ de Jean-Louis Bruguière, il a « hérité » de certaines des affaires les plus médiatiques de ces trois dernières décennies, comme celle de la rue Copernic, des moines de Tibhirine ou encore de l’attentat de Karachi en 2002. Certaines de ces affaires, bien que vieilles de 30 ans, sont encore en cours : les coupables n’ont pas été confondus et le juge, tenace, refuse d’abandonner. Le temps peut faire son œuvre et la grande Histoire venir à la rescousse de la justice. Après la chute du mur de Berlin, l’ouverture des archives de la Stasi a ainsi permis d’élucider nombre d’attentats et de faire tomber Carlos.

Tout en respectant le secret de l’instruction, l’auteur dévoile le fonctionnement de la justice antiterroriste. Il raconte les enquêtes, les auditions, les procès. Il décrit l’originalité du système français, ses figures emblématiques aux surnoms baroques – Jean-Louis Bruguière (« l’Amiral »), Bernard Squarcini (« le squale ») ou encore Roger Marion (« Eagle Four ») – et son efficacité redoutable assurée notamment par le couple formé par la Direction de la surveillance du territoire (DST) et l’instruction (puis par la Direction centrale du renseignement intérieur [DCRI] et l’instruction). Dans certaines affaires, la frustration du juge est évidente car il se heurte à la raison d’État. Il n’hésite pas à se montrer incisif à l’égard de l’exécutif quand il évoque la réforme du juge d’instruction voulue par le président de la République – une réforme qui permettrait d’enterrer discrètement les dossiers trop sulfureux.

Le style de M. Trévidic est plaisant. Il alterne analyses et passages plus personnels – mentionnant par exemple sa première erreur judiciaire, dans une affaire de viol, alors qu’il débutait sa carrière dans le Nord de la France. Il manie l’humour et l’ironie, à l’instar de ce passage où il qualifie les documents confidentiels défense de « bibliothèque rose », expliquant que les juges sont souvent contraints de se contenter de la littérature pour enfants, le « très secret défense » étant réservé aux adultes. Rapidement, le ton redevient plus grave comme lorsqu’il évoque les mauvais traitements infligés aux prisonniers dans certains pays avec lesquels la France coopère. Au passage, on obtient la confirmation du fait que des enquêteurs français se sont rendus à Guantanamo pour y interroger des détenus.

Les djihadistes occupent une place particulière dans ce livre. À plusieurs reprises, son auteur emploie le possessif pour en parler : « mes mis en examen », « mon terroriste ». Il cherche à comprendre les raisons de leur radicalisation et de leur volonté de passer à l’acte. Certains d’entre eux sont très jeunes – 18 ans à peine – et le magistrat n’est pas loin de les considérer comme des victimes manipulées. Il sait toutefois que les vraies victimes ne sont pas les apprentis terroristes mais leurs cibles, ces personnes frappées au hasard dans des lieux publics, et leurs proches, qui leur survivent et veulent à tout prix connaître la vérité. La vérité, c’est aussi ce que recherche M. Trévidic, contre vents et marées. Pour que justice soit faite.

Pour s’abonner à la revue Politique étrangère, rendez-vous sur le site de la Documentation française.

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