Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2026 de Politique étrangère (n° 1/2026). Francesca Celi propose ici une analyse de l’ouvrage de Juliette Faure, The Rise of the Russian Hawks: Ideology and Politics from the Late Soviet Union to Putin’s Russia (Cambridge University Press, 2025, 386 pages).

Juliette Faure propose une analyse de l’évolution de l’idéologie politique russe, en retraçant différentes étapes du régime post-soviétique. À commencer par les années Khrouchtchev, qui ne connaissent qu’une timide ouverture. Des années 1950 aux années 1990, on assiste à une dénonciation systématique de l’idée de progrès.
C’est alors que se constituent des groupes de pensée conservateurs, les Hawks, qui prônent une restructuration progressive des institutions post-soviétiques et dont l’influence idéologique marque le processus socio-historique de la Russie contemporaine.
Alexandre Prokhanov est parmi les premiers à relever le grand défi : défendre les valeurs de l’État et de l’armée. En 1988, il se positionne parmi les gardiens des valeurs prérévolutionnaires contre la libéralisation de l’économie et de la culture, avec son alliance anti-perestroïka, et en participant au putsch visant à destituer Gorbatchev avec les patriotes nationalistes. Son pragmatisme des années Eltsine est déçu avec l’éclatement de la guerre de Tchétchénie. Sa revue Den est alors remplacée par le journal Zavtra en 1993.
L’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine marque un tournant pour les Hawks, avec un discours sécuritaire à la fois anticapitaliste et conservateur qui fascine les jeunes générations. Une nouvelle « doctrine russe » réévalue dès lors le vieux mythe fédérateur, autour de la famille, de l’empire et de l’église. Une vision soutenue au moment de la révolution orange en Ukraine par Vitalii Averyanov, pour qui l’appartenance à une ethnie constitue un véritable attribut identitaire, et une alternative à la globalisation à travers un partenariat régional.
En 2005, le régime adopte une partie des idées Hawks défendues par le club d’Izborsk, mais cet élan anti-occidental semble bientôt bafoué par les libéralisations de Dmitri Medvedev. Le club contribue néanmoins à légitimer le régime de Poutine dans sa campagne présidentielle plus conservatrice. L’apparition du club Valdaï semble également avoir son influence au sein des institutions, en légitimant l’annexion de la Crimée, territoire emblématique russe, alors que Prokhanov envisage un contrôle par des moyens économiques, idéologiques et psychologiques. Poutine s’oppose à cette vision de Novorossia réclamant l’ouverture d’un couloir humanitaire, en dépit de l’opposition accrue du club d’Izborsk à compter de l’été 2014. Signés en 2014, les accords de Minsk reconnaissant l’autonomie du Donbass n’ont pas mis un terme au conflit. La question des droits politiques et culturels des minorités ethniques russes en Ukraine était au cœur de la stratégie offensive de la doctrine du monde russe invoquée par Poutine lors de son troisième mandat, entre 2016 et 2018.
Un mandat marqué par une collaboration toujours plus étroite entre le club d’Izborsk et les ministères en termes d’éducation sociale et militaire, avec l’accent porté sur une éducation patriotique privilégiant l’écriture d’une histoire fortement axée sur l’espace post-soviétique. Les Hawks jouent désormais un nouveau rôle dans la conception de textes scolaires voués à orienter les nouvelles générations. Une influence grandissante que l’auteure a su analyser tout au long de son ouvrage avec précision, en insistant sur les moments clés d’un régime dont l’évolution semble figée dans le temps.
Francesca Celi
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