L’art de conduire une bataille

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n°4/2016). Rémy Hémez propose une analyse de l’ouvrage de Gilles Haberay et Hugues Perot, L’art de conduire une bataille  (Pierre de Taillac Editions, 2016, 238  pages).

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Gilles Haberay et Hugues Perot, tous deux saint-cyriens, officiers de l’armée de Terre et fantassins, s’évertuent à transmettre leur passion de la tactique. Trop souvent, cette dernière est vue comme un objet d’étude secondaire, réservé aux seuls praticiens ou aux spécialistes d’histoire militaire. Il s’agit pourtant d’un art complexe qui mérite d’être analysé, car « si la bataille est, par essence, le moment du choc physique de deux armées, elle est aussi le résultat de l’affrontement de deux systèmes de planification, de conduite et de commandement, en vue d’atteindre un objectif tactique ». La tactique décide bien souvent du sort des batailles. Aussi une connaissance minimale de ses ressorts est-elle indispensable à tous ceux qui s’intéressent aux conflits. Cet ouvrage offre une excellente introduction aux problématiques tactiques à la lumière de l’histoire. Il ne nécessite pas de connaissances préalables pour que l’on puisse l’apprécier et en tirer des fruits.

Le livre se compose de l’étude de 26 batailles. Les cas choisis couvrent une très vaste période allant de l’Antiquité à la guerre du Golfe (1991). Ils comprennent aussi bien des classiques comme la bataille de Cannes (216 av. J.-C.) ou celle de Cambrai (1917), que des choix plus audacieux à l’image des batailles de La Kalka – qui voit Russes et Polovtses affronter les Mongols en 1223 – ou de Cuito Cuanavale – combats en Angola en 1987-1988 entre d’un côté les Forces armées de libération populaire (FAPLA) et leurs « conseillers » cubains, et de l’autre l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) et des troupes sud-africaines. Chaque cas d’espèce est présenté selon un plan traditionnel et efficace : d’abord une description de la situation générale, puis une analyse des forces en présence et des intentions ; viennent ensuite une présentation du déroulement de la bataille et, enfin, une synthèse des enseignements tactiques. L’idée n’est pas d’offrir une vision complète et définitive de chaque bataille évoquée, mais bien de replacer chacune d’entre elles dans la perspective plus vaste de la tactique et de susciter des pistes de réflexion.

Les batailles ne sont pas retracées en ordre chronologique mais réparties intelligemment en 11 thématiques tactiques – les plus efficaces pour vaincre – qui regroupent chacune deux ou trois études de cas : « épuiser l’attaque ennemie », « tendre une embuscade », « créer la surprise », « disloquer par le choc », « percer les défenses », « contre-attaquer au bon moment », « alterner ses efforts », etc. Ce classement permet de croiser plus facilement les enseignements des batailles et aide le lecteur à avoir une approche problématisée.

Comme beaucoup d’ouvrages édités par Pierre de Taillac, ce livre a fait l’objet d’un travail éditorial soigné. Il bénéficie d’une présentation agréable et d’illustrations cartographiques de qualité. Il est pourtant dommage que la bibliographie ne soit pas plus étoffée et que l’on ne puisse aisément identifier des ouvrages permettant d’aller plus loin dans l’étude des cas historiques exposés.

Rémy Hémez

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